Leone Leoni by George Sand


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Page 48

Je re�us une lettre de ma m�re, qui enfin avait eu de mes nouvelles par
Henryet, et qui, au moment de se mettre en route pour venir me chercher,
�tait tomb�e dangereusement malade. Elle me conjurait de venir la
soigner, et me promettait de me recevoir sans reproches et avec
reconnaissance. Cette lettre �tait mille fois trop douce et trop bonne.
Je la baignai de mes larmes; mais elle me semblait malgr� moi d�plac�e,
les expressions en �taient inconvenantes � force de tendresse et
d'humilit�. Le dirai-je, h�las! ce n'�tait pas le pardon d'une m�re
g�n�reuse, c'�tait l'appel d'une femme malade et ennuy�s. Je partis
aussit�t et la trouvai mourante. Elle me b�nit, me pardonna et mourut
dans mes bras, en me recommandant de la faire ensevelir dans un certaine
robe qu'elle avait beaucoup aim�e.



XXI.

Tant de fatigues, tant de douleurs, avaient presque �puis� ma
sensibilit�. Je pleurai � peine ma m�re; je m'enfermai dans sa chambre
apr�s qu'on eut emport� son corps, et j'y restai morne et accabl�e
pendant plusieurs mois, occup�e seulement � retourner le pass� sous
toutes ses faces, et ne songeant pas � me demander ce que je ferais de
l'avenir. Ma tante, qui d'abord m'avait fort mal accueillie, fut
touch�e de cette douleur muette, que son caract�re comprenait mieux que
l'expansion des larmes. Elle me donna des soins en silence, et veilla
� ce que je ne me laissasse pas mourir de faim. La tristesse de cette
maison, que j'avais vue si fra�che et si brillante, convenait � la
situation de mon �me. Je revoyais les meubles qui me rappelaient les
mille petits �v�nements frivoles de mon enfance. Je comparais ce temps
o� une �gratignure � mon doigt �tait l'accident le plus terrible qui put
bouleverser ma famille, � la vie inf�me et sanglante que j'avais men�e
depuis. Je voyais, d'une part, ma m�re au bal, de l'autre, la princesse
Zagarolo empoisonn�e dans mes bras, et peut-�tre de ma propre main. Le
son des violons passait dans mes r�ves au milieu des cris d'Henryet
assassin�; et, dans l'obscurit� de la prison o�, pendant trois mois
d'angoisses, j'avais attendu chaque jour une sentence de mort, je voyais
arriver � moi, au milieu de l'�clat des bougies et du parfum des
fleurs, mon fant�me v�tu d'un cr�pe d'argent et couvert de pierreries.
Quelquefois, fatigu�e de ces r�ves confus et effrayants, je soulevais
les rideaux, je m'approchais de la fen�tre et je regardais cette ville
o� j'avais �t� si heureuse et si vant�e, les arbres de cette promenade
o� tant d'admiration avait suivi chacun de mes pas. Mais bient�t je
m'apercevais de l'insultante curiosit� qu'excitait ma figure p�le. On
s'arr�tait sous ma fen�tre, on se groupait pour parler de moi en me
montrant presque au doigt. Alors je me retirais, je faisais retomber les
rideaux, j'allais m'asseoir aupr�s du lit de ma m�re, et j'y restais
jusqu'� ce que ma tante vint, avec sa ligure et ses pas silencieux,
me prendre le bras et me conduire � table. Ses mani�res en cette
circonstance de ma vie me parurent les plus convenables et les plus
g�n�reuses qu'on p�t avoir envers moi. Je n'aurais pas �cout� les
consolations, je n'aurais pu supporter les reproches, je n'aurais pas
cru � des marques d'estime. L'affection muette et la piti� d�licate me
furent plus sensibles. Cette figure morne qui passait sans bruit autour
de moi comme un fant�me, comme un souvenir du temps pass�, �tait la
seule qui ne put ni me troubler ni m'effrayer. Quelquefois je prenais
ses mains s�ches, et je les pressais sur ma bouche pendant quelques
minutes, sans dire un mot, sans laisser �chapper un soupir. Elle ne
r�pondait jamais � cette caresse, mais elle restait l� sans impatience
et ne retirait pas ses mains � mes baisers; c'�tait beaucoup.

Je ne pensais plus � Leoni que comme � un souvenir terrible que
j'�loignais de toutes mes forces. Retourner vers lui �tait une pens�e
qui me faisait fr�mir comme e�t fait la vue d'un supplice. Je n'avais
plus assez de vigueur pour l'aimer ou le ha�r. Il ne m'�crivait pas, et
je ne m'en apercevais pas, tant j'avais peu compt� sur ses lettres. Un
jour il en arriva une qui m'apprit de nouvelles calamit�s. On avait
trouv� un testament de la princesse Zagarolo dont la date �tait plus
r�cente que celle du n�tre. Un de ses serviteurs, en qui elle avait
confiance, en avait �t� le d�positaire depuis sa mort jusqu'� ce jour.
Elle avait fait ce testament � l'�poque o� Leoni l'avait d�laiss�e pour
me soigner, et o� elle avait eu des doutes sur notre fraternit�. Depuis,
elle avait song� � le d�chirer en se r�conciliant avec nous; mais, comme
elle �tait sujette � mille caprices, elle avait gard� pres d'elle les
deux testaments, afin d'�tre toujours pr�te � en laisser subsister un.
Leoni savait dans quel meuble �tait d�pos� le sien; mais l'autre �tait
connu seulement de Vincenzo, l'homme de confiance de la princesse; et il
devait, � un signe d'elle, le br�ler ou le conserver.

Elle ne s'attendait pas, l'infortun�e, � une mort si violente et si
soudaine. Vincenzo, que Leoni avait combl� de ses g�n�rosit�s, et qui
lui �tait tout d�vou� � cette �poque, n'ayant d'ailleurs pas pu savoir
les derni�res intentions de la princesse, conserva le testament sans
rien dire, et nous laissa produire le n�tre. Il e�t pu s'enrichir par ce
moyen en nous mena�ant ou en vendant son secret aux h�ritiers naturels;
mais ce n'�tait pas un malhonn�te homme ni un m�chant coeur. Il nous
laissa jouir de la succession sans exiger de meilleurs traitements
que ceux qu'il recevait. Mais, quand j'eus quitt� Leoni, il devint
m�content; car Leoni �tait brutal avec ses gens, et je les encha�nais
seule � son service par mon indulgence. Un jour Leoni s'oublia jusqu'�
frapper ce vieillard, qui aussit�t tira le testament de sa poche et lui
d�clara qu'il allait le porter chez les cousins de la princesse.
Aucune menace, aucune pri�re, aucune offre d'argent ne put apaiser son
ressentiment. Le marquis arriva et r�solut d'employer la force pour lui
arracher le fatal papier; mais Vincenzo, qui, malgr� son �ge, �tait un
homme remarquablement vigoureux, le renversa, le frappa, mena�a Leoni de
le jeter par la fen�tre s'il s'attaquait � lui, et courut produire
les pi�ces de sa vengeance. Leoni fut aussit�t d�poss�d�, condamn� �
repr�senter tout ce qu'il avait mang� de la succession, c'est-�-dire les
trois quarts. Incapable de s'acquitter, il essaya vainement de fuir. Il
fut mis eu prison, et c'est de l� qu'il m'�crivait, non pas tous les
d�tails que je viens de vous dire et que j'ai sus depuis, mais en peu
de mots l'horreur de sa situation. Si je ne venais � son secours, il
pourrait languir toute sa vie dans la captivit� la plus affreuse, car il
n'avait plus le moyen de se procurer le bien-�tre dont nous avions pu
nous entourer lors de notre premi�re r�clusion. Ses amis l'abandonnaient
et se r�jouissaient peut-�tre d'�tre d�barrass�s de lui. Il �tait
absolument sans ressources, dans un cachot humide o� la l�pre le
d�vorait d�j�. On avait vendu ses bijoux et jusqu'� ses hardes; il avait
� peine de quoi se pr�server du froid.

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Books | Photos | Paul Mutton | Fri 16th Jan 2026, 4:04