Leone Leoni by George Sand


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Page 50

Malgr� tout cela, je l'aimais encore, non plus tel qu'il �tait, mais �
cause de ce qu'il avait �t� et de ce qu'il pouvait redevenir. Il y avait
des moments o� j'esp�rais qu'une heureuse r�volution s'op�rerait en lui,
et qu'il sortirait de cette crise, renouvel� et corrig� de tous ses
mauvais penchants. Il semblait ne plus songer � les satisfaire,
et n'exprimait plus ni regrets ni d�sirs de quoi que ce soit. Je
n'imaginais pas le sujet des longues m�ditations o� il semblait plong�.
La plupart du temps ses yeux �taient fix�s sur moi avec une expression
si �trange, que j'avais peur de lui. Je n'osais lui parler, mais je lui
demandais gr�ce par des regards suppliants. Alors il me semblait voir
les siens s'humecter et un soupir imperceptible soulever sa poitrine;
puis il d�tournait la t�te comme s'il e�t voulu cacher ou �touffer son
�motion, et il retombait dans sa r�verie. Je me flattais alors qu'il
faisait des r�flexions salutaires, et que bient�t il m'ouvrirait son
coeur pour me dire qu'il avait con�u la haine du vice et l'amour de la
vertu.

Mes esp�rances s'affaiblirent lorsque je vis le marquis de... repara�tre
autour de nous. Il n'entrait jamais dans mon appartement, parce qu'il
savait l'horreur que j'avais de lui; mais il passait sous les fen�tres
et appelait Leoni, ou venait jusqu'� ma porte et frappait d'une certaine
mani�re pour l'avertir. Alors Leoni sortait avec lui et restait
longtemps dehors. Un jour je les vis passer et repasser plusieurs fois;
le vicomte de Chalm �tait avec eux.--Leoni est perdu, pensai-je, et moi
aussi; il va se commettre sous mes yeux quelque nouveau crime.

Le soir Leoni rentra tard; et, comme il quittait ses compagnons � la
porte de la rue, je l'entendis prononcer ces paroles:--Mais vous lui
direz bien que je suis fou; absolument fou, que, sans cela, je n'y
aurais jamais consenti. Elle doit bien savoir que la mis�re m'a rendu
fou. Je n'osai point lui demander d'explication, et je lui servis
son modeste repas. Il n'y toucha pas et se mit � attiser le feu
convulsivement; puis il me demanda de l'�ther, et apr�s en avoir pris
une tr�s forte dose, il se coucha et parut dormir. Je travaillais tous
les soirs aussi longtemps que je le pouvais sans �tre vaincue par
le sommeil et la fatigue. Ce soir-l�, je me sentis si lasse, que je
m'endormis d�s minuit. A peine �tais-je couch�e, que j'entendis un l�ger
bruit, et il me sembla que Leoni s'habillait pour sortir. Je l'appelai
et lui demandai ce qu'il faisait.--Rien, dit-il, je veux me lever et
t'aller trouver; mais je crains ta lumi�re, tu sais que cela
m'attaque les nerfs et me cause des douleurs affreuses � la t�te;
�teins-la.--J'ob�is.--Est-ce fait? me dit-il. Maintenant recouche-toi,
j'ai besoin de t'embrasser, attends-moi. Cette marque d'affection, qu'il
ne m'avait pas donn�e depuis plusieurs semaines, fit tressaillir mon
pauvre coeur de joie et d'esp�rance. Je me flattai que le r�veil de
sa tendresse allait amener celui de sa raison et de sa conscience. Je
m'assis sur le bord de mon lit et je l'attendis avec transport. Il vint
se jeter dans mes bras ouverts pour le recevoir, et, m'�treignant avec
passion, il me renversa sur mon lit. Mais, au m�me instant, un sentiment
de m�fiance, qui me fut envoy� par la protection du ciel ou par la
d�licatesse de mon instinct, me fit passer la main sur le visage de
celui qui m'embrassait. Leoni avait laiss� cro�tre sa barbe et ses
moustaches depuis qu'il �tait malade; je trouvai un visage lisse et uni.
Je fis un cri et le repoussai violemment.

--Qu'as-tu donc? me dit la voix de Leoni.

--Est-ce que tu as coup� ta barbe? lui dis-je.

--Tu le vois bien, me r�pondit-il.

Mais alors je m'aper�us que la voix parlait � mon oreille en m�me temps
qu'une autre bouche se collait � la mienne. Je me d�gageai avec la force
que donnent la col�re et le d�sespoir, et, m'enfuyant au bout de la
chambre, je relevai pr�cipitamment la lampe, que j'avais couverte et
non �teinte. Je vis lord Edwards, assis sur le bord du lit, stupide et
d�concert� (je crois qu'il �tait ivre), et Leoni, qui venait � moi d'un
air �gar�.--Mis�rable! m'�criai-je.

--Juliette, me dit-il avec des yeux hagards et une voix �touff�e, c�dez,
si vous m'aimez. Il s'agit pour moi de sortir de la mis�re o� vous voyez
que je me consume. Il s'agit de ma vie et de ma raison, vous le savez
bien. Mon salut sera le prix de votre d�vouement; et quant � vous, vous
serez d�sormais riche et heureuse avec un homme qui vous aime depuis
longtemps, et � qui rien ne co�te pour vous obtenir. Consens-y,
Juliette, ajouta-t-il � voix basse, ou je te poignarde quand il sera
hors de la chambre.

La frayeur m'�ta le jugement: je m'�lan�ai par la fen�tre au risque
de me tuer. Des soldats qui passaient me relev�rent; on me rapporta
�vanouie dans la maison. Quand je revins � moi, Leoni et ses complices
l'avaient quitt�e. Ils avaient d�clar� que je m'�tais pr�cipit�e par la
fen�tre dans un acc�s de fi�vre c�r�brale, tandis qu'ils �taient all�s
dans une autre chambre pour me chercher des secours. Ils avaient
feint beaucoup de consternation. Leoni �tait rest� jusqu'� ce que le
chirurgien qui me soigna e�t d�clar� que je n'avais aucune fracture.
Alors Leoni �tait sorti en disant qu'il allait rentrer, et depuis deux
jours il n'avait pas reparu. Il ne revint pas, et je ne le revis jamais.

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Books | Photos | Paul Mutton | Fri 16th Jan 2026, 7:58