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Page 46
XX.
La seule chose qui m'inqui�t�t s�rieusement, c'�tait de voir toujours
autour de nous le marquis de... Il s'�tait introduit, je ne sais �
quel titre, chez la princesse, et l'amusait par son babil caustique et
m�disant. Il entra�nait ensuite Leoni dans les autres appartements
et avait avec lui de longs entretiens dont Leoni sortait toujours
sombre.--Je hais et je m�prise Lorenzo, me disait-il souvent; c'est la
pire canaille que je connaisse, il est capable de tout. Je le pressais
alors de rompre avec lui; mais il me r�pondait:--C'est impossible,
Juliette; tu ne sais pas que lorsque deux coquins ont agi ensemble, ils
ne se brouillent plus que pour s'envoyer l'un l'autre � l'�chafaud. Ces
paroles sinistres r�sonnaient si �trangement dans ce beau palais, au
milieu de la vie paisible que nous y menions, et presque aux oreilles
de cette princesse si gracieuse et si confiante, qu'il me passait un
frisson dans les veines en les entendant.
Cependant les souffrances de notre malade augmentaient de jour en jour,
et bient�t vint le moment o� elle devait succomber infailliblement. Nous
la v�mes s'�teindre peu � peu; mais elle ne perdit pas un instant sa
pr�sence d'esprit, ses plaisanteries et ses discours aimables.
--Que je suis f�ch�e, disait-elle � Leoni, que Juliette soit ta soeur!
Maintenant que je pars pour l'autre monde, il faut bien que je renonce �
toi. Je ne puis exiger ni d�sirer que tu me restes fid�le apr�s ma mort.
Malheureusement tu vas faire des sottises et te jeter � la t�te de
quelque femme indigne de toi. Je ne connais au monde que ta soeur qui te
vaille; c'est un ange, et il n'y a que toi aussi qui sois digne d'elle.
Je ne pouvais r�sister � ces cajoleries bienveillantes, et je me prenais
pour cette femme d'une affection plus vive � mesure que la mort la
d�tachait de nous. Je ne voulais pas croire qu'elle put nous �tre
enlev�e avec toute sa raison, tout son calme, et au milieu d'une si
douce intimit�. Je me demandais comment nous ferions pour vivre sans
elle, et je ne pouvais m'imaginer son grand fauteuil dor� vide, entre
Leoni et moi, sans que mes yeux s'humectassent de larmes.
Un soir que je lui faisais la lecture pendant que Leoni �tait assis sur
le tapis et lui r�chauffait les pieds dans un manchon, elle re�ut une
lettre, la lut rapidement, jeta un grand cri et s'�vanouit. Tandis
que je volais � son secours, Leoni ramassa la lettre et en prit
connaissance. Quoique l'�criture f�t contrefaite, il reconnut la main
du vicomte de Chalm. C'�tait une d�lation contre moi, des d�tails
circonstanci�s sur ma famille, sur mon enl�vement, sur mes relations
avec Leoni; puis mille calomnies odieuses contre mes moeurs et mon
caract�re.
Au cri qu'avait jet� la princesse, Lorenzo, qui planait toujours comme
un oiseau de malheur autour de nous, entra je ne sais comment, et Leoni,
l'entra�nant dans un coin, lui montra la lettre du vicomte. Lorsqu'ils
se rapproch�rent de nous, le marquis �tait tr�s-calme, et avait, comme
� l'ordinaire, un sourire moqueur sur les l�vres, et Leoni, agit�,
semblait interroger ses regards pour lui demander conseil.
La princesse �tait toujours �vanouie dans mes bras. Le marquis haussa
les �paules.--Ta femme est insupportablement niaise, dit-il assez haut
pour que je l'entendisse; sa pr�sence ici d�sormais est du plus mauvais
effet; renvoie-la, et dis-lui d'aller chercher du secours. Je me charge
du tout.
--Mais que feras-tu? dit Leoni dans une grande anxi�t�.
--Sois tranquille, j'ai un exp�dient tout pr�t depuis longtemps: c'est
un papier qui est toujours sur moi. Mais renvoie Juliette..
Leoni me pria d'appeler les femmes; j'ob�is et posai doucement la t�te
de la princesse sur un coussin. Mais quand je fus au moment de franchir
la porte, je ne sais quelle force magn�tique m'arr�ta et me for�a de
me retourner. Je vis le marquis s'approcher de la malade comme pour la
secourir; mais sa figure me sembla si odieuse, celle de Leoni si pale,
que la peur me prit de laisser cette mourante seule avec eux. Je ne sais
quelles id�es vagues me pass�rent par la t�te; je me rapprochait du lit
vivement, et, regardant Leoni avec terreur je lui dis:--Prends garde,
prends garde!...--A quoi? me r�pondit-il d'un air �tonn�. Le fait est
que je ne le savais pas moi-m�me, et que j'eus honte de l'esp�ce de
folie que je venais de montrer. L'air ironique du marquis acheva de me
d�concerter. Je sortis et revins un instant apr�s avec les femmes et le
m�decin. Celui-ci trouva la princesse en proie � une affreuse crispation
de nerfs, et dit qu'il faudrait l�cher de lui faire avaler tout de suite
une cuiller�e de la potion calmante. On essaya en vain de lui desserrer
les dents.--Que la signora s'en charge, dit une des femmes en me
d�signant; la princesse n'accepte rien que de sa main et ne refuse
jamais ce qui vient d'elle. J'essayai en effet, et la mourante c�da
doucement. Par un reste d'habitude, elle me pressa faiblement la main en
me rendant la cuiller; puis elle �tendit violemment les bras, se leva
comme si elle allait s'�lancer au milieu de la chambre, et retomba raide
morte sur son fauteuil.
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