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Page 50
On le sait, le premier jour de l’an 1000 s’acheva, sans que les lois de la
nature eussent été aucunement troublées. Mais, cette fois, il ne s’agissait pas
d’un bouleversement basé sur des textes d’une obscurité toute biblique. Il
s’agissait d’une modification apportée à l’équilibre de la Terre, reposant sur
des calculs indiscutés, indiscutables, et d’une tentative que les progrès des
sciences balistiques et mécaniques rendaient absolument réalisables. Cette
fois, ce ne serait pas la mer qui rendrait ses morts, ce seraient les vivants
qu’elle engloutirait par millions au fond de ses nouveaux abîmes.
Il résulta de là, que, tout en tenant compte des changements produits dans les
esprits par l’influence des idées modernes, l’épouvante n’en fut pas moins
poussée à ce point, que nombre des pratiques de l’an 1000 se reproduisirent
avec le même affolement. Jamais on ne fit avec un tel empressement ses
préparatifs de départ pour un monde meilleur! Jamais kyrielles de péchés ne se
dévidèrent dans les confessionnaux avec une telle abondance! Jamais tant
d’absolutions ne furent octroyées aux moribonds qui se repentaient in extremis!
Il fut même question de demander une absolution générale qu’un bref du pape
aurait accordée à tous les hommes de bonne volonté sur la Terre et aussi de
belle et bonne peur.
En ces conditions, la situation de J.-T. Maston devenait chaque jour de plus en
plus critique. Mrs Evangélina Scorbitt tremblait qu’il fût victime de la
vindicte universelle. Peut-être même eut-elle la pensée de lui donner le
conseil de prononcer ce mot qu’il s’obstinait à taire avec un entêtement sans
exemple. Mais elle n’osa pas et fit bien. C’eût été s’exposer à un refus
catégorique.
Comme on le pense bien, même dans la cité de Baltimore, maintenant en proie à
la terreur, il devenait difficile de contenir la population, surexcitée par la
plupart des journaux de la Confédération, par les dépêches qui arrivaient « des
quatre angles de la Terre », pour employer le langage apocalyptique que tenait
saint Jean l’Évangéliste, au temps de Domitien. À coup sûr, si J.-T. Maston eût
vécu sous le règne de ce persécuteur, son affaire aurait été vite réglée. On
l’eût livré aux bêtes. Mais il se fût contenté de répondre :
« Je le suis déjà! »
Quoi qu’il en soit, l’inébranlable J.-T. Maston refusait de faire connaître la
situation du lieu x, comprenant bien que, s’il la dévoilait, le président
Barbicane et le capitaine Nicholl seraient mis dans l’impossibilité de
continuer leur oeuvre.
Après tout, c’était beau, cette lutte d’un homme seul contre le monde entier.
Cela grandissait encore J.-T. Maston dans l’esprit de Mrs Evangélina Scorbitt,
et aussi dans l’opinion de ses collègues du Gun-Club. Ces braves gens, il faut
bien le dire, entêtés comme des artilleurs à la retraite, tenaient quand même
pour les projets de Barbicane and Co. Le secrétaire du Gun-Club était arrivé à
un tel degré de célébrité, que nombre de personnes lui écrivaient déjà, comme
aux criminels de grande marque, pour avoir quelques lignes de cette main qui
allait bouleverser le monde.
Mais, si cela était beau, cela devenait de plus en plus dangereux. Le populaire
se portait jour et nuit autour de la prison de Baltimore. Là, grands cris et
grand tumulte. Les enragés voulaient lyncher J.-T. Maston _hic et nunc_. La
police voyait venir le moment où elle serait impuissante à le défendre.
Désireux de donner satisfaction aux masses américaines, aussi bien qu’aux
masses étrangères, le gouvernement de Washington décida enfin de mettre J.-T.
Maston en accusation et de le traduire devant les Assises.
Avec des jurés, étreints déjà par les affres de l’épouvante, « son affaire ne
traînerait pas! » comme disait Alcide Pierdeux, qui, pour sa part, se sentait
pris d’une sorte de sympathie envers cette tenace nature de calculateur.
Il suit de là que, dans la matinée du 5 septembre, le président de la
Commission d’enquête se transporta de sa personne à la cellule du prisonnier.
Mrs Evangélina Scorbut, sur son instante demande, avait été autorisée à
l’accompagner. Peut-être, dans une dernière tentative, l’influence de cette
aimable dame finirait-elle par l’emporter?… Il ne fallait rien négliger. Tous
les moyens seraient bons, qui donneraient le dernier mot de l’énigme. Si l’on
n’y parvenait pas, on verrait.
« On verrait! répétaient les esprits perspicaces. Eh! la belle avance, quand on
aura pendu J.-T. Maston, si la catastrophe s’accomplit dans toute son horreur! »
Donc, vers onze heures, J.-T. Maston se trouvait en présence de Mrs Evangélina
Scorbitt et de John H. Prestice, président de la Commission d’enquête.
L’entrée en matière fut des plus simples. En cette conversation furent
échangées les demandes et les réponses suivantes, très raides d’une part, très
calmes de l’autre.
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