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Page 77
Nous arrivions au Rh�ne; devant nous un couchant triste, quelques
nuages tr�s hauts. Le vent semblait se calmer, tout de m�me le
pont n'�tait pas rassurant. On s'arr�ta � l'entr�e et il ne nous
demanda pas d'aller plus loin.
�Allons, adieu, mes enfants...�
On s'embrassa; il commen�a par Baumevieille, le plus �g�, et finit
par moi. Je pleurais, tout ruisselant, sans pouvoir m'essuyer, car
j'avais toujours la mallette et le pardessus, et je peux dire que
le grand homme a bu mes larmes. �mu lui-m�me, il prit ses effets,
carton d'une main, pardessus sur le bras, la mallette de l'autre
main, et comme Tournatoire lui disait:
�Surtout, Tartarin, soignez-vous bien... Climat malsain,
Beaucaire... Petite soupe � l'ail... n'oubliez pas.�
Il r�pondit en clignant de l'oeil:
�N'ayez peur... Vous savez le proverbe de la vieille: _Au plus la
vieille allait, -- au plus elle apprenait, -- et pour ce, mourir
ne voulait. _Je ferai comme elle.�
Nous le v�mes s'�loigner sous les arceaux, un peu lourd, mais �
bon pas. Le pont tanguait horriblement. Deux ou trois fois il
s'arr�ta � cause de son chapeau qui partait. Nous lui criions de
loin, sans avancer:
�Adieu, Tartarin!�
Lui ne se retournait pas, ne disait rien, trop �mu; seulement,
avec le carton � chapeau il nous faisait signe aussi, par
derri�re:
�Adieu... Adieu...�
_Trois mois apr�s. _-_Dimanche soir -- _je rouvre ce M�morial
depuis longtemps interrompu, ce vieux registre vert, que je
laisserai � mes enfants, si j'en ai jamais, us� aux coins,
commenc� � cinq mille lieues de France, qui m'a suivi sur vies
mers, en prison, partout. Un peu d'espace m' y reste, j'en profite
pour consigner le bruit qui courait en ville, ce matin: Tartarin a
cess� de vivre!
On n'avait plus de ses nouvelles depuis trois mois. Je savais
qu'il demeurait � Beaucaire, pr�s de Bompard, qu'il l'aidait �
garder le champ de foire et � conserver le ch�teau. M�tiers de
regardelle, en somme, ces m�tiers-l�. Bien souvent, me languissant
de mon bon ma�tre, je m'�tais propos� de l'aller voir, mais ce
diable de pont me retenait toujours.
Une fois, regardant du c�t� du ch�teau de Beaucaire, l�-haut, tout
en haut, je me figurai voir quelqu'un qui braquait une lorgnette
vers Tarascon. �a avait l'air de Bompard. Il disparut, entra dans
la tour et revint avec un autre, tr�s gros, qui semblait Tartarin.
Celui-ci prit la lunette, lui aussi, et la l�cha pour faire aller
ses bras en signe de connaissance; mais c'�tait si loin, si petit,
si vague, que je n'eus pas l'�motion que j'aurais cru ressentir.
Ce matin, tout angoiss� sans savoir pourquoi, je suis sorti en
ville, pour ma barbe, comme tous les dimanches, et j'ai �t� frapp�
de voir le ciel voil�, roux, un de ces ciels sans lumi�re qui
mettent en valeur les arbres, les bancs, les trottoirs, les
maisons. J'en ai fait la remarque en entrant chez Marc-Aur�le, le
barbier.
�Quel dr�le de soleil! Il ne chauffe pas, n'�claire pas... Est-ce
qu'il y a une �clipse?
-- Comment, monsieur Pascalon, vous ne le savez pas?... Elle est
annonc�e depuis le premier du mois.�
Et en m�me temps qu'il me tenait par le nez avec le rasoir tout
pr�s:
�Et la nouvelle, vous la connaissez, dites?... Il para�trait que
notre grand homme n'est plus de ce monde.
-- Quel grand homme?�
Quand il nomma Tartarin, d'un peu plus je me coupais avec son
rasoir.
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