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Page 49
Je partis aussit�t. Comme je n'avais jamais eu l'intention de me fixer
� Bruxelles, et que la paresse de la douleur m'y avait seule encha�n�e
depuis une demi-ann�e J'avais converti � peu pr�s tout mon h�ritage en
argent comptant; j'avais form� souvent le projet de l'employer � fonder
un h�pital pour les filles repenties, et � m'y faire religieuse.
D'autres fois j'avais song� � placer cet argent sur la Banque de France,
et � en faire pour Leoni une rente inali�nable qui le pr�serv�t � jamais
du besoin et des bassesses. Je n'aurais gard� pour moi qu'une modique
pension viag�re, et j'aurais �t� m'ensevelir seule dans la vall�e
suisse, o� le souvenir de mon bonheur m'aurait aid� � supporter
l'horreur de la solitude. Lorsque j'appris le nouveau malheur o� Leoni
�tait tomb�, je sentis mon amour et ma sollicitude pour lui se r�veiller
plus vifs que jamais. Je fis passer toute ma fortune � un banquier de
Milan. Je n'en r�servai qu'un capital suffisant pour doubler la pension
que mon p�re avait l�gu�e � ma tante. Ce capital fut, � sa grande
satisfaction, la maison que nous habitions, et o� elle avait pass� la
moiti� de sa vie. Je lui en abandonnai la possession et je partis pour
rejoindre Leoni. Elle ne me demanda pas o� j'allais, elle le savait trop
bien; elle n'essaya point de me retenir; elle ne me remercia point, elle
me pressa la main; mais, en me retournant, je vis couler lentement sur
sa joue rid�e la premi�re larme que je lui eusse jamais vu r�pandre.
XXII.
Je trouvai Leoni dans un �tat horrible, h�ve, livide et presque fou.
C'�tait la premi�re fois que la mis�re et la souffrance l'avaient
�treint r�ellement. Jusque-l� il n'avait fait que voir crouler son
opulence peu � peu, tout en cherchant et en trouvant les moyens de la
r�tablir. Ses d�sastres en ce genre avaient �t� grands; l'industrie
et le hasard ne l'avaient jamais laiss� longtemps aux prises avec les
privations de l'indigence. Sa force morale s'�tait toujours maintenue,
mais elle fut vaincue quand la force physique l'abandonna. Je le trouvai
dans un �tat d'excitation nerveuse qui ressemblait � de la fureur. Je me
portai caution de sa dette. Il me fut ais� de fournir les preuves de ma
solvabilit�, je les avais sur moi. Je n'entrai donc dans sa prison
que pour l'en faire sortir. Sa joie fut si violente, qu'il ne put la
soutenir, et qu'il fallut le transporter �vanoui dans la voiture.
Je l'emmenai � Florence et l'entourai de tout le bien-�tre que je pus
lui procurer. Toutes ses dettes pay�es, il me restait fort peu de chose.
Je mis tous mes soins � lui faire oublier les souffrances de sa prison.
Son corps robuste fut vite r�tabli, mais son esprit resta malade. Les
terreurs de l'obscurit� et les angoisses du d�sespoir avaient fait une
profonde impression sur cet homme actif, entreprenant, habitu� aux
jouissances de la richesse ou aux agitations de la vie aventureuse.
L'inaction l'avait bris�. Il �tait devenu sujet � des frayeurs pu�riles,
� des violences terribles; il ne pouvait plus supporter aucune
contrari�t�; et ce qu'il y eut de plus affreux, c'est qu'il s'en prenait
� moi de toutes celles que je ne pouvais lui �viter. Il avait perdu
cette puissance de volont� qui lui faisait envisager sans crainte
l'avenir le plus pr�caire. Il s'effrayait maintenant de la pauvret�, et
me demandait chaque jour quelles ressources j'aurais quand celles que
j'avais encore seraient �puis�es. Je ne savais que r�pondre, j'�tais
�pouvant�e moi-m�me de notre prochain d�n�ment. Ce moment arriva. Je me
mis � peindre � l'aquarelle des �crans, des tabati�res et divers autres
petits meubles en bois de Spa. Quand j'avais travaill� douze heures
par jour, j'avais gagn� huit ou dix francs. C'e�t �t� assez pour mes
besoins; mais pour Leoni c'�tait la mis�re la plus profonde. Il avait
envie de cent choses impossibles; il se plaignait avec amertume, avec
fureur de n'�tre plus riche. Il me reprochait souvent d'avoir pay� ses
dettes, et de ne pas m'�tre sauv�e avec lui en emportant mon argent.
J'�tais forc�e, pour l'apaiser, de lui prouver qu'il m'e�t �t�
impossible de le tirer de prison en commettant cette friponnerie. Il se
mettait � la fen�tre et maudissait avec d'horribles jurements les gens
riches qui passaient dans leurs �quipages. Il me montrait ses v�tements
us�s, et me disait avec un accent impossible � rendre: �Tu ne _peux_
donc pas m'en faire faire d'autres? Tu ne _veux_ donc pas?� il finit par
me r�p�ter si souvent que je pouvais le tirer de cette d�tresse et que
j'avais l'�go�sme et la cruaut� de l'y laisser, que je le crus fou
et que je n'essayai plus de lui faire entendre raison. Je gardais le
silence chaque fois qu'il y revenait, et je lui cachais mes larmes, qui
ne servaient qu'� l'irriter. Il pensa que je comprenais ses abominables
suggestions, et traita mon silence d'indiff�rence f�roce et
d'obstination imb�cile. Plusieurs fois il me frappa violemment et m'e�t
tu�e si on ne f�t venu � mon secours. Il est vrai que quand ces acc�s
�taient pass�s, il se jetait � mes pieds et me demandait pardon avec
des larmes. Mais j'�vitais, autant que possible, ces sc�nes de
r�conciliation, car l'attendrissement causait une nouvelle secousse �
ses nerfs et provoquait le retour de la crise. Cette irritabilit� cessa
enfin et fit place � une sorte de d�sespoir morne et stupide plus
affreux encore. Il me regardait d'un air sombre et semblait nourrir
contre moi une haine cach�e et des projets de vengeance. Quelquefois, en
m'�veillant au milieu de la nuit, je le voyais debout aupr�s de mon
lit avec sa figure sinistre, je croyais qu'il voulait me tuer, et je
poussais des cris de terreur. Mais il haussait les �paules et retournait
� son lit avec un rire h�b�t�.
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