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Page 52
�La mer est mon papier, la p�niche _l'Active_ mon �critoire, et mon
aviron ma plume. La bouteille � l'eau-de-vie, si le capitaine le veut
bien, sera ma bouteille � l'encre.
--J'y consens, m'empressai-je de dire, en devinant l'intention du dr�le.
--C'est bon, mon capitaine, vous _souscrivez_, et moi j'�cris.
_Lettre d'un mauvais fils � monsieur son p�re_.
�Mon cher p�re, et bigrement trop cher, puisque vous avez donn� le jour
� un garnement de mon esp�ce.
�Je profite de l'occasion de la poste aux lettres pour vous adresser
celle-ci. Quant � la mienne, elle est fort bonne, et je souhaite que la
pr�sente vous trouve de m�me, et dans la situation o� j'ai l'honneur
d'�tre. Il me reste encore, � ce que je crois, deux fr�res et une soeur
que ma ch�re m�re vous a donn�s � nourrir et � �duquer; la pr�sente est
pour vous dire et vous assurer, en bon fils, que je donnerais bien mes
deux fr�res pour ne plus avoir de soeur, sachant bien que cela ferait
plaisir � votre coeur paternel. Je suis bien aise de vous apprendre que
j'ai profit� des bons principes que vous m'avez fait sucer chez vous
quand vous ne me donniez pas de pain � manger. J'irai loin, si je suis
votre exemple, et d�j� je suis en route pour Toulon, o� je serai nourri,
habill� et chauff� aux frais du gouvernement.
�Quand vous aurez l'occasion de battre ma ch�re m�re et qu'elle aura le
malheur de vous taper conjugalement, t�chez de vous assommer l'un et
l'autre, en souvenir de moi, persuad�s que je vous le rendrai � tous
deux aussit�t que le ciel voudra bien me le permettre.
�Adieu, mes chers parens, je vous embrasse aussi parfaitement que je
vous aime, et suis votre infectionn� fils,
�LACARCAILLE.
�Posse-cripthomme. J'oubliais de vous dire, si �a peut vous int�resser,
que je viens d'�tre condamn� � cinq ans de gal�res innocemment au bagne
de Toulon. C'est une bien jolie ville, o� vous pourrez m'envoyer de
l'argent si vous avez le hasard d'en voler � quelques amis. Je n'ai pas
voulu vous laisser apprendre cette nouvelle par un autre. Mais soyez
persuad� qu'au bagne comme ailleurs je n'oublierai pas les principes que
j'ai re�us de vous.
�Idem.�
�Bah! se prit � crier un canonnier nomm� Baradin, apr�s avoir entendu la
lettre de son confr�re, ce _bavacheur_ de Fournerat ne nous parle jamais
que de ses gal�res! C'est toujours le bagne de Brest ou de Toulon avec
lui. Change ta barre, conteur d'histoires de cha�nes et de for�ats; le
bagne ne rend plus!
--Tiens, comme il est mal bord� cette nuit le prince Baradin premier,
l'empereur des mouches tu�es au vol, vice-roi des gamelles vides,
protecteur de la conf�d�ration sale!
--Pourquoi m'appelles-tu prince, esp�ce de va-de-la-langue? Encore une
autre b�tise, n'est-ce pas? et tu restes l� la bouche ouverte, comme un
sac quand il n'y a rien dedans!
--Ah! tu me demandes pourquoi je t'appelle prince? Je _vas_ te le dire,
mais dans une petite chanson, compos�e par ton serviteur, dans les cinq
minutes qui vont venir.
--Silence, les enfans! s'�cria un des ma�tres � tous ceux qui riaient de
la dispute survenue entre les deux canonniers; Fournerat va faire et
chanter une chanson sur Baradin: taisons nos langues et ouvrons nos
oreilles; c'est l'ordre.
--Mes amis, c'est sur l'air de _Oui, noir, mais pas si diable_, que je
vais vous _d�chanter_ la _Baradine_, romance de circonstance, cadrant
avec le sujet, et un bien vilain sujet, voyez plut�t. Mais il ne faut
pas que la musique vous emp�che de haller dur et long-temps sur vos
avirons. Chantons mal, mais nageons bien. Je tousse trois fois, je me
mouche deux: c'est vous dire que je vais commencer.
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