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Page 43
J'allai rendre compte de ma corv�e au commandant. Je lui rapportai �
peu pr�s toutes les circonstances de ma petite exp�dition. Il s'amusa
beaucoup de la philosophie du naufrag�. Mais j'eus bien garde de lui
dire que notre ermite �tait un vieux matelot: l'impassible rigueur de
l'inscription maritime aurait bient�t mis fin au bonheur qu'il s'�tait
promis dans sa sauvage et rude r�clusion.
UN CONTRE-AMIRAL EN BONNE FORTUNE.
Un g�n�ral de mer se plaisait � tyranniser les officiers de la division
qu'il commandait, � peu pr�s comme autrefois certain empereur romain
s'amusait, pour passer le temps, � tuer des mouches. En retour de ses
mauvais traitemens, tous ses officiers l'envoyaient au diable; mais
leurs mal�dictions ne r�ussissaient qu'� r�jouir le vieil amiral, qui se
montrait fier surtout de la haine universelle qu'il inspirait; et les
arr�ts forc�s ne r�jouissaient nullement les jeunes officiers.
Lorsque l'amiral riait en montant � bord, on pouvait en conclure qu'il
venait de jouer quelque bon tour � l'un des �l�gans de la division. Rien
ne l'�gayait autant que de pouvoir dire � son capitaine de pavillon:
�Monsieur le commandant, vous ordonnerez les arr�ts forc�s pour quinze
jours � M. un tel, qui s'est permis d'aller faire la belle jambe � terre
malgr� mes ordres.� Il se serait volontiers p�m� d'aise, lorsqu'apr�s
avoir rencontr� dans une rue un officier d�guis� en matelot, il l�chait
aux trousses du pauvre fugitif deux ou trois de ses adjudans. Il
appelait cela faire la chasse aux lapereaux. Cet homme aurait fait le
meilleur chef de police que l'on p�t poss�der dans une capitale. Le
sort, en se trompant, n'en avait fait qu'un contre-amiral.
Tous les officiers lui rendaient depuis long-temps haine pour vexations,
et cette haine �tait devenue telle, qu'on pouvait dire qu'elle avait
fini par d�g�n�rer en esprit de corps. Il �tait d'usage de d�tester
l'amiral, � peu pr�s comme il est ordinaire, dans le service, de
respecter ses chefs. C'�tait presque un article de l'ordonnance.
Mille fois on se serait veng� de ce damn� d'homme, si les r�gles d'une
discipline d'airain avaient pu se pr�ter aux voeux que les subalternes
formaient contre leur injuste et inflexible chef. Mais, comme il le
disait lui-m�me, il �tait le pot de fer, et il ne redoutait pas les
cruches qui auraient os� l'aborder.
Les cruches enrageaient donc de n'avoir pu �br�cher le pot de fer que
par quelques piquantes plaisanteries et quelques bonnes �pigrammes
auxquelles leur puissant adversaire avait toujours ripost� par les
arr�ts forc�s ou de mauvaises notes envoy�es au ministre.
Un jeune enseigne de vaisseau, malgr� les difficult�s et les dangers de
l'entreprise, r�solut cependant de venger tous ses camarades de la
longue humiliation sous laquelle la main de l'amiral avait courb� leurs
fronts craintifs. �Je veux, leur dit-il, pour peu que le ciel seconde
mes projets, couvrir de honte celui qui nous a jusqu'ici accabl�s de
vexations. Faites des voeux pour moi, et laissez-moi faire.�
La division se trouvait mouill�e depuis quelques jours dans un port
�tranger. Le L�onidas qui aspire � arr�ter le torrent des mauvais
traitemens de l'amiral, ne choisit pas pour compagnons trois cents
Spartiates, mais il prend avec lui les deux plus jolis petits aspirans
qu'il peut trouver, et il marche aux Thermopyles. Mais quelles sont les
Thermopyles de notre officier? une maison de joie qu'il loue pour
quelques heures � d'aimables filles dans une des rues les plus
fr�quent�es de la Havane.
Les deux petits aspirans, dont les traits sont doux et malins, et dont
la taille est encore petite et svelte, se laissent habiller en jeunes
personnes. Leur teint, d�j� un peu bruni par l'air br�lant de la mer,
reprend toute sa fra�cheur native sous une l�g�re couche de blanc de
c�ruse. Leurs pieds adolescens, long-temps comprim�s par des bottes
�paisses, recouvrent une �l�gante flexibilit� dans de fins souliers de
prunelle. Leurs hanches, comprim�es sous la ceinture d'un lourd
poignard, se dessinent voluptueusement sous un large ruban rose. Nos
deux petits ch�rubins de bord deviennent enfin, avec un peu d'art et de
patience, de jolies petites filles aga�antes, faites pour tromper l'oeil
enflamm� de plus d'un amateur. Au bout de quelques heures d'exercice �
la fen�tre du logis o� l'on vient de les installer, elles auraient pu
prendre dans leurs filets les passans les moins dispos�s � se laisser
s�duire par les agaceries de ce sexe dont l'empire s'�tend si facilement
de la crois�e � la rue.
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