Contes de bord by Édouard Corbière


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Page 56

Il �tait temps pour nous que son gros calibre ronfl�t sur les p�niches
anglaises! Ma pauvre embarcation, �branl�e et fatigu�e par la fr�quence
des chocs que lui faisait �prouver la d�tonnation de mon obusier, se
remplissait d'eau, et si l'engagement s'�tait prolong�, peut-�tre
aurions-nous fini par couler, non pas sous le feu de l'ennemi, mais par
l'effet du propre feu que nous faisions sur lui.

Une gloire aussi n�gative ne nous �tait pas r�serv�e.

A l'approche de la canonni�re s'avan�ant couverte de toile et � force de
rames, et faisant d�j� gronder ses gros canons de devant, les p�niches
anglaises abandonn�rent la chasse qu'elles m'appuyaient avec
acharnement. Elles s'�loignent, s'arr�tent un instant, rentrent leurs
avirons, et bient�t nous les voyons livrer au vent, qui favorise leur
fuite, les petites voiles blanches qu'elles hissent, avec la rapidit� de
l'�clair, au haut des m�ts qu'elles ont �tablis dans un clin d'oeil. Des
mauves agiles ne glissent pas plus l�g�rement sur les flots qu'elles
effleurent du bout de l'aile, que ces trois embarcations, livrant aussi
leurs ailes blanches, au souffle de la ris�e. D'assailli que j'�tais, je
veux devenir assaillant, et me voil�, dans ma lourde p�niche,
poursuivant � mon tour mes ennemis, avec le secours imposant de la
canonni�re. Mais tous mes efforts furent vains. Les Anglais gagn�rent le
large avant que nous pussions les approcher, et nous rest�mes ma�tres
absolus du champ de bataille, sans avoir � nous enorgueillir beaucoup de
cet avantage. Quelques trous de balles dans ma m�ture et dans les
chapeaux de deux ou trois de mes gens, furent les r�sultats les plus
remarquables de ce petit combat.

J'appris en quelques mots au commandant de la canonni�re mon aventure �
Tom�, et le pi�ge dans lequel, � la faveur de leur travestissement de
douaniers, les Anglais avaient voulu m'attirer. �Pardieu-! me dit mon
commandant, ces gaillards-l� n'ont pas pay� cher les frais du nouveau
costume sous lequel ils ont cherch� � vous abuser. Il y a trois jours
qu'une fr�gate anglaise s'est empar�e d'une de nos pataches de douane;
et les habits des prisonniers auront servi � m�tamorphoser en pr�pos�s,
les gaillards dont vous vous serez laiss� approcher sans assez de
d�fiance.�

Le myst�re que jusque l� nous avait cach� le costume de douanier, venait
de nous �tre expliqu�. Les Anglais nous avaient jou� une petite com�die
de travestissement, une esp�ce de pi�ce � tiroir.

Pour plus de prudence, la canonni�re commandante voulut faire le tour de
l'�le de Tom�, quoiqu'il n'y e�t plus aucun espoir d'y surprendre des
Anglais.

Le vent, qui depuis quelque temps s'�tait �lev� de l'ouest, devint plus
fort; et comme il �tait contraire pour rentrer, la canonni�re et ma
p�niche louvoy�rent avec l'avantage de la mar�e afin de regagner le
mouillage en dedans de ce qu'on nomme _le lanquin_ de Perros.

Le soir, ou ne s'entretenait dans tout le pays que de l'�v�nement de
Tom�, de la mort du pauvre Fournerat, et du mauvais tour enfin
qu'avaient voulu me jouer les Anglais.

Ce ne fut que le surlendemain de mon aventure que le temps devint assez
beau pour me permettre de retourner dans la petite �le, th��tre de ma
r�cente aventure.

Je me, disposais � faire ce petit voyage en ordonnant � tout mon monde
de s'embarquer dans la p�niche, lorsqu'une jeune fille s'avan�a vers moi
les yeux en pleurs.

�Monsieur, me dit-elle, j'ai une gr�ce � vous demander?

--Et quelle gr�ce, mademoiselle?

--Celle de me permettre d'aller � Tom� avec vous.

--Et quel besoin avez-vous d'aller � Tom�?

--Quel besoin? Ah! monsieur, si vous saviez....� Et la jeune fille � ces
mots fondit en larmes.

�Quel est votre nom? �tes-vous de Perros?

--Monsieur, je suis du village de la Clart�, je me nomme Marie Angel.�

A ce nom, dont je fus frapp� comme d'un coup de foudre, je me rappelai
avec une vive et poignante douleur la conversation de l'avant-veille
entre Fournerat et son ami.... Pauvre Fournerat!

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Books | Photos | Paul Mutton | Sun 22nd Feb 2026, 3:40