Contes de bord by Édouard Corbière


Main
- books.jibble.org



My Books
- IRC Hacks

Misc. Articles
- Meaning of Jibble
- M4 Su Doku
- Computer Scrapbooking
- Setting up Java
- Bootable Java
- Cookies in Java
- Dynamic Graphs
- Social Shakespeare

External Links
- Paul Mutton
- Jibble Photo Gallery
- Jibble Forums
- Google Landmarks
- Jibble Shop
- Free Books
- Intershot Ltd

books.jibble.org

Previous Page | Next Page

Page 46

UNE DES DAMES.--Je chante si mal!

L'AUTRE DAME.--J'en pince si peu!

--Modestie que tout cela, modestie! Vous allez chanter et en pincer,
aimables friponnes. Nous �coutons.

--Mais avant de nous soumettre � l'�preuve que vous voulez nous faire
subir ou subir vous-m�mes, messieurs, voudriez-vous vous rafra�chir?...
Domingo! Domingo! apportez des confitures et du Sangari � monsieur le
g�n�ral.

--Si Se�ora,� r�pond un gros n�gre.

Le g�n�ral d�pose sur un canap� son �p�e et son chapeau. L'aide-de-camp
en fait autant. Voil� Mars d�sarm� par l'Amour.

Une des syr�nes chante la plaintive romance. Son amie l'accompagne sur
sa mandoline, en faisant rouler sur le g�n�ral des yeux qu'elle
s'efforce de rendre caressans et fripons. Le g�n�ral est transport�
d'aise et d'ivresse.

�Comment trouvez-vous cette voix? demande-t-il � son compagnon.

--Un peu forte, mais assez bien timbr�e.

--Et la pinceuse de guitare ou de mandoline?

--Elle me para�t avoir les mains assez fortes et le pied un peu �pais.

--Vous ne savez ce que vous dites!

--Je sais bien au moins, mon g�n�ral, ce que je vois.

--Elles sont charmantes, parfaites en tout; c'est moi qui vous le dis,
et je m'y connais.�

Le chant a cess�: les tendres �motions commencent; les f�licitations et
les complimens vont leur train. Les oeillades se croisent et
s'enflamment en se croisant. La pinceuse de mandoline se l�ve pour
suspendre son instrument sonore � l'une des cloisons de l'appartement.
En se levant avec gr�ce, elle sent deux mains un peu roides se presser
sur la taille qu'elle s'efforce de dessiner d'une mani�re avantageuse.
Ce sont les mains fr�missantes du g�n�ral qui se sont �gar�es sur ses
hanches. La prude veut se f�cher et repousser avec dignit� cet
attouchement un peu trop leste. Le g�n�ral devient plus pressant: il
avance toujours: la belle recule jusque vers le canap�, et l�, pour
faire, en pr�sence d'une attaque trop vive, une retraite digne d'elle,
elle s'empare de l'�p�e et du chapeau du h�ros, et la coquette
dispara�t, avec la l�g�ret� d'une sylphide, dans une chambre voisine, en
poussant de grands �clats de rire. L'amoureux amiral veut la suivre, s�r
qu'il para�t �tre de son triomphe: mais sa conqu�te lui �chappe encore
en grimpant les marches d'un escalier obscur qui para�t conduire au
second �tage.

Attir� par ce bruit, un gros gaillard � la figure basan�e, au menton
barbu, et � l'air r�barbatif, entre et arr�te ses deux gros yeux noirs
et irrit�s, sur le g�n�ral.... Cet homme semble �tre un de ces _bravos_
de la Havane, qui vendent au premier venu, une ou deux gourdes, chaque
coup de stylet. Il baragouine quelques mots d'espagnol qui signifient
qu'il est le chef de l'�tablissement. Le g�n�ral � cette vue veut saisir
son �p�e: elle a disparu! L'aide-de-camp cherche aussi la sienne: elle a
disparu de m�me. La violence triomphera.

�Dans quel gu�pier nous sommes-nous jet�s l�, mon cher ami!

--Ce n'est pas un gu�pier, g�n�ral.... Je vous l'avais bien dit.

--Emparons-nous, si vous m'en croyez, de ces barreaux de chaise, et
for�ons le passage.

--For�ons le passage, puisque nous ne pouvons faire autrement, et
tapons, puisque vous le voulez, mon g�n�ral. Mais c'est l� une bien
cruelle extr�mit�.�

Deux autres _bravos_ espagnols s'avancent: les deux dames se tiennent
derri�re cette force imposante, arrivant tout expr�s pour les prot�ger:
elles rient toujours aux �clats en montrant aux deux officiers d�sarm�s
les deux �p�es et les chapeaux dont elles se sont si perfidement
empar�es.

Previous Page | Next Page


Books | Photos | Paul Mutton | Sat 21st Feb 2026, 6:41