Contes de bord by Édouard Corbière


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Page 44

L'amiral, le soir m�me du jour o� nos masculines _La�s_ �taient entr�es
en fonctions, s'�tait rendu au spectacle accompagn� d'un de ses
aides-de-camp. A onze heures il s'en revenait � bord, pr�c�d� par deux
matelots qui, sur ses pas, avaient soin de projeter la vive clart� de
deux �normes fanaux. En passant par une des rues qu'il lui fallait
parcourir pour se rendre vers le warf o� l'attendait son canot, il fait
remarquer � l'aide-de-camp marchant respectueusement � ses c�t�s, deux
fen�tres d'o� sortent des voix qu'il croit reconna�tre pour des voix de
femmes, et de femmes fran�aises m�me!

�Quelle dr�le de chose, � la Havane, � cette heure, monsieur mon
aide-de-camp! Qu'en dites-vous?

--Mon g�n�ral, je dis que ce n'est pas plus dr�le que partout ailleurs.
Il y a dans tous les lieux du monde connu, des Fran�aises qui font ce
m�tier-l�.�

--Quel m�tier entendez-vous donc?

--Mais, mon g�n�ral, le m�tier que font probablement ces deux dames.

--Vous avez raison, elles sont deux, et elles me paraissent m�me �tre
assez gentilles. �coutez! elles parlent.... Il me semble m�me qu'elles
parlent de nous.�

Une de ces dames, en effet, en voyant passer le petit cort�ge, s'�tait
�cri�e avec le doux accent de la curiosit� et de l'int�r�t:

�Ah! c'est le g�n�ral fran�ais nouvellement arriv�!

--Voyez-vous, monsieur mon aide-de-camp, reprend l'amiral en recueillant
ces paroles tendrement provocatrices, voyez-vous que ce sont des
Fran�aises!... Mesdames, j'ai bien l'honneur de vous saluer....�

Les dames r�pondent gracieusement � ce salut.... La porte de la rue,
pr�s de laquelle les deux passans se sont arr�t�s, s'entr'ouvre au m�me
instant. Les matelots qui portaient les fanaux destin�s � �clairer le
g�n�ral, se sont arr�t�s aussi.... Mais le g�n�ral leur ordonne de
continuer leur route sans lui, en leur recommandant d'avertir leur
patron qu'il ira bient�t rejoindre son canot.

Rest� seul avec son aide-de-camp, et d�livr� de la pr�sence importune de
ses deux matelots, il reprend plus librement la conversation avec son
interlocuteur.

�Si, pour la singularit� du fait, nous montions, monsieur
l'aide-de-camp?

--Chez ces dames?

--Mais o� voulez-vous que nous montions, si ce n'est chez elles?

--Y pensez-vous s�rieusement, mon g�n�ral?

--A quoi voulez-vous que je pense, si ce n'est � ce que je vous propose?

--Mais que dira-t-on si l'on vient � savoir que....

--On dira que j'ai fait le galant et vous un peu le cafard, peut-�tre!
Quel mal y aura-t-il � cela? Partout on veut me faire passer pour une
esp�ce de Hun farouche, insensible � toutes les douces s�ductions du
sexe.... J'ai envie de perdre ce soir une aussi f�cheuse r�putation....
Allons, soyez aimable une fois en votre vie. Vous aussi vous n'avez pas
plus que moi de temps � perdre pour r�parer vos longues ann�es
d'endurcissement et de r�bellion contre le pouvoir des belles. Entrons.
Je vais vous donner l'exemple en ma qualit� de chef.

--Mais une seule observation, mon g�n�ral, elle ne sera pas longue.

--Cela ne l'emp�chera pas d'�tre peut-�tre fort d�plac�e, votre
observation, et encore assez ennuyeuse probablement.

--En entrant dans cette maison, vous ne risquez rien, vous....

--Il me semble cependant que je risque tout autant que vous au moins?

--Ce n'est pas cela que je veux dire. Je veux dire que le r�le que je
jouerai en vous suivant pourra, en ma qualit� de subalterne, para�tre
un peu trop complaisant, et que si l'on vient � apprendre plus tard....

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Books | Photos | Paul Mutton | Sat 21st Feb 2026, 2:48