Contes de bord by Édouard Corbière


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Page 49

La petite �le, quelque pauvre et inutile qu'elle f�t, avait pourtant un
propri�taire; mais, par une de ces lois qui ne sont tol�rables qu'en
temps de guerre, il �tait d�fendu au possesseur suzerain de ce fief
maritime de visiter sa propri�t�: les b�timens de la station de Perros
et les pataches de la douane avaient seuls le privil�ge d'aborder dans
cette �le, que l'imagination des anciens aurait peupl�e peut-�tre de
dieux ou tout au moins d'heureux mortels, mais qui en r�alit� n'�tait
peupl�e que d'assez mauvais gibier, � la chair aussi s�che que le
terrain qui le nourrit.

Le privil�ge exclusif accord� aux p�niches et aux pataches qui
visitaient Tom�, produisit assez souvent d'�tranges rencontres. Pendant
qu'une embarcation fran�aise, par exemple, abordait l'�le par un bout,
un canot anglais l'accostait quelquefois par l'autre bout, et alors
venaient les coups de fusil entre les Anglais, qui d'un c�t� tiraient
des lapins pour leur compte, et les Fran�ais, qui trouvaient plus
piquant de br�ler leur poudre sur des ennemis, que sur le gibier qu'ils
�taient venus chasser.

Lorsque des canots anglais envoy�s � Tom� se voyaient surpris par le
mauvais temps pendant leur petite exp�dition, ils attendaient, cach�s
dans les rochers de l'�le, que la bourrasque s'apais�t, pour aller
rejoindre les navires auxquels ils appartenaient, et qui, pour �viter
les dangers que leur aurait fait �prouver le coup de vent, avaient
prudemment gagn� le large.

Sur des c�tes moins mal gard�es que ne l'�taient les n�tres, on aurait
pu quelquefois faire d'assez bonnes captures sur l'ennemi; mais les
Anglais se montraient si peu dispos�s en g�n�ral � op�rer des descentes,
que l'on daignait � peine se pr�munir contre leurs rares tentatives de
d�barquement.

Un jour toutefois ils surent faire tourner � leur avantage une
situation difficile dans laquelle le mauvais temps les avait
soudainement plac�s.

Trois de leurs embarcations, assaillies par un coup de vent pendant
qu'elles �taient � Tom�, cherch�rent en vain, malgr� la grosseur de la
mer et la force de la brise, � regagner leurs navires. R�duites, apr�s
d'impuissans efforts, � se r�fugier dans les criques de l'�le dont elles
avaient voulu s'�loigner, elles revinrent, pouss�es par la lame,
s'�chouer dans une petite anse o� bient�t les matelots r�ussirent � les
haler � terre, de mani�re � les soustraire au choc des vagues qui
auraient fini par les briser si on les e�t laiss�es � flot.

Le coup de vent dura quarante-huit heures, et pendant ce temps-l�, les
matelots anglais n'eurent d'autre asile que leurs embarcations tir�es �
sec, et d'autre nourriture que les lapins qu'ils purent tuer.

La mer enfin et le vent s'apais�rent. On songea � remettre les canots �
flot et � regagner les navires qui, revenant du large, ralliaient d�j�
la c�te pour se rapprocher des canots qu'ils avaient laiss�s � terre.

Au moment o� les officiers anglais ordonnaient � leurs matelots de
s'embarquer pour quitter l'�le hospitali�re, ils aper�urent dans le
_courreau_ des Sept-Iles, et non loin d'eux, une grande p�niche qu'ils
prirent d'abord pour fran�aise. C'�tait en effet une patache des douanes
qui, voyant les croiseurs anglais trop au large pour avoir � les
redouter, se rendait avec toute s�curit� de Tr�guier � Lannion.

Par malheur, � bord de la patache s'�taient embarqu�s ce jour-l� m�me
une douzaine de pr�pos�s qui, devant passer l'inspection d'un de leurs
chefs sup�rieurs, avaient cru tr�s-bien faire en prenant la voie de mer
pour se rendre � Lannion. La tenue de ces passagers �tait parfaite. La
plaque et les _jugulaires_ de leurs schakos reluisaient au soleil qui
venait de se montrer. Leurs buffleteries, soigneusement blanchies,
tranchaient admirablement sur le vert fonc� de leurs fracs �pousset�s et
bross�s jusqu'� la corde. Rien enfin ne manquait � leur tenue militaire.

Quelle proie, je vous demande, pour nos Anglais cach�s dans les rochers
aupr�s desquels la patache venait virer nonchalamment de bord! Sortir de
leur g�te de la nuit, comme des �perviers acharn�s; fendre les flots
avec la rapidit� d'un poisson volant, et se jeter sur la pauvre patache,
qui n'y pensait gu�re, je vous le jure, ne fut que l'affaire d'un
moment, d'une minute pour les embarcations ennemies! Les douaniers,
surpris et sans doute effray�s de cette attaque si prompte, essay�rent
de r�sister. Ils sautent sur leurs armes; la patache avait un petit
canon et deux espingoles: elle fait feu; mais les Anglais, comme
agresseurs, �taient dispos�s � l'attaque, et les douaniers, assaillis �
l'improviste, �taient bien loin d'avoir tout pr�par� pour la d�fense. Le
grand nombre dut avoir l'avantage, et apr�s une inutile r�sistance, la
patache se rendit aux trois p�niches.

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Books | Photos | Paul Mutton | Sat 21st Feb 2026, 12:34