Contes de bord by Édouard Corbière


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Page 50

La joie des vainqueurs dut �tre grande, lorsque, pour rejoindre les
croiseurs qui les attendaient en louvoyant, ils d�fil�rent sous la
Grande-Ile avec leurs trois embarcations et la patache conquise. Le
s�maphore plac� sur cette Grande-Ile annon�a � son confr�re le s�maphore
situ� sur la c�te ferme, le triste �v�nement qui venait de se passer
dans le _courreau_ des Sept-Iles et presque sous les yeux de la garnison
qui gardait le plus important des rochers de l'archipel.

On vit bient�t la fr�gate ennemie � laquelle appartenaient les canots
sortis de Tom�, aller au-devant de la conqu�te des p�niches
victorieuses, et prendre � la remorque la pauvre patache. Ce dut �tre
pour elle une capture assez �trange que cette douzaine de pr�pos�s de
douanes par�s, bross�s, fourbis, pour aller passer l'inspection �
Lannion et arrivant prisonniers de guerre � bord d'une division
anglaise.

On parla beaucoup, � Perros, du malheur arriv� � la patache de Tr�guier.
Les pr�pos�s des brigades �tablies sur les c�tes voisines de
l'�v�nement, jur�rent de venger leurs camarades sur les Anglais.
Plusieurs jours de suite, ils s'embusqu�rent dans les rochers de Tom�,
pour chercher � surprendre les embarcations des croiseurs qui
s'aviseraient de vouloir d�barquer dans l'�le. Mais leurs tentatives
furent vaines. Personne ne parut.

Pour suivre bien le fil des petits d�tails que j'ai encore � raconter,
il est n�cessaire de se rappeler succinctement ceux que l'on a d�j� lus,
et de ne pas oublier surtout l'�le de Tom� o� venaient aborder les
Anglais et les Fran�ais; la fr�gate anglaise avec les douaniers pris en
grande tenue, etc.

Lors du dernier �v�nement arriv� � ces pauvres douaniers, je commandais
une p�niche appartenant � la station de Perros, station tr�s-imposante,
compos�e d'une canonni�re qui commandait les forces navales de
l'endroit, et de deux mauvaises embarcations dont la mienne faisait
partie! Le commandement que l'on m'avait confi�, � moi tr�s-jeune
aspirant de premi�re classe et futur amiral de France, avait �t� dans
son temps un grand canot de vaisseau. En rehaussant les pavois de ce
canot et en pla�ant un petit obusier en fonte sur son arri�re, on avait
cru en faire une p�niche. J'oublie de dire qu'on lui avait m�me donn� un
nom assez pompeux, mais assez peu convenable � ses qualit�s: ma p�niche
se nommait _l'Active_. Vingt-sept hommes la montaient. Vingt environ �
_couple_ pouvaient �tre bord�s, � l'occasion, de l'avant � l'arri�re. Un
caisson plac� au pied du grand m�t contenait quelques fusils, une
dizaine de pistolets et autant de sabres: c'�tait l� notre arsenal. Un
des bancs de l'arri�re me servait de cabane; l'autre banc de babord
�tait r�serv� au chef de timonerie que j'appelais toujours _mon second_,
pour qu'� son tour il m'appel�t toujours _mon capitaine_. Quand il
faisait froid, je tapais des pieds sur le tillac, ne pouvant pas me
promener faute d'espace. Quand il pleuvait, je me couvrais d'un manteau.
Mes hommes faisaient leur soupe � la mer, en pla�ant la chaudi�re,
commune � l'�tat-major et � l'�quipage, sur la moiti� d'une barrique
remplie de sable et au centre de laquelle on allumait du feu. C'�tait
une vie d'Arabes, au milieu des flots; mais � quinze ou seize ans, avec
un poignard au c�t�, des �paulettes en or m�lang� de bleu sur le dos, et
deux douzaines d'hommes � commander, on se croit g�n�ral d'arm�e. Un
capitaine de vaisseau ne se promenait pas plus fi�rement sur sa dunette,
que moi sur le banc qui me servait � la fois de gaillard d'arri�re, de
chambre � coucher et de banc de quart dans les circonstances
solennelles.

Un jour avant la prise de la patache des douanes, le commandant de la
station m'avait donn� l'ordre d'escorter jusqu'� l'�le de Br�hat trois
ou quatre caboteurs charg�s d'objets du gouvernement. Dieu sait, � la
t�te de ce convoi compos� de trois ou quatre barques, les signaux que je
faisais � mon bord; car j'avais toute une s�rie de pavillons pour
transmettre mes ordres aux divers b�timens plac�s sous ma protection. Un
amiral commandant une escadre aurait envi� les �volutions que
j'ex�cutais, et � coup s�r il ne se serait pas donn� plus de soins pour
conduire une arm�e align�e sur trois colonnes, que moi pour mener mes
trois bateaux � bon port.

D�s que mon importante mission fut remplie et que j'eus vu d�filer
devant moi les navires de mon convoi pour aller mouiller � leur
destination, je tirai un coup d'obusier en hissant et rehissant trois
fois mon pavillon � t�te de m�t, pour faire mes adieux aux capitaines
marchands que j'allais quitter. Les capitaines de mon escadre
r�pondirent � ce galant signal en m'exprimant leurs remercimens et leur
satisfaction. Ils hiss�rent et rehiss�rent par trois fois aussi leur
pavillon national, et je me s�parai d'eux pour retourner � Perros.

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Books | Photos | Paul Mutton | Sat 21st Feb 2026, 14:30