Leone Leoni by George Sand


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Page 47

Cette mort si soudaine me fit une impression horrible; je m'�vanouis, et
l'on m'emporta. Je fus malade quelques jours; et quand je revins � la
vie, Leoni m'apprit que j'�tais d�sormais chez moi, que le testament
avait �t� ouvert et trouv� inattaquable de tous points, que nous �tions
� la t�te d'une belle fortune et ma�tres d'un palais magnifique.

--C'est � toi que je dois tout cela, Juliette, me dit-il, et de plus,
je te dois la douceur de pouvoir songer sans honte et sans remords aux
derniers moments de notre amie. Ta sensibilit�, ta bont� ang�lique, les
ont entour�s de soins et en ont adouci la tristesse. Elle est morte dans
tes bras, cette rivale qu'une autre que toi e�t �trangl�e! et tu l'as
pleur�e comme si elle e�t �t� ta soeur, tu es bonne, trop bonne, trop
bonne! Maintenant jouis du fruit de ton courage; vois comme je suis
heureux d'�tre riche, et de pouvoir t'entourer de nouveau de tout le
bien-�tre dont tu as besoin.

--Tais-toi, lui dis-je, c'est � pr�sent que je rougis et que je souffre.
Tant que cette femme �tait l�, et que je lui sacrifiais mon amour et ma
fiert�, je me consolais en sentant que j'avais de l'affection pour elle
et que je m'immolais pour elle et pour toi. A pr�sent je ne vois plus
que ce qu'il y avait de bas et d'odieux dans ma situation. Comme tout le
monde doit nous m�priser!

--Tu te trompes bien, ma pauvre enfant, dit Leoni; tout le monde nous
salue et nous honore, parce que nous sommes riches.

Mais Leoni ne jouit pas longtemps de son triomphe. Les coh�ritiers,
arriv�s de Rome, furieux contre nous, ayant appris les d�tails de cette
mort si prompte, nous accus�rent de l'avoir h�t�e par le poison, et
demand�rent qu'on d�terr�t le corps pour s'en assurer. On proc�da �
cette op�ration, et l'on reconnut au premier coup d'oeil les traces d'un
poison violent.--Nous sommes perdus! me dit Leoni en entrant dans ma
chambre; Ildegonda est morte empoisonn�e, et l'on nous accuse. Qui a
fait cette abomination? il ne faut pas le demander; c'est Satan sous la
figure de Lorenzo. Voil� comme il nous sert; il est en s�ret�, et nous
sommes entre les mains de la justice. Te sens-tu le courage de sauter
par la fen�tre?

--Non, lui dis-je, je suis innocente, je ne crains rien; si vous �tes
coupable, fuyez.

--Je ne suis pas coupable, Juliette, dit-il en me serrant le bras avec
violence; ne m'accusez pas quand je ne m'accuse pas moi-m�me. Vous savez
qu'ordinairement je ne m'�pargne pas.

Nous f�mes arr�t�s et jet�s en prison. On instruisit contre nous un
proc�s criminel; mais il fut moins long et moins grave qu'on ne s'y
attendait; notre innocence nous sauva. En pr�sence d'une si horrible
accusation, je retrouvai toute la force que donne une conscience pure.
Ma jeunesse et mon air de sinc�rit� me gagn�rent l'esprit des juges au
premier abord. Je fus promptement acquitt�e. L'honneur et la vie de
Leoni furent un peu plus longtemps en suspens. Mais il �tait impossible,
malgr� les apparences, de trouver une preuve contre lui, car il n'�tait
pas coupable; il avait horreur de ce crime, son visage et ses r�ponses
le disaient assez. Il sortit pur de cette accusation. Tous les laquais
furent soup�onn�s.

Le marquis avait disparu; mais il revint secr�tement au moment o� nous
sortions de prison, et intima � Leoni l'ordre de partager la succession
avec lui. Il d�clara que nous lui devions tout, que, sans la hardiesse
et la promptitude de sa r�solution, le testament e�t �t� d�chir�. Leoni
lui fit les plus horribles menaces, mais le marquis ne s'en effraya
point. Il avait, pour le tenir en respect, le meurtre de Henryet, commis
sous ses yeux par Leoni, et il pouvait l'entra�ner dans sa perte. Leoni
furieux se soumit � lui payer une somme consid�rable. Ensuite nous
recommen��mes � mener une vie folle et � �taler un luxe effr�n�: se
ruiner de nouveau fut pour Leoni l'affaire de six mois. Je voyais sans
regret s'en aller ces biens que j'avais acquis avec honte et douleur;
mais j'�tais effray�e pour Leoni de la mis�re qui s'approchait encore
de nous. Je savais qu'il ne pourrait pas la supporter, et que, pour en
sortir, il se pr�cipiterait dans de nouvelles fautes et dans de nouveaux
dangers. Il �tait malheureusement impossible de l'amener � un sentiment
de retenue et de pr�voyance; il r�pondait par des caresses ou des
plaisanteries � mes pri�res et � mes avertissements. Il avait quinze
chevaux anglais dans son �curie, une table ouverte � toute la ville, une
troupe de musiciens � ses ordres. Mais ce qui le ruina le plus vite,
ce furent les dons �normes qu'il fut oblig� de faire � ses anciens
compagnons pour les emp�cher de venir fondre sur lui, et de faire de
sa maison une caverne de voleurs. Il avait obtenu d'eux qu'ils
n'exerceraient pas leur industrie chez lui; et, pour les d�cider �
sortir du salon quand ses h�tes commen�aient � jouer, il �tait oblig�
de leur payer chaque jour une certaine redevance. Cette intol�rable
d�pendance lui donnait parfois envie de fuir le monde et d'aller se
cacher avec moi dans quelque tranquille retraite. Mais il est vrai de
dire que celle id�e l'effrayait encore plus; car l'affection que je lui
inspirais n'avait plus assez de force pour remplir toute sa vie.
Il �tait toujours pr�venant avec moi; mais, comme � Venise, il me
d�laissait pour s'enivrer de tous les plaisirs de la richesse. Il menait
au dehors la vie la plus dissolue, et entretenait plusieurs ma�tresses
qu'il choisissait dans un monde �l�gant, auxquelles il faisait des
pr�sents magnifiques, et dont la soci�t� flattait sa vanit� insatiable.
Vil et sordide pour acqu�rir, il �tait superbe dans sa prodigalit�. Son
mobile caract�re changeait avec sa fortune, et son amour pour moi en
subissait toutes les phases. Dans l'agitation et la souffrance que lui
causaient ses revers, n'ayant que moi au monde pour le plaindre et pour
l'aimer, il revenait � moi avec transport; mais au milieu des plaisirs
il m'oubliait, et cherchait ailleurs des jouissances plus vives. Je
savais toutes ses infid�lit�s; soit paresse, soit indiff�rence, soit
confiance en mon pardon infatigable, il ne se donnait plus la peine
de me les cacher; et quand je lui reprochais l'ind�licatesse de cette
franchise, il me rappelait ma conduite envers la princesse Zagarolo, et
me demandait si ma mis�ricorde �tait d�j� �puis�e. Le pass� m'encha�nait
donc absolument � la patience et � la douleur. Ce qu'il y avait
d'injuste dans la conduite de Leoni, c'est qu'il semblait croire que
d�sormais je dusse accomplir tous ces sacrifices sans souffrir, et
qu'une femme p�t prendre l'habitude de vaincre sa jalousie...

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Books | Photos | Paul Mutton | Fri 16th Jan 2026, 2:11