Contes de bord by Édouard Corbière


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Page 53

Baradin qui s' mange l'�me,
Un jour de carnaval.
En carrosse voit un' dame
Qui s'en allait au bal. (_bis_.)
Qu�ques gaillards, par malice,
Crient: Vive l'Imp�ratrice!
Voyons, que cela finisse,
S' dit mon cadet d' novice,

Et voil� Baradin
din! din!
Qui lui tend, qui lui tend sa sal'main. (_bis_.)

�M'n ami, dit la Princesse,
Que puis-je pour ton bien?
--Mais m'accorder, l'Altesse,
De toucher votre main. (_bis_.)
--Si c' n'est que �a, dit-elle,
V'l� ma main. Elle est belle.
Attends, c'est d'la dentelle
Que c' linge et c'te ficelle.
R�gale toi-z-en. Tiens, tiens!
Hein, hein?�
Baradin, Baradin, prends sa main, (_bis_.)

�La faveur n'est pas mince,�
Dit-il � ses amis,
�Jos�phine m'a fait prince
En m'donnant un rubis,� (_bis_.)
L'Altesse imp�riale
L'avait fait prince de Galle,
Et mon gaillard s' r�gale
En grattant sa main sale.

J' crois bien, c'�tait du fin,
Hein, hein!
Tes rubis, les rubis sont mal sains. (_bis_.)


Je rappelle ici cette improvisation, toute grossi�re qu'elle est, pour
faire conna�tre l'humeur et l'esprit des matelots. Qu'on me pardonne de
la reproduire: ce fut, h�las! le chant du cygne, du pauvre Tyrt�e de mon
�quipage!

La mar�e avait cess� de pousser favorablement la p�niche vers sa
destination. Mes hommes �taient las de toujours tirer sur leurs avirons.
Le vent ne s'�levait pas et le jour allait se faire. Je pris le parti
d'aborder l'�le de Tom� qui se trouvait sur ma route, et d'attendre l�
que la mar�e suivante me perm�t de regagner Perros sans trop de peine.
�Gouvernez sur Tom�, dis-je � mon patron. Nous mouillerons le grappin
derri�re en abordant.�

En accostant l'�le, entre trois grands rochers qui formaient une esp�ce
de petit port, mes hommes lev�rent leurs rames. Le silence �tait
parfait autour de nous, et ma voix seule et celle de mes gens allaient,
au terme de la plus calme des nuits, r�veiller les tranquilles �chos du
rivage. La mer g�missait � peine sur le bord, humide d�j� de la ros�e du
matin. La clart� de la lune, qui allait bient�t faire place � celle du
soleil, argentait encore le sommet de l'�le et le c�t� oppos� � celui
sur lequel nous nous disposions � d�barquer. Mais autour de nous
l'obscurit� pr�tait � tous les objets des formes gigantesques et
fantastiques. Un aviron tombant � la mer, le bruit du grappin que l'on
mouillait derri�re la p�niche, la confusion m�me des voix de mes
matelots, donnaient � cette sc�ne si simple un charme inexprimable, du
moins pour moi.

Je me plais ici � d�crire un peu longuement ces choses, parce que ce
sont des souvenirs que ma m�moire me rappelle avec ravissement au bout
de vingt ans, et que je pense que l'on doit bien raconter et bien
exprimer pour les autres ce que l'on se rappelle soi-m�me avec charme.
L'art d'�mouvoir et d'int�resser peut-il �tre autre chose que celui de
peindre na�vement ce que l'on a senti le mieux?

En abordant � Tom� je recommandai � ceux de mes gens qui les premiers
�taient saut�s � terre, de ne pas trop s'�loigner, et de ne pas perdre
de vue la p�niche, non loin de laquelle moi-m�me je jugeai prudent de
rester. Un coup de fusil, au reste, devait �tre le signal de ralliement.
La mar�e devant bient�t nous permettre de continuer avec le jour notre
route sur Perros, je ne pensai pas devoir passer plus d'une heure ou une
heure et demie dans l'�le.

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Books | Photos | Paul Mutton | Sat 21st Feb 2026, 20:05