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Page 54
Malgr� la s�v�rit� de mes ordres, quelques-uns de mes hommes
s'�cart�rent un peu plus que je ne leur avais permis. Ils voulaient
chasser, disaient-ils, quelques lapins � coups de manche de gaffe. Apr�s
l'�v�nement que je vais raconter et que j'�tais loin de pr�voir, je
n'eus pas la force d'en vouloir � ces maraudeurs: ils nous sauv�rent.
Pendant que mes matelots r�daient �a et l� autour de moi, je m'assis sur
un rocher pr�s du rivage. J'aurais volontiers c�d� dans ce moment
d'inaction au sommeil que deux nuits blanches m'avaient rendu
n�cessaire, sans l'int�r�t que m'inspirait une conversation qui s'�tait
�tablie, � dix ou douze pas de ma place, entre Fournerat, mon brave
canonnier, et le matelot Tasset, l'un de ses amis. Il s'agissait
d'amour, de mariage et de projet de retraite: je pr�tai attentivement
l'oreille.
Les deux interlocuteurs s'�taient along�s nonchalamment sur un tertre de
bruy�re: c'�tait la pelouse du pays. Fournerat avait la parole.
�Jamais, disait il � son camarade, je ne me suis senti autant envie de
retourner � Perros qu'aujourd'hui. Les deux jours que nous venons de
passer dehors m'ont paru longs comme un c�ble sans bout ou vingt-quatre
heures sans pain.
--Et pourquoi donc �a? Le temps m'a paru long � moi parce qu'il a fallu
manier l'aviron toute la nuit, et que �a vous alonge joliment une soir�e
qui dure douze heures de temps jusqu'� la pointe du jour.
--Moi je me suis emb�t�, parce que, vois-tu, je m'impatientais
d'attendre, et je m'impatientais parce qu'il y a quelque chose de
nouveau qui m'attend � Perros.
--Quel nouveau?
--Mon cong�.
--Ton cong�! � toi!
--Un peu! Dix ans de service et une blessure � l'omoplate, d'un coup de
canon de l'ennemi, qui m'emp�che le remuement � volont� du bras avec
lequel je me mouche avec ou sans mouchoir; voil� ce qui m'a fait
demander mes invalides. Y es-tu?
--Mais que feras-tu avec ton cong�, sans avoir un morceau de pain pour
te laver la figure en dedans, quand la faim t'arrivera militairement
tous les matins?
--Ce que je ferai? je me ferai des enfans tout seul, si je peux; car les
enfans, comme on dit, c'est la richesse du pauvre.
--Et avec quoi encore te feras-tu des enfans?
--Avec un joli moule que je me suis choisi pour cela, va. Tu connais
bien Marie Angel?
--Cette grande belle fille de la Clart�, l'a�n�e au p�re Angel?
--_Indubitablement_!
--C'est une belle _criature_!
--Je ne taille jamais que dans le beau.
--Qui vous a un bel estomac, au moins!
--Le plus bel estomac du d�partement des C�tes-du-Nord, � ce que m'ont
dit les connaisseurs.
--Et un bon caract�re de fille, toujours de belle humeur, �t� comme
hiver.
--Ah! �a doit �tre encore plus facile � manier, il n'y a pas de doute,
qu'une pi�ce de quatre pour un ancien canonnier comme moi.
--Et tu veux l'�pouser?
--Oui, et par le c�t� le plus press� encore. Elle n'a pas grand'chose,
mais elle a ce qui me pla�t, et �a vous donne tant de force pour gagner
sa vie, une femme qui vous chausse un peu proprement! Le p�re Angel,
dont je vais devenir le respectable gendre, gagne quarante � cinquante
sous par jour � faire des filets de p�che. C'est le plus grand fabricant
du pays en filets � la brasse: le brave homme ne peut pas aller loin
avec la goutte qu'il a par en bas, et celle qu'il prend � chaque instant
par en haut. Une fois mort de rhumatisme et d'eau-de-vie, il me c�dera
son fonds, c'est-�-dire sa navette; et comme je me suis exerc�, en
faisant la cour � sa fille Marie, � passer assez gentiment une maille ou
deux dans les filets du beau-p�re futur, je me trouverai �tabli tout
naturellement avec ma petite femme, dans le domicile et l'�tat du pauvre
d�funt.
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