Sans dessus dessous by Jules Verne


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Page 48

À quoi, les Puissances étrangères répondaient :

« Vous avez J.-T. Maston, leur complice! Or, J.-T. Maston sait à quoi s’en
tenir sur le compte de Barbicane. Donc, faites parler J.-T. Maston. »

Faire parler J.-T. Maston! Autant eût valu arracher une parole de la bouche
d’Harpocrate, dieu du silence, ou au sourd-muet en chef de l’Institut de
New-York.

Et alors, l’exaspération croissant avec l’inquiétude universelle, quelques
esprits pratiques rappelèrent que la torture du moyen âge avait du bon, les
brodequins du maître- tourmenteur juré, le tenaillement aux mamelles, le plomb
fondu, si souverain pour délier les langues les plus rebelles, l’huile
bouillante, le chevalet, la question par l’eau, l’estrapade, etc. Pourquoi ne
pas se servir de ces moyens que la justice d’autrefois n’hésitait pas à
employer dans des circonstances infiniment moins graves, et pour des cas
particuliers qui n’intéressaient que fort indirectement les masses?

Mais, il faut bien le reconnaître, ces moyens que justifiaient les moeurs
d’autrefois, ne pouvaient plus être employés à la fin d’un siècle de douceur et
de tolérance, ­ d’un siècle aussi empreint d’humanité que ce XIXème,
caractérisé par l’invention du fusil à répétition, des balles de sept
millimètres et des trajectoires d’une tension invraisemblable, ­ d’un siècle
qui admet dans les relations internationales l’emploi des obus à la mélinite, à
la roburite, à la bellite, à la panclastite, à la méganite et autres substances
en ite, qui ne sont rien, il est vrai, auprès de la méli-mélonite.

J.-T. Maston n’avait donc point à redouter d’être soumis à la question
ordinaire ou extraordinaire. Tout ce qu’on pouvait espérer, c’est que,
comprenant enfin quelle était sa responsabilité, il se déciderait peut-être à
parler, ou s’il s’y refusait, que le hasard parlerait pour lui.

XIII

La fin duquel J.-T. Maston fait une réponse
véritablement épique.

Le temps marchait, cependant, et très probablement aussi, marchaient les
travaux que le président Barbicane et le capitaine Nicholl accomplissaient dans
des conditions si surprenantes ­ on ne savait où.

Pourtant, comment se faisait-il qu’une opération, qui exigeait l’établissement
d’une usine considérable, la création de hauts fourneaux capables de fondre un
engin un million de fois gros comme le canon de vingt-sept de la marine, et un
projectile pesant 180 000 tonnes, qui nécessitait l’embauchage de plusieurs
milliers d’ouvriers, leur transport, leur aménagement, oui! comment se
faisait-il qu’une telle opération eût pu être soustraite à l’attention des
intéressés? En quelle partie de l’Ancien ou du Nouveau Continent, Barbicane and
Co. s’était-il si secrètement installé que l’éveil n’eût jamais été donné aux
peuplades voisines? Était-ce dans une île abandonnée du Pacifique ou de l’océan
Indien? Mais il n’y a plus d’îles désertes de nos jours : les Anglais ont tout
pris. À moins que la nouvelle Société n’en eût découvert une tout exprès? Quant
à penser que ce fût en un point des régions arctiques ou antarctiques qu’elle
eût établi des usines, non! cela eût été anormal. N’était-ce pas précisément
parce qu’on ne peut atteindre ces hautes latitudes que la _North Polar
Practical Association_ tentait de les déplacer?

D’ailleurs, chercher le président Barbicane et le capitaine Nicholl à travers
ces continents ou ces îles, ne fût-ce que dans leurs parties relativement
abordables, c’eût été perdre son temps. Le carnet, saisi chez le secrétaire du
Gun-Club ne mentionnait-il pas que le tir devait effectuer à peu près sur
l’Équateur? Or, là se trouvent des régions habitables, sinon habitées par des
hommes civilisés. Si donc c’était aux environs de la ligne équinoxiale que les
expérimentateurs avaient dû s’établir, ce ne pouvait être ni en Amérique, dans
toute l’étendue du Pérou et du Brésil, ni dans les îles de la Sonde, Sumatra,
Bornéo, ni dans les îles de la mer des Célèbes, ni dans la Nouvelle-Guinée, où
pareille opération n’eût pu être conduite sans que les populations en eussent
été informées. Très vraisemblablement aussi, elle n’aurait pu être tenue
secrète dans tout le centre de l’Afrique, à travers la région des grands lacs,
traversée par l’Équateur. Restaient, il est vrai, les Maldives dans la mer des
Indes, les îles de l’Amirauté, Gilbert, Christmas, Galapagos dans le Pacifique,
San Pedro dans l’Atlantique. Mais les informations, prises en ces divers lieux,
n’avaient donné aucun résultat. Aussi en était-on réduit à de vagues
conjectures, peu faites pour calmer les transes universelles.

Et que pensait de tout cela Alcide Pierdeux? Plus « sulfurique » que jamais, il
ne cessait de rêver aux diverses conséquences de ce problème. Que le capitaine
Nicholl eût inventé un explosif d’une telle puissance, qu’il eût trouvé cette
méli-mélonite, d’une expansion trois ou quatre mille fois plus grande que celle
des plus violents explosifs de guerre, et cinq mille six cents fois plus forte
que cette bonne vieille poudre à canon de nos ancêtres, c’était déjà fort
étonnant, « et même fort détonnant! » disait-il, mais enfin ce n’était pas
impossible. On ne sait guère ce que réserve l’avenir en ce genre de progrès,
qui permettra de démolir les armées à n’importe quelles distances. En tout cas,
le redressement de l’axe terrestre produit par le recul d’une bouche à feu, ce
n’était pas non plus pour surprendre l’ingénieur français. Aussi, s’adressant
in petto au promoteur de l’affaire :

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Books | Photos | Paul Mutton | Tue 17th Feb 2026, 10:17