La fille du capitaine by Alexandre Pouchkine


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Page 23

�Attends, attends, rat de garnison!�

Le commandant avait eu l�intention d�interroger son prisonnier le
m�me jour; mais l�_ouriadnik_ s��tait �chapp�, sans doute avec
l�aide de ses complices.

Un nouvel �v�nement vint accro�tre l�inqui�tude du capitaine. On
saisit un Bachkir porteur de lettres s�ditieuses. � cette
occasion, le commandant prit le parti d�assembler derechef ses
officiers, et pour cela il voulut encore �loigner sa femme sous un
pr�texte sp�cieux. Mais comme Ivan Kouzmitch �tait le plus adroit
et le plus sinc�re des hommes, il ne trouva pas d�autre moyen que
celui qu�il avait d�j� employ� une premi�re fois.

�Vois-tu bien, Vassilissa I�gorovna, lui dit-il en toussant �
plusieurs reprises, le p�re Garasim a, dit-on, re�u de la ville...

-- Tais-toi, tais-toi, interrompit sa femme; tu veux encore
rassembler un conseil de guerre et parler sans moi de I�m�liane
Pougatcheff; mais tu ne me tromperas pas cette fois.�

Ivan Kouzmitch �carquilla les yeux: �Eh bien, ma petite m�re, dit-
il, si tu sais tout, reste, il n�y a rien � faire; nous parlerons
devant toi.

-- Bien, bien, mon petit p�re, r�pondit-elle, ce n�est pas � toi
de faire le fin. Envoie chercher les officiers.�

Nous nous assembl�mes de nouveau. Ivan Kouzmitch nous lut, devant
sa femme, la proclamation de Pougatcheff, r�dig�e par quelque
Cosaque � demi lettr�. Le brigand nous d�clarait son intention de
marcher imm�diatement sur notre forteresse, invitant les Cosaques
et les soldats � se r�unir � lui, et conseillait aux chefs de ne
pas r�sister, les mena�ant en ce cas du dernier supplice. La
proclamation �tait �crite en termes grossiers, mais �nergiques, et
devait produire une grande impression sur les esprits des gens
simples,

�Quel coquin! s��cria la femme du commandant. Voyez ce qu�il ose
nous proposer! de sortir � sa rencontre et de d�poser � ses pieds
nos drapeaux! Ah! le fils de chien! il ne sait donc pas que nous
sommes depuis quarante ans au service, et que, Dieu merci, nous en
avons vu de toutes sortes! Est-il possible qu�il se soit trouv�
des commandants assez l�ches pour ob�ir � ce bandit!

-- �a ne devrait pas �tre, r�pondit Ivan Kouzmitch; cependant on
dit que le sc�l�rat s�est d�j� empar� de plusieurs forteresses.

-- Il para�t qu�il est fort, en effet, observa Chvabrine.

-- Nous allons savoir � l�instant sa force r�elle, reprit le
commandant; Vassilissa I�gorovna, donne-moi la clef du grenier.
Ivan Ignatiitch, am�ne le Bachkir, et dis � Ioula� d�apporter des
verges.

-- Attends un peu, Ivan Kouzmitch, dit la commandante en se levant
de son si�ge; laisse-moi emmener Macha hors de la maison. Sans
cela elle entendrait, les cris, et �a lui ferait peur. Et moi,
pour dire la v�rit�, je ne suis pas tr�s curieuse de pareilles
investigations. Au plaisir de vous revoir...�

La torture �tait alors tellement enracin�e dans les habitudes de
la justice, que l�ukase bienfaisant[40] qui en avait prescrit
l�abolition resta longtemps sans effet. On croyait que l�aveu de
l�accus� �tait indispensable � la condamnation, id�e non seulement
d�raisonnable, mais contraire au plus simple bon sens en mati�re
juridique; car, si le d�ni de l�accus� ne s�accepte pas comme
preuve de son innocence, l�aveu qu�on lui arrache doit moins
encore servir de preuve de sa culpabilit�. � pr�sent m�me, il
m�arrive encore d�entendre de vieux juges regretter l�abolition de
cette coutume barbare. Mais, de notre temps, personne ne doutait
de la n�cessit� de la torture, ni les juges, ni les accus�s eux-
m�mes. C�est pourquoi l�ordre du commandant n��tonna et n��mut
aucun de nous. Ivan Ignatiitch s�en alla chercher le Bachkir, qui
�tait tenu sous clef dans le grenier de la commandante, et, peu
d�instants apr�s, on l�amena dans l�antichambre. Le commandant
ordonna qu�on l�introduisit en sa pr�sence.

Le Bachkir franchit le seuil avec peine, car il avait aux pieds
des entraves en bois. Il �ta son haut bonnet et s�arr�ta pr�s de
la porte. Je le regardai et tressaillis involontairement. Jamais
je n�oublierai cet homme: il paraissait �g� de soixante et dix ans
au moins, et n�avait ni nez, ni oreilles. Sa t�te �tait ras�e;
quelques rares poils gris lui tenaient lieu de barbe. Il �tait de
petite taille, maigre, courb�; mais ses yeux � la tatare
brillaient encore.

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Books | Photos | Paul Mutton | Wed 14th Jan 2026, 8:07