Leone Leoni by George Sand


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Page 6

Apr�s le d�ner, recommen�aient les graves discussions sur ta robe de
bal, sur les bas de soie, sur les fleurs. Mon p�re, qui ne s'occupait
de sa boutique que le jour, aurait mieux aim� passer tranquillement la
soir�e en famille; mais il �tait si d�bonnaire, qu'il ne s'apercevait
pas de l'abandon o� nous le laissions. Il s'endormait sur un fauteuil
pendant que nos coiffeuses s'�vertuaient � comprendre les savantes
combinaisons de ma m�re. Au moment de partir, on r�veillait l'excellent
homme, et il allait avec complaisance tirer de ses coffrets de
magnifiques pierreries qu'il avait fait monter sur ses dessins. Il nous
les attachait lui-m�me sur les bras et sur le cou, et il se plaisait �
en admirer l'effet. Ces �crins �taient destin�s � �tre vendus. Souvent
nous entendions autour de nous les femmes envieuses se r�crier sur leur
�clat, et prononcer � voix basse de malicieuses plaisanteries; mais ma
m�re s'en consolait en disant que les plus grandes dames portaient nos
restes, et cela �tait vrai. On venait le lendemain commander � mon p�re
des parures semblables � celles que nous avions port�es. Au bout de
quelques jours, il envoyait celles-l� pr�cis�ment; et nous ne les
regrettions pas; car nous ne les perdions que pour en retrouver de plus
belles.

Au milieu d'une semblable vie, je grandissais sans m'inqui�ter du
pr�sent ni de l'avenir, sans faire aucun effort sur moi-m�me pour former
ou affermir mon caract�re. J'�tais n�e douce et confiante comme ma m�re:
je me laissais aller comme elle au courant de la destin�e. Cependant
j'�tais moins gaie; je sentais moins vivement l'attrait des plaisirs
et de la vanit�; je semblais manquer du peu de force qu'elle avait, le
d�sir et la facult� de s'amuser. J'acceptais un sort si facile sans en
savoir le prix et sans le comparer � aucun autre. Je n'avais pas l'id�e
des passions. On m'avait �lev�e comme si je ne devais jamais les
conna�tre; ma m�re avait �t� �lev�e de m�me et s'en trouvait bien, car
elle �tait incapable de les ressentir et n'avait jamais eu besoin de les
combattre. On avait appliqu� mon intelligence � des �tudes o� le coeur
n'avait aucun travail � faire sur lui-m�me. Je touchais le piano d'une
mani�re brillante, je dansais � merveille, je peignais l'aquarelle avec
une nettet� et une fra�cheur admirables; mais il n'y avait en moi aucune
�tincelle de ce feu sacr� qui donne la vie et qui la fait comprendre. Je
ch�rissais mes parents, mais je ne savais pas ce que c'�tait qu'aimer
plus ou moins. Je r�digeais � merveille une lettre � quelqu'une de mes
jeunes amies; mais je ne savais pas plus la valeur des expressions que
celle des sentiments. Je les aimais par habitude, j'�tais bonne envers
elles par obligeance et par douceur, mais je ne m'inqui�tais pas de
leur caract�re; je n'examinais rien. Je ne faisais aucune distinction
raisonn�e entre elles; celle que j'aimais le plus �tait celle qui venait
me voir le plus souvent.



IV.

J'�tais ainsi et j'avais seize ans lorsque Leoni vint � Bruxelles. La
premi�re fois que je le vis, ce fut au th��tre. J'�tais avec ma m�re
dans une loge, assez pr�s du balcon, o� il �tait avec les jeunes gens
les plus �l�gants et les plus riches. Ce fut ma m�re qui me le fit
remarquer. Elle �tait sans cesse � l'aff�t d'un mari pour moi et le
cherchait parmi les hommes qui avaient la toilette la plus brillante et
la taille la mieux prise; c'�tait tout pour elle. La naissance et la
fortune ne la s�duisaient que comme les accessoires de choses plus
importantes � ses yeux, la tenue et les mani�res. Un homme sup�rieur
sous un habit simple ne lui e�t inspir� que du d�dain. Il fallait que
son futur gendre e�t de certaines manchettes, une cravate irr�prochable,
une tournure exquise, une jolie figure, des habits faits � Paris, et
cette esp�ce de bavardage insignifiant qui rend un homme adorable dans
le monde.

Quant � moi, je ne faisais aucune comparaison entre les uns ou les
autres. Je m'en remettais aveugl�ment au choix de mes parents, et je ne
d�sirais ni ne fuyais le mariage.

Ma m�re trouva Leoni charmant. Il est vrai que sa figure est
admirablement belle, et qu'il a le secret d'�tre ais�, gracieux et anim�
sous ses habits et avec ses mani�res de dandy. Mais je n'�prouvai aucune
de ces �motions romanesques qui font pressentir la destin�e aux �mes
br�lantes. Je le regardai un instant pour ob�ir � ma m�re, et je ne
l'aurais pas regard� une seconde fois, si elle ne m'y e�t forc�e par ses
exclamations continuelles et par la curiosit� qu'elle t�moigna de savoir
son nom. Un jeune homme de notre connaissance, qu'elle appela pour le
questionner, lui r�pondit que c'�tait un noble V�nitien, ami d'un des
premiers n�gociants de la ville; qu'il paraissait avoir une immense
fortune, et qu'il s'appelait Leone Leoni.

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Books | Photos | Paul Mutton | Fri 4th Apr 2025, 16:06