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Page 37
Bel-Kassem �change avec lui quelques mots en riant aux �clats.
--Que dit-il, Bel-Kassem, qui vous fasse tant rire, demande le G�n�ral.
--Madame, il dit que ton pr�sent lui servira d'anaya lorsqu'il ira te
retrouver � Paris; mais peut-�tre ignores-tu ce que c'est que l'_anaya_?
--Oui.
--L'_anaya_ est la plus sainte et la plus respect�e des lois kabyles.
C'est un gage qui rend inviolable la personne qui le re�oit. La fleur
que t'a donn�e cet homme rend ta personne sacr�e non-seulement pour sa
tribu, mais encore pour toutes celles qui ont fait alliance avec elle.
Muni d'un _anaya,_ on peut se promener dans une tribu ennemie comme dans
son jardin. Il y en a cent, il y en a mille esp�ces. Ainsi quand deux
tribus, deux villages ou deux parties d'un village sont en guerre, les
chemins par o� les femmes vont � la fontaine sont couverts par
l'_anaya,_ et nul n'y est inqui�t�. Lorsqu'un meurtrier r�clame et
obtient l'_anaya_ d'une tribu, il re�oit chez elle protection et asile.
Tout peut servir d'_anaya_ � un voyageur: un enfant qui l'accompagne, un
mulet qui le porte, une lettre, un objet quelconque, le moindre brin
d'herbe. Le nom m�me d'un homme, d'une tribu ne sera jamais par lui,
chez cette tribu, vainement invoqu�. Celui qui brise l'_anaya_ paye
l'amende, il est d�shonor�. En un mot, c'est la loi de Dieu, et personne
en Kabylie ne la viole impun�ment. Les _kanouns_ portent que l'homme
poss�d� du d�mon qui livre � ses ennemis ou tue � prix d'argent celui
qui est venu chercher un refuge dans le village sera chass�
honteusement; sa maison sera br�l�e, ses biens seront confisqu�s. S'il
ne poss�de rien, on le lapide.
--L'_anaya_ des femmes vaut-il celui des hommes?
--Souvent, sinon toujours; et vous voyez devant vous un village o� deux
partis se sont livr�s des combats acharn�s pour un _anaya_ donn� par une
femme. En l'absence de son mari, elle avait remis � un homme sous le
coup d'une vengeance une chienne qui devait le prot�ger. La b�te revint
ensanglant�e, l'homme fut assassin�: de l� bataille! Et depuis ce temps
ce village s'appelle _Thaourirth-n'Thakd-jounth,_ le piton de la
chienne.
--Je pr�f�re, dit le Philosophe, l'_anaya_ � notre police et � nos
gendarmes.
--Mais, observai-je, supprime-t-il les assassins et les voleurs?
--Non, r�pondit Bel-Kassem, il y en a en Kabylie comme en France. Le vol
est puni d'amendes depuis 3 francs 60 centimes jusqu'� 250 francs. Le
dommage qui en r�sulte doit en outre �tre r�par� par le voleur envers le
vol�. Les amendes sont doubles pour les vols de nuit, et la plus forte
punit ceux commis sur les chemins � main arm�e. Dans ce dernier cas, on
brise les tuiles de la maison du coupable. Celui qui tue pour voler est
expuls� du pays et ses biens sont confisqu�s. Les m�mes peines sont
inflig�es � celui qui tue son p�re, son fils ou son fr�re pour h�riter
d'eux; chacun a le droit de le tuer comme un chien. Les menaces de mort
et les blessures sont aussi frapp�es d'amendes. Dans un seul cas, le
meurtrier est absous: celui de la vengeance l�gitime, l'_oussiga,_ qui
est un droit et un devoir. Le Kabyle qui ne poursuit pas le prix du
sang, la _di�,_ mais se contente d'une indemnit� p�cuniaire, attire sur
lui le m�pris de tous.
Le _kanoun_ de Thaourirth-Thamokhanht, village des A�th-Iraten, porte: �
Quand un meurtre est commis, c'est le meurtrier qui doit mourir. S'il
meurt accidentellement, le prix du sang retombe sur sa succession. Si le
meurtrier se sauve, ses biens et sa maison sont donn�s � la famille de
la victime. Celui qui, contrairement � la loi, en tue un autre que le
meurtrier, paye cent r�aux, et la peine de mort retombe sur lui.�
D'autres _kanouns_ frappent d'une amende de deux cents francs quiconque
s'interpose entre deux individus ayant � tirer l'un de l'autre une
vengeance l�gitime. Cependant l'usage a pr�valu dans beaucoup de tribus
de ne point �terniser l'_oussiga_. Si le meurtrier ou, en g�n�ral,
l'auteur de l'insulte vient � mourir avant que la vengeance ait pu �tre
exerc�e contre lui, c'est son h�ritier seul qui doit acquitter la _di�_;
mais les autres membres de la _kharouba_ [Famille.] ne sont plus
responsables.
--Et la prison, demanda l'un de nous, quand donc y condamne-t-on?
--La prison! r�pondit Bel-Kassem avec un air de souverain m�pris, la
prison! Il n'y en a pas une seule dans toutes nos montagnes. La libert�
est un besoin plus imp�rieux que la faim ou la soif. L'id�e
d'emprisonner un homme ne nous est jamais venue; ceux qui se seraient
avis�s de cela auraient �t� trait�s de fous par tous les autres. Le
Kabyle pr�f�re la mort � la perte de la libert�.
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