|
Main
- books.jibble.org
My Books
- IRC Hacks
Misc. Articles
- Meaning of Jibble
- M4 Su Doku
- Computer Scrapbooking
- Setting up Java
- Bootable Java
- Cookies in Java
- Dynamic Graphs
- Social Shakespeare
External Links
- Paul Mutton
- Jibble Photo Gallery
- Jibble Forums
- Google Landmarks
- Jibble Shop
- Free Books
- Intershot Ltd
|
books.jibble.org
Previous Page
| Next Page
Page 58
Ce sultan passe à juste titre pour l’un des plus remarquables souverains de ces
peuplades de l’Afrique centrale, qui s’efforcent d’échapper à l’influence, ou,
pour être plus juste, à la domination anglaise.
C’est à Kisongo que le président Barbicane et le capitaine Nicholl, uniquement
accompagnés de dix contremaîtres dévoués à leur entreprise, arrivèrent dès la
première semaine du mois de janvier de la présente année.
En quittant les États-Unis départ qui ne fut connu que de Mrs Evangélina
Scorbitt et de J.-T. Maston ils s’étaient embarqués à New-York pour le cap de
Bonne-Espérance, d’où un navire les transporta à Zanzibar, dans l’île de ce
nom. Là, une barque, secrètement frétée, les conduisit au port de Mombas, sur
le littoral africain, de l’autre côté du canal. Une escorte, envoyée par le
sultan, les attendait dans ce port, et, après un voyage difficile pendant une
centaine de lieues à travers cette région tourmentée, obstruée de forêts,
coupée de rios, trouée de marécages, ils atteignirent la résidence royale.
Déjà, après avoir eu connaissance des calculs de J.-T. Maston, le président
Barbicane s’était mis en rapport avec Bâli-Bâli par l’entremise d’un
explorateur suédois, qui venait de passer quelques années dans cette partie de
l’Afrique. Devenu l’un de ses plus chauds partisans depuis le célèbre voyage du
président Barbicane autour de la Lune voyage dont le retentissement s’était
propagé jusqu’en ces pays lointains le sultan s’était pris d’amitié pour
l’audacieux Yankee. Sans dire dans quel but, Impey Barbicane avait aisément
obtenu du souverain du Wamasai l’autorisation d’entreprendre des travaux
importants à la base méridionale du Kilimandjaro. Moyennant une somme
considérable, évaluée à trois cent mille dollars, Bâli-Bâli s’était engagé à
lui fournir tout le personnel nécessaire. En outre, il l’autorisait à faire ce
qu’il voudrait du Kilimandjaro. Il pouvait disposer à sa fantaisie de l’énorme
chaîne, la raser, s’il en avait l’envie, l’emporter, s’il en avait le pouvoir.
Par suite d’engagements très sérieux, auxquels le sultan trouvait son compte,
la _North Polar Practical Association_ était propriétaire de la montagne
africaine au même titre qu’elle l’était du domaine arctique.
L’accueil que le président Barbicane et son collègue reçurent à Kisongo fut des
plus sympathiques. Bâli-Bâli éprouvait une admiration voisine de l’adoration
pour ces deux illustres voyageurs, qui s’étaient lancés à travers l’espace,
afin d’atteindre les régions circumlunaires. En outre, il ressentait une
extraordinaire sympathie envers les auteurs des mystérieux travaux qui allaient
s’accomplir dans son royaume. Aussi promit-il aux Américains un secret absolu
tant de sa part que de celle de ses sujets, dont le concours leur était assuré.
Pas un seul des nègres qui travailleraient aux chantiers n’aurait droit de les
quitter même un jour, sous peine des plus raffinés supplices.
Voilà pourquoi l’opération fut enveloppée d’un mystère que les plus subtils
agents de l’Amérique et de l’Europe ne purent pénétrer. Si ce secret avait été
enfin découvert, c’est que le sultan s’était relâché de sa sévérité, après
l’achèvement des travaux, et qu’il y a partout des traîtres ou des bavards
même chez les nègres. C’est de la sorte que Richard W. Trust, le consul de
Zanzibar, eut vent de ce qui se faisait au Kilimandjaro. Mais, alors, à cette
date du 13 septembre, il était trop tard pour arrêter le président Barbicane
dans l’accomplissement de ses projets.
Et, maintenant, pourquoi Barbicane and Co. avait-il choisi le Wamasai comme
théâtre de son opération? C’est d’abord parce que le pays lui convenait en
raison de sa situation en cette partie peu connue de l’Afrique et de son
éloignement des territoires habituellement visités par les voyageurs. Puis, le
massif du Kilimandjaro lui offrait toutes les qualités de solidité et
d’orientation nécessaires à son oeuvre. De plus, à la surface du pays, se
trouvaient les matières premières dont il avait précisément besoin, et dans des
conditions particulièrement pratiques d’exploitation.
Justement, quelques mois avant de quitter les États-Unis, le président
Barbicane avait appris de l’explorateur suédois qu’au pied de la chaîne du
Kilimandjaro, le fer et la houille étaient abondamment répandus à
l’affleurement du sol. Pas de mines à creuser, pas de gisements à rechercher à
quelques milliers de pieds dans l’écorce terrestre. Du fer et du charbon, il
n’y avait qu’à se baisser pour en prendre, et en quantités certainement
supérieures à la consommation prévue par les devis. En outre, il existait, dans
le voisinage de la montagne, d’énormes gisements de nitrate de soude et de
pyrite de fer, nécessaires à la fabrication de la méli-mélonite.
Le président Barbicane et le capitaine Nicholl n’avaient donc amené aucun
personnel avec eux, si ce n’est dix contremaîtres, dont ils étaient absolument
sûrs. Ceux-ci devaient diriger les dix mille nègres, mis à leur disposition par
Bâli-Bâli, auxquels incombait la tâche de fabriquer le canon monstre et son non
moins monstrueux projectile.
Deux semaines après l’arrivée du président Barbicane et de son collègue au
Wamasai, trois vastes chantiers étaient établis à la base méridionale du
Kilimandjaro, l’un pour la fonderie du canon, le second pour la fonderie du
projectile, le troisième pour la fabrication de la méli-mélonite.
Previous Page
| Next Page
|
|