Port-Tarascon by Alphonse Daudet


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Page 68

Or, comme les registres de la colonie constataient qu'il n'y avait
jamais eu plus de quatre cents habitants dans l'�le, on se figure
l'effarement du pr�sident Mouillard et de ses juges. Ils en
suaient � pleins seaux, les malheureux, n'ayant jamais ou� d�bats
pareils, d�positions aussi extravagantes. Ce n'�tait sur ce banc
des t�moins que d�mentis farouches, brusques interruptions; des
gens qui bondissaient, s'arrachaient les mots de la bouche, �
croire que la bouche allait venir avec; et des grincements de
dents, et des rires d�moniaques! Un proc�s fantastique, tragi-
comique, o� il n'�tait question que de Tarasconnais mang�s, noy�s,
cuits, r�tis, bouillis, d�vor�s, tatou�s, hach�s en petits
morceaux, se retrouvant l� tous sur le m�me banc, bien portants,
leurs membres au complet, sans une dent de moins, pas m�me une
�raflure.

Les deux ou trois qui manquaient encore � l'appel, on les
attendait d'une minute � l'autre, ils devaient avoir eu la m�me
veine que leurs compagnons, et c'est pour cela que le juge
d'instruction Bonaric, plus au fait des moeurs de ses
compatriotes, avait engag� le pr�sident � laisser de c�t� la
question d'homicide par imprudence.

Cependant le d�fil� des t�moins continuait, de plus en plus
bruyant et cocasse.

Dans la salle, le public prenait parti, conspuait, applaudissait,
riant sans peur ni vergogne au nez du pr�sident, qui mena�ait �
chaque instant de faire �vacuer le pr�toire, mais, tout ahuri lui-
m�me par tant de vacarme et d'incoh�rence, ne faisait rien �vacuer
du tout et, les coudes sur la table, prenait � deux mains sa t�te
pr�s d'�clater.

Dans une embellie relative, Robert du Nord, un grand vieux mince,
aux l�vres ironiques entre deux longues floches de favoris blancs,
dit en se renversant, la toque sur l'oreille:

�En somme, dans tout cela, je ne vois gu�re que la Tarasque qui ne
soit pas revenue�

Le substitut Bompard du Mazet se dressa brusquement, sorti de sa
boite comme un diable:

�Et mon oncle?...

-- Et Bompard?� fit la salle en �cho.

Le substitut continua de sa voix d'ophicl�ide:

�Je ferai remarquer au tribunal que mon oncle Bompard a �t� une
des premi�res victimes. Si j'ai eu la discr�tion de ne pas parler
de lui dans mon r�quisitoire, il n'en est pas moins vrai que
celui-l� du moins n'est pas revenu, qu'il ne reviendra jamais...

-- Pardon, monsieur le substitut, interrompit le pr�sident, mais
voici justement un M. Bompard qui me fait passer sa carte et
demande � �tre entendu... Est-ce le v�tre?�

C'�tait le sien, Bompard (Gonzague).

Ce nom, si connu de tous les Tarasconnais, souleva un immense
tumulte. Public, t�moins, accus�s, tout le monde �tait debout,
montait sur les bancs, se penchait, criait, cherchait � voir,
haletant d'impatience et de curiosit�. Devant cette agitation, le
pr�sident Mouillard ordonna une suspension d'audience de quelques
minutes, dont on profita pour emporter une douzaine de gendarmes
�vanouis, demi-morts de chaleur et d'ahurissement.


Chapitre V

_Bompard a pass� le pont. -- Histoire d'une lettre � huit cachets
rouges. -- Bompard en appelle � tout Tarascon, qui ne r�pond pas.
-- _�_Mais lisez-la donc, cette lettre, coquin de sort!� -
Menteurs du Nord et menteurs du Midi._


�C'est lui, c'est Gonzague!... _V�! V�!_

-- Comme il a forci!

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Books | Photos | Paul Mutton | Mon 19th Jan 2026, 6:46