Sans dessus dessous by Jules Verne


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Page 47

— Merci, cher Maston!

— Quant à moi, divulguer notre oeuvre, révéler en quel point du globe va
s’accomplir notre tir prodigieux, vendre pour ainsi dire ce secret que j’ai pu
heureusement cacher au plus profond de moi-même, permettre à ces barbares de se
lancer à la poursuite de nos amis, d’interrompre des travaux qui feront notre
profit et notre gloire!… Plutôt mourir!

— Sublime Maston! » répondit Mrs Evangélina Scorbitt.

En vérité, ces deux êtres, si étroitement unis par le même enthousiasme ­ et
aussi insensés l’un que l’autre, d’ailleurs ­ étaient bien faits pour se
comprendre.

« Non! jamais ils ne sauront le nom du pays que mes calculs ont désigné et dont
la célébrité va devenir immortelle! ajouta J.-T. Maston. Qu’ils me tuent, s’ils
le veulent, mais ils ne m’arracheront pas mon secret!

— Et qu’ils me tuent avec vous! s’écria Mrs Evangélina Scorbitt. Moi aussi, je
serai muette…

— Heureusement, chère Evangélina, ils ignorent que vous le possédez, ce secret!

— Croyez-vous donc, cher Maston, que je serais capable de le livrer, parce que
je ne suis qu’une femme! Trahir nos collègues et vous!… Non, mon ami, non! Que
ces Philistins soulèvent contre vous la population des villes et des campagnes,
que le monde entier pénètre par la porte de cette cellule pour vous en
arracher, eh bien! je serai là, et nous aurons au moins cette consolation de
mourir ensemble… »

Et, si ce peut jamais être une consolation, J.-T. Maston pouvait-il en rêver
une plus douce que de mourir dans les bras de Mrs Evangélina Scorbitt!

Ainsi finissait la conversation toutes les fois que l’excellente dame venait
visiter le prisonnier.

Et, lorsque les commissaires-enquêteurs l’interrogeaient sur le résultat de ses
entrevues :

« Rien encore! disait-elle. Peut-être avec du temps obtiendrai-je enfin… »

Ô astuce de femme!

Avec du temps! disait-elle. Mais, ce temps, il marchait à grands pas. Les
semaines s’écoulaient comme des jours, les jours comme des heures, les heures
comme des minutes.

On était en mai déjà. Mrs Evangélina Scorbitt n’avait rien obtenu de J.-T.
Maston, et là où cette femme si influente avait échoué, nul autre ne pouvait
avoir l’espoir de réussir. Faudrait-il donc se résigner à attendre le coup
terrible, sans qu’il se présentât une chance de l’empêcher?

Eh bien, non! En pareille occurrence, la résignation est inacceptable! Aussi
les délégués des Puissances européennes devinrent-ils plus obsédants que
jamais. Il y eut lutte de tous les instants entre eux et les membres de la
Commission d’enquête, lesquels furent directement pris à partie. Jusqu’au
flegmatique Jacques Jansen, qui, en dépit de sa placidité hollandaise,
accablait les commissaires de ses récriminations quotidiennes. Le colonel Boris
Karkof eut même un duel avec le secrétaire de ladite commission ­ duel dans
lequel il ne blessa que légèrement son adversaire. Quant au major Donellan,
s’il ne se battit ni à l’arme à feu ni à l’arme blanche, ­ ce qui est contraire
aux usages britanniques ­ du moins, assisté de son secrétaire Dean Toodrink,
échangea-t-il quelques douzaines de coups de poing dans une boxe en règle avec
William S. Forster, le flegmatique consignataire de morues, l’homme de paille
de la _North Polar Practical Association_, lequel, d’ailleurs, ne savait rien
de l’affaire.

En réalité, le monde entier se conjurait pour rendre les Américains des
États-Unis responsables des actes de l’un de leurs plus glorieux enfants, Impey
Barbicane. On ne parlait rien moins que de retirer les ambassadeurs et les
ministres plénipotentiaires accrédités près cet imprudent gouvernement de
Washington et de lui déclarer la guerre.

Pauvres États-Unis! Ils n’eussent pas mieux demandé que de mettre la main sur
Barbicane and Co. En vain répondaient- ils que les Puissances de l’Europe, de
l’Asie, de l’Afrique et de l’Océanie avaient carte blanche pour l’arrêter
partout où il se trouverait, on ne les écoutait même pas. Et jusqu’alors,
impossible de découvrir en quel lieu le président et son collègue s’occupaient
à préparer leur abominable opération.

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Books | Photos | Paul Mutton | Tue 17th Feb 2026, 8:27