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Page 5
Pour toute r�ponse l'Arabe lui montre les trous de son burnous � travers
lesquels reluit sa peau cuivr�e. Nous lui jetons quelques sous qu'il
ramasse d'une main rapace. Beaucoup d'Arabes demandent l'aum�ne; tous ou
presque tous la re�oivent sans vergogne.
--Cela leur donne sur nous une incontestable sup�riorit�, observe le
Philosophe: la pauvret� n'est pas pour eux un sujet de honte, puisqu'ils
n'en rougissent pas.
En route! postillon! nous n'aimons pas ces quatre murs carr�s derri�re
lesquels des malheureux pleurent la plus belle, la plus ch�rie des
amantes: la libert�! et d'o� ils ne sortiront que plus aigris encore et
plus acharn�s contre leurs ma�tres: _les chiens de France_.
Nous sommes � la Regha�a. En 1837, ce n'�tait qu'une ferme naissante qui
fut vigoureusement attaqu�e le 9 mai de cette ann�e-l� par les Kabyles
du bas pays, ayant � leur t�te le fr�re d'Abd-el-Kader, Mustapha-el-Hadj
[Le p�lerin de la Mecque.]. Ce coup de main, qui �tait une provocation,
motiva la premi�re exp�dition en territoire kabyle. Le village borde un
ruisseau ombrag� de lauriers roses et dont l'eau verte ne coule que
tr�s-lentement.
Deux ou trois habitants sont sur leur porte; ils ont le visage d'un
blanc jaun�tre. Est-ce le reflet du ruisseau? Leurs joues creuses nous
serrent le coeur; et pourtant nous apercevons l�-bas des plantations
vigoureuses, des champs bien cultiv�s et en plein rapport. Le pain ne
manque pas � la Regha�a, ni m�me le bien-�tre; mais � quoi bon faire
double r�colte et avoir sa grange pleine, quand la fi�vre vous coupe la
faim?
Pourquoi a-t-on couch� ce village dans ce bas-fond, au lieu de l'�riger
sur cette colline o� l'air est salubre? Partout o� les colons ont �t�
�tablis sur la hauteur, ils n'ont pas pay� � la camarde palud�enne cet
effroyable tribut de deux g�n�rations d'hommes qu'elle pr�leva sur
Boufarik, avant que le d�frichement et l'am�nagement des eaux eussent
fait de ce campement empest� o� �les corneilles elles-m�mes ne pouvaient
vivre [Dicton arabe.]� le march� le plus florissant de la Mitidja.
La voici! L'immense plaine de deux cent mille hectares se d�roule devant
nous, jusqu'au pied de l'Atlas: � notre gauche, vers la mer, jusqu'� la
pointe du cap Matifou; � notre droite, jusqu'aux massifs du Sahel. Elle
baigne enti�rement dans un brouillard �pais que les premiers rayons du
soleil ont pr�cipit� des hauteurs du ciel, en condensant les sueurs
nocturnes de la terre. Le jeu de la lumi�re produit des effets
merveilleux dans cette mer profonde de vapeurs accumul�es: d'un bleu
d'ardoise au raz du sol, elle offre au regard, � mesure qu'il s'�l�ve,
des ondes lumineuses d'un gris d'argent travers�es �� et l� par des
rayons solaires pareils � des fl�ches d'or. Les plus hautes montagnes de
l'Atlas, vigoureusement dessin�es sur le ciel o� s'effacent les
derni�res �toiles, s'�lancent comme des �lots de ces flots diaphanes
dans lesquels s'enfoncent leurs grandes ombres noires. Les cultures ont
disparu. Ce sont partout d'imp�n�trables maquis de lentisques, de
lauriers-roses, de gen�ts �pineux, de bruy�res g�antes, d'asphod�les
dont les distillateurs alg�riens font de la fine-champagne. Il y a l�
aussi des ch�nes-li�ges, et quelques ch�nes-zen, mais petits et
rabougris. Nul autre vestige de civilisation que la route empierr�e,
nouveau sillon ouvert dans ce sol abandonn�. De chaque c�t� de la pierre
concass�e par les n�gres � veste rouge qu'on rencontre sur toutes les
grandes routes, martelant le gris sous un soleil vertical, se presse une
herbe courte et drue, tout �maill�e d'une flore sauvage.
On dirait un tapis de velours vert o� la main d'une f�e a brod�, avec
les couleurs de l'arc-en-ciel, les arabesques les plus bizarres.
Madame Elvire s'extasie sur ce paysage enchant�.
--Euh! exclame le Philosophe, nous respirons la peste. Des broussailles
vierges aux portes d'Alger! et l'on r�pond aux colons qui demandent de
la terre qu'on n'en a pas � leur donner! Et la France ne peut pas
nourrir ses habitants dans les ann�es m�diocres! Et dans les meilleures,
l'Angleterre et la Belgique sont oblig�es d'aller acheter aux �tats-Unis
ou en Russie le tiers de la r�colte qui leur manque! Et...
--Un chacal! fit madame Elvire, en d�signant du doigt un animal qui
traversa la route comme une fl�che.
--Pardon, Madame! dit le postillon, mais ce chacal est tout bonnement...
--Quoi donc?
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