Leone Leoni by George Sand


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Page 51

Ici Juliette termina son r�cit, et resta accabl�e de fatigue et de
tristesse.--C'est alors, ma pauvre enfant, lui dis-je, que je fis
connaissance avec toi. Je demeurais dans la m�me maison. Le r�cit de ta
chute m'inspira de la curiosit�. Bient�t j'appris que tu �tais jeune et
digne d'un int�r�t s�rieux; que Leoni, apr�s t'avoir accabl�e des plus
mauvais traitements, t'avait enfin abandonn�e mourante et dans la
mis�re. Je voulus te voir; tu �tais dans le d�lire quand j'approchai de
ton lit. Oh! que tu �tais belle, Juliette, avec tes �paules nues, tes
cheveux �pars, tes l�vres br�l�es du feu de la fi�vre, et ton visage
anim� par l'�nergie de la souffrance! Que tu me semblas belle encore,
lorsque, abattue par la fatigue, tu retombas sur ton oreiller, p�le et
pench�e comme une rose blanche qui s'effeuille � la chaleur du jour! Je
ne pus m'arracher d'aupr�s de toi. Je me sentis saisi d'une sympathie
irr�sistible, entra�n� par un int�r�t que je n'avais jamais �prouv�. Je
fis venir les premiers m�decins de la ville; je te procurai tous les
secours qui te manquaient. Pauvre fille abandonn�e! je passai les nuits
pr�s de toi, je vis ton d�sespoir, je compris ton amour. Je n'avais
jamais aim�, aucune femme ne me semblait pouvoir r�pondre � la passion
que je me sentais capable de ressentir. Je cherchais un coeur aussi
fervent que le mien. Je me m�fiais de tous ceux que j'�prouvais,
et bient�t je reconnaissais la prudence de ma retenue en voyant la
s�cheresse et la frivolit� de ces coeurs f�minins. Le tien me sembla le
seul qui p�t me comprendre. Une femme capable d'aimer et de souffrir
comme tu avais fait �tait la r�alisation de tous mes r�ves. Je d�sirai,
sans l'esp�rer beaucoup, obtenir ton affection. Ce qui me donna la
pr�somption d'essayer de te consoler, ce fut la certitude que je sentis
en moi de t'aimer sinc�rement et g�n�reusement. Tout ce que tu disais
dans ton d�lire te faisait conna�tre � moi autant que l'a fait depuis
notre intimit�. Je connus que tu �tais une femme sublime aux pri�res que
tu adressais � Dieu � voix haute, avec un accent dont rien ne pourrait
rendre la saintet� d�chirante. Tu demandais pardon pour Leoni, toujours
pardon, jamais vengeance! Tu invoquais les �mes de tes parents, tu leur
racontais d'une voix haletante par quels malheurs tu avais expi� ta
fuite et leur douleur. Quelquefois tu me prenais pour Leoni et tu
m'adressais des reproches foudroyants; d'autres fois tu te croyais avec
lui en Suisse, et tu me pressais dans tes bras avec passion. Il m'e�t
�t� bien facile alors d'abuser de ton erreur, et l'amour qui s'allumait
dans mon sein me faisait de tes caresses insens�es un v�ritable
supplice. Mais je serais mort plut�t que de succomber � mes d�sirs, et
la fourberie de lord Edwards, dont tu me parlais sans cesse, me semblait
la plus d�shonorante infamie qu'un homme p�t commettre. Enfin, j'ai eu
le bonheur de sauver ta vie et ta raison, ma pauvre Juliette; depuis ce
temps j'ai bien souffert et j'ai �t� bien heureux par toi. Je suis un
fou peut-�tre de ne pas me contenter de l'amiti� et de la possession
d'une femme telle que toi, mais mon amour est insatiable. Je voudrais
�tre aim� comme le fut Leoni, et je te tourmente de cette folle
ambition. Je n'ai pas son �loquence et ses s�ductions, mais je t'aime,
moi. Je ne t'ai pas tromp�e, je ne te tromperai jamais. Ton coeur,
longtemps fatigu�, devrait s'�tre repos� � force de dormir sur le mien.
Juliette! Juliette! quand m'aimeras-tu comme tu sais aimer?

--A pr�sent et toujours, me r�pondit-elle; tu m'as sauv�e, tu m'as
gu�rie et tu m'aimes. J'�tais une folle, je le vois bien, d'aimer un
pareil homme. Tout ce que je viens de te raconter m'a remis sous les
yeux des infamies que j'avais presque oubli�es. Maintenant je ne sens
plus que de l'horreur pour le pass�, et je ne veux plus y revenir. Tu as
bien fait de me laisser dire tout cela; je suis calme, et je sens bien
que je ne peux plus aimer son souvenir. Tu es mon ami, toi; tu es mon
sauveur, mon fr�re et mon amant.

--Dis aussi ton mari, je t'en supplie, Juliette!

--Mon mari, si tu veux, dit-elle en m'embrassant avec une tendresse
qu'elle ne m'avait jamais t�moign�e aussi vivement et qui m'arracha des
larmes de joie et de reconnaissance.



XXIII.

Je me r�veillai si heureux le lendemain que je ne pensai plus � quitter
Venise. Le temps �tait magnifique, le soleil �tait doux comme au
printemps. Des femmes �l�gantes couvraient les quais et s'amusaient
aux lazzi des masques qui, � demi couch�s sur les rampes des ponts,
aga�aient les passants et adressaient tour � tour des impertinences
et des flatteries aux femmes laides et jolies. C'�tait le mardi gras;
triste anniversaire pour Juliette. Je d�sirai la distraire; je lui
proposai de sortir, et elle y consentit.

Je la regardais avec orgueil marcher � mes c�t�s. On donne peu le bras
aux femmes � Venise, on les soutient seulement par le coude en montant
et en descendant les escaliers de marbre blanc qui � chaque pas se
pr�sentent pour traverser les canaux. Juliette avait tant de gr�ce et de
souplesse dans tous ses mouvements, que j'avais une joie pu�rile � la
sentir � peine s'appuyer sur ma main pour franchir ces ponts. Tous les
regards se fixaient sur elle, et les femmes, qui jamais ne regardent
avec plaisir la beaut� d'une autre femme, regardaient au moins avec
int�r�t l'�l�gance de ses v�tements et de sa d�marche, qu'elles eussent
voulu imiter. Je crois encore voir la toilette et le maintien de
Juliette. Elle avait une robe de velours violet avec un boa et un petit
manchon d'hermine. Son chapeau de satin blanc encadrait son visage
toujours p�le, mais si parfaitement beau que, malgr� sept ou huit ann�es
de fatigues et de chagrins mortels, tout le monde lui donnait dix-huit
ans tout au plus. Elle �tait chauss�e de bas de soie violets, si
transparents qu'on voyait au travers sa peau blanche et mate comme de
l'alb�tre. Quand elle avait pass� et qu'on ne voyait plus sa figure, on
suivait de l'oeil ses petits pieds, si rares en Italie. J'�tais heureux
de la voir admirer ainsi; je le lui disais, et elle me souriait avec une
douceur affectueuse. J'�tais heureux!...

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Books | Photos | Paul Mutton | Fri 16th Jan 2026, 9:32