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Page 4
Ces bons diables montrent toutes leurs dents � chaque sou qu'on leur
donne, mais ils ne tendent point la main. Cet argent fera les frais de
l'_a�d-el-foul,_ la f�te des f�ves. Ils viendront la c�l�brer � la
Koubba de Sidi-Belal, le premier mercredi du Nissam, printemps des
n�gres. Ce jour-l�, sacrifices sanglants au bord de la mer, danses
fr�n�tiques, r�gal et orgie: toute la population noire se pare, mange,
crie, gesticule, se d�m�ne et s'amuse vingt-quatre heures durant et
pour tout le reste de l'ann�e. Ce sont, la plupart, de tr�s-braves gens,
sobres, laborieux et paisibles qui n'ont que rarement maille � partir
avec la police.
Malgr� leur peau de suie, madame Elvire les pr�f�rait de beaucoup aux
Arabes d'Alger, paresseux, sordides et filous, aux Maures � la face
blafarde, aux Koulourlis, fils �tiol�s des Turcs et des Mauresques, et
m�me aux Juifs industrieux, qui ont l'art de s'enrichir o� tant d'autres
s'appauvrissent et poss�dent aujourd'hui la moiti� de la ville. Elle
n'aimait gu�re non plus les Mzabis ou Mozabites, gens au nez pointu, �
la l�vre mince, fanatiques, remuants et perfides, venus du Mzab sous le
m�ridien, pour gagner l'argent du Roumi en attendant qu'ils pussent lui
couper la gorge. Mais ceux qui avaient su gagner toute sa sympathie,
c'�taient le Biskris et surtout les Kabyles, que la mis�re chasse, les
premiers, des oasis du Ziban, les seconds des roches djurjuriennes:
presque tous ces hommes-l� ont un bon visage.
A mesure que nous avan�ons sur la route, l'heure matinale nous fait
rencontrer un nombre consid�rable d'Arabes auxquels se m�lent quelques
Maures et quelques Kabyles. Tous portent des l�gumes au march� d'Alger.
Chacun pousse devant soi un ou plusieurs bourricos ployant sous la
charge. Les bourreaux! Et quand donc la Soci�t� protectrice des animaux
viendra-t-elle en aide � leurs victimes? Le ma�tre stimule sa b�te en la
piquant sans cesse, avec la pointe d'un b�ton, � un m�me endroit de la
cuisse qui, � force d'�tre ainsi aiguillonn�e, pr�sente une large plaie
saignante; et le pauvre petit �ne, qui n'a que la taille d'un grand
veau, va trottinant toujours, sous un fardeau trop lourd, jusqu'� ce
qu'il tombe mort. Que mange-t-il? et quand mange-t-il? On ne l'a jamais
su.
Quel regard triste! et comme sa t�te se penche m�lancoliquement! mais il
para�t pourtant r�sign� � son sort. Ah! c'est heureux vraiment qu'il
soit fataliste! Mahomet aurait bien d� lui r�server une place dans son
paradis!
L'autorit�, qui se m�le de tout en Alg�rie comme en France, ne peut-elle
rien pour l'infortun� bourrico? Elle ordonne aux gendarmes de briser,
dans la main de l'Arabe, l'instrument de torture chaque fois qu'il est
arm� d'une pointe en fer. La pointe en bois est-elle donc moins cruelle?
Nous nous croisons avec de vieilles haridelles charg�es de fruits
superbes: des oranges exquises qui m�rissent, apr�s celles d'Alger et de
Blidah, chez les Amaraoua, tribus de la basse Kabylie. Puis ce sont de
l�g�res carrioles conduites par de jolies petites femmes au teint brun,
� l'oeil noir, � la mine tr�s-�veill�e: les mara�ch�res mahonnaises du
fort de l'Eau. Cette colonie, fond�e en 1850 par des familles de Mahon,
est tr�s-florissante; elle approvisionne le march� d'Alger de l�gumes
excellents, elle exporte en France des primeurs d'artichauts et de
petits pois. A Bougie, � Philippeville, � B�ne comme � Alger et sur tout
le littoral, les Mahonnais, colons � demeure fixe, out trouv� une veine
d'or dans la culture mara�ch�re et dans celle des arbres fruitiers.
Voici de grands chariots tra�n�s par quatre chevaux qui conduisent au
vapeur en partance pour Marseille un million d'artichauts r�colt�s au
fort de l'Eau et dans les champs tr�s-fertiles des deux rives de
l'Arrach. Nous passons sous la Maison-Carr�e. Ce fortin turc construit
sur une �minence est devenu un p�nitencier d'indig�nes rebelles.
La diligence s'arr�te devant l'auberge du Roulage. Le conducteur demande
un champoreau: m�lange de caf� noir, d'eau-de-vie et de sucre que
l'ouvrier de Paris appelle un gloria. Il nous engage � faire comme lui:
nous allons traverser un pays de broussailles vierges et de mares
stagnantes, o� habite une alli�e des Arabes hostiles: la fi�vre!
Nous nous pla�ons sous l'�gide du champoreau; mais � peine madame Elvire
a-t-elle tremp� ses l�vres dans le breuvage f�brifuge, qu'elle les en
�carte avec un geste de d�go�t. Elle l'offre � un Arabe en guenilles qui
l'avale en faisant claquer sa langue contre son palais et s'�crie:
_Bono! bono!_ pour la remercier. C'est tout ce qu'il sait de fran�ais.
--O fille d'�ve! dis-je, vous faites perdre � ce pauvre diable sa place
dans le paradis.
--H�! l'ami, fit-elle en se tournant vers le petit fils de Sem, il faut
aller � confesse et avouer au _mufti_ [Pr�tre musulman.] que tu as bu de
I'eau-de-vie.
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