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Page 59
Et d’abord, comment le président Barbicane avait-il résolu ce problème de
fondre un canon de dimensions aussi colossales? On va le voir, et l’on
comprendra, en même temps, que la dernière chance de salut, tirée de la
difficulté d’établir un pareil engin, échappait aux habitants des deux Mondes.
En effet, fondre un canon égalant un million de fois en volume le canon de
vingt-sept, c’eût été un travail au-dessus des forces humaines. On a déjà de
sérieuses difficultés pour fabriquer les pièces de quarante-deux centimètres
qui lancent des projectiles de sept cent quatre-vingts kilos avec deux cent
soixante-quatorze kilogrammes de poudre. Aussi Barbicane et Nicholl n’y
avaient-ils point songé. Ce n’était pas un canon, pas même un mortier, qu’ils
prétendaient faire, mais tout simplement une galerie percée dans le massif
résistant du Kilimandjaro, un trou de mine, si l’on veut.
Évidemment, ce trou de mine, cette énorme fougasse, pouvait remplacer un canon
de métal, une Columbiad gigantesque, dont la fabrication eût été aussi coûteuse
que difficile, et à laquelle il aurait fallu donner une épaisseur
invraisemblable pour prévenir toute chance d’explosion. Barbicane and Co. avait
toujours eu la pensée d’opérer de cette façon, et, si le carnet de J.-T. Maston
mentionnait un canon, c’est que c’était le canon de vingt-sept qui avait été
pris pour base de ses calculs.
En conséquence un emplacement fut de prime abord choisi à une hauteur de cent
pieds sur le revers méridional de la chaîne, au bas de laquelle se développent
des plaines à perte de vue. Rien ne pourrait faire obstacle au projectile,
quand il s’élancerait hors de cette « âme » forée dans le massif du
Kilimandjaro.
Ce fut avec une précision extrême, et non sans un rude travail, que l’on creusa
cette galerie. Mais Barbicane put aisément construire des perforatrices, qui
sont des machines relativement simples, et les actionner au moyen de l’air
comprimé par les puissantes chutes d’eau de la montagne. Ensuite, les trous
percés par les forets des perforatrices furent chargés de méli-mélonite. Et il
ne fallait pas moins que ce violent explosif pour faire éclater la roche, car
c’était une sorte de syénite extrêmement dure, formée de feldspath orthose et
d’amphibole hornblende. Circonstance favorable, au surplus, puisque cette roche
aurait à résister à l’effroyable pression développée par l’expansion des gaz.
Mais la hauteur et l’épaisseur de la chaîne du Kilimandjaro suffisaient à
rassurer contre tout lézardement ou craquement extérieur.
Bref, les milliers de travailleurs, conduits par les dix contremaîtres, sous la
haute direction du président Barbicane, s’appliquèrent avec tant de zèle, avec
tant d’intelligence, que l’oeuvre fut menée à bonne fin en moins de six mois.
La galerie mesurait vingt-sept mètres de diamètre sur six cents mètres de
profondeur. Comme il importait que le projectile pût glisser sur une paroi
parfaitement lisse, sans rien laisser perdre des gaz de la déflagration,
l’intérieur en fut blindé avec un étui de fonte parfaitement alésé.
En réalité, ce travail était autrement considérable que celui de la célèbre
Columbiad de Moon-City, qui avait envoyé le projectile d’aluminium autour de la
Lune. Mais qu’y a-t-il donc d’impossible aux ingénieurs du monde moderne?
Tandis que le forage s’accomplissait au flanc du Kilimandjaro, les ouvriers ne
chômaient pas au second chantier. En même temps que l’on construisait la
carapace métallique, on s’occupait de fabriquer l’énorme projectile.
Rien que pour cette fabrication, il s’agissait d’obtenir une masse de fonte
cylindro-conique, pesant cent quatre-vingt millions de kilogrammes, soit cent
quatre-vingt mille tonnes.
On le comprend, jamais il n’avait été question de fondre ce projectile d’un
seul morceau. Il devait être fabriqué par masses de mille tonnes chacune, qui
seraient hissées successivement à l’orifice de la galerie, et disposées contre
la chambre où serait préalablement entassée la méli-mélonite. Après avoir été
boulonnés entre eux, ces fragments ne formeraient qu’un tout compact, qui
glisserait sur les parois du tube intérieur.
Nécessité fut donc d’apporter au second chantier environ quatre cent mille
tonnes de minerai, soixante-dix mille tonnes de castine et quatre cent mille
tonnes de houille grasse, que l’on transforma d’abord en deux cent quatre-vingt
mille tonnes de coke dans des fours. Comme les gisements étaient voisins du
Kilimandjaro, ce ne fut presque qu’une affaire de charrois.
Quant à la construction des hauts fourneaux pour obtenir la transformation du
minerai en fonte, là surgit peut-être la plus grande difficulté. Toutefois, au
bout d’un mois, dix hauts fourneaux de trente mètres étaient en état de
fonctionner et de produire chacun cent quatre-vingts tonnes par jour. C’était
dix-huit cents tonnes pour vingt-quatre heures, cent quatre-vingt mille après
cent journées de travail.
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