Contes de bord by Édouard Corbière


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Page 47

�Tas de coquines, me rendrez-vous mon �p�e! s'�crie en les mena�ant le
g�n�ral exasp�r�.

--_Dinero, dinero_! s'�crient les _bravos_.

--Cela veut dire: Payez, payez, messieurs, et l'on vous rendra vos
armes, r�p�tent les dulcin�es.

--Nos armes! Tiens, dit le g�n�ral en jetant aux pieds des malheureuses
qui le narguent, une bourse d'or pour ran�on; tiens, ramasse cet argent,
et rends-nous les armes et les chapeaux que tu nous as vol�s.�

Les bravos se nantissent d'abord de la bourse. Ils descendent ensuite
l'escalier: les deux donzelles les suivent sans rien restituer. Le
g�n�ral et son aide-de-camp veulent aussi gagner la rue. Mais les portes
par lesquelles le cort�ge s'est esquiv� se referment sur eux, et pour
comble de rage, les victimes entendent dans la rue leurs bourreaux
crier: _A la guarda! � la guarda_! Nul doute, la garde va venir.

Elle arriva en effet. Le sergent de la patrouille, en ouvrant violemment
la porte de la maison o� le scandale avait lieu, reconna�t dans les deux
officiers d�sarm�s et d�coiff�s, le g�n�ral de la division fran�aise et
l'un de ses aides-de-camp. On s'explique du mieux qu'on peut, en
espagnol et en fran�ais. Le sergent croit apprendre quelque chose de
tr�s-nouveau au g�n�ral, en lui annon�ant qu'il se trouve dans une
maison suspecte. Le g�n�ral demande pour toute gr�ce au chef de la force
arm�e la faveur d'�tre reconduit � l'embarcation de son vaisseau, qui
l'attendait au warf. Mais dans quel �tat il parut aux yeux de ses
canotiers! sans �p�e et sans chapeau! Les canotiers ne savent que penser
de cette circonstance singuli�re. Ils se content�rent de nager jusqu'au
vaisseau, et l� encore, en montant � bord, le g�n�ral et son piteux
camarade en bonnes fortunes, eurent la honte de passer, en faisant de
grands saluts, devant l'officier de garde qui les recevait � la lueur
des fanaux allum�s pour �clairer leur marche. Le lendemain de cette
aventure, les fl�neurs de la Havane aper�urent, suspendus � un poteau de
r�verb�re, deux chapeaux et deux �p�es surmont�s de cette inscription:
�A VENDRE POUR CAUSE DE D�PART PR�CIPIT�.�

Et puis on entendit dire dans toute l'�le que le g�n�ral commandant la
division fran�aise avait fait hommage de sa bourse, � la caisse des
indigens du pays.

Mais ce qu'il y eut de plus �trange dans tout cela, c'est le bruit qui
courut avec la rapidit� de l'�clair dans toute la division. Les
officiers se disaient que les deux coquines qui avaient si adroitement
d�coiff� et d�sarm� leur g�n�ral, n'�taient autre chose que deux petits
aspirans travestis, et qu'en cherchant bien parmi les enseignes de
vaisseau, on aurait pu reconna�tre peut-�tre les deux ou trois _bravos_
qui avec leur longue barbe factice et leur teint d'emprunt, avaient si
galamment assist� les deux belles. Un des l�gers �chos de ce bruit
scandaleux alla frapper assez d�sagr�ablement l'oreille inqui�te du
g�n�ral. Il devina bient�t toute la v�rit�, et il s'emporta d'abord
comme un lion pris dans un pi�ge. Il appela son aide-de-camp. �Vous
savez, monsieur, le tour inf�me qu'on nous a jou�.

--G�n�ral, je commence depuis ce matin � m'en douter un peu.

--Je puis ordonner une enqu�te terrible, et faire fusiller les sc�l�rats
qui ont attent� � mon honneur. Commencez-vous � vous douter un peu aussi
de toute l'�tendue de mon autorit�?

--Jamais, mon g�n�ral, je n'en ai dout�. Vous pouvez, il est vrai,
ordonner une enqu�te: une enqu�te est m�me une chose excellente; mais
n'y a-t-il pas eu, � votre avis, mon g�n�ral, assez de scandale comme
cela?

--Et comment vous, chef d'�tat-major, vous mon plus fid�le limier en
quelque sorte, qui devriez deviner chaque officier de la division rien
qu'� l'allure et au pas, n'avez-vous pas reconnu, flair�, d�pist� deux
polissons d'aspirans dans ces deux coquines de la nuit d'avant-hier?

--Vous les trouviez si aimables et si gentilles, mon g�n�ral, que le
moindre soup�on m'aurait paru inconvenant.

--Moi, je les trouvais gentilles! allons donc! vous ne voyiez pas que je
me moquais d'elles? C'est vous peut-�tre que je devrais faire casser
comme du verre, pour ne vous �tre pas dout� de ce que vous deviez savoir
mieux que tout autre.

--Moi, mon g�n�ral, mais il me semble que vous feriez encore mieux
d'ordonner une enqu�te, comme vous en avez eu d'adord l'id�e, si
d�cid�ment vous tenez � faire quelque chose de d�cisif.

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Books | Photos | Paul Mutton | Sat 21st Feb 2026, 8:35