Sans dessus dessous by Jules Verne


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Page 46

On était déjà au commencement d’avril. Dans deux mois et demi, l’astre du jour,
après s’être arrêté au solstice sur le Tropique du Cancer, rétrograderait vers
le Tropique du Capricorne. Trois mois plus tard, il traverserait la ligne
équatoriale à l’équinoxe d’automne. Et alors, ce serait fini de ces saisons
qui, depuis des millions de siècles, alternaient si régulièrement et si «
bêtement » au cours de chaque année terrestre. Pour la dernière fois, en l’an
189–, le sphéroïde aurait été soumis à cette inégalité des jours et des nuits.
Il n’y aurait plus qu’un même nombre d’heures entre le lever et le coucher du
Soleil sur n’importe quel horizon du globe.

En vérité, c’était là une oeuvre magnifique, surhumaine, divine. J.-T. Maston
en oubliait le domaine arctique et l’exploitation des houillères de l’ancien
Pôle, pour ne voir que les conséquences cosmographiques de l’opération. Le but
principal de la nouvelle Société s’effaçait au milieu des transformations qui
allaient changer la face du monde.

Mais voilà! le monde ne voulait pas changer de face. N’était-elle pas toujours
jeune, celle que Dieu lui avait donnée aux premières heures de la création!

Quant à J.-T. Maston, seul et sans défense au fond de sa cellule, il ne cessait
de résister à toutes les pressions qu’on tentait d’exercer sur lui. Les membres
de la Commission d’enquête venaient journellement le visiter; ils n’en
pouvaient rien obtenir. C’est alors que John H. Prestice eut l’idée d’utiliser
une influence qui réussirait peut-être mieux que la leur ­ celle de Mrs
Evangélina Scorbitt. Personne n’ignorait de quel dévouement cette respectable
veuve était capable, quand il s’agissait des responsabilités de J.-T. Maston,
et quel intérêt sans bornes elle portait au célèbre calculateur.

Donc, après délibération des commissaires, Mrs Evangélina Scorbitt fut
autorisée à venir voir le prisonnier autant qu’elle le voudrait. N’était-elle
pas, elle-même, aussi menacée que les autres habitants du globe par le recul du
canon monstre? Est-ce que son hôtel de New-Park serait plus épargné dans la
catastrophe finale que la hutte du plus humble coureur des bois ou le wigwam de
l’Indien des Prairies? Est-ce qu’il n’y allait pas de son existence comme de
celle du dernier des Samoyèdes ou du plus obscur insulaire du Pacifique? Voilà
ce que le président de la Commission lui fit comprendre, voilà pourquoi elle
fut priée d’user de son influence sur l’esprit de J.-T. Maston.

Si celui-ci se décidait enfin à parler, s’il voulait dire en quel endroit le
président Barbicane et le capitaine Nicholl ­ et très certainement aussi le
nombreux personnel qu’ils avaient dû s’adjoindre ­ étaient occupés à leurs
préparatifs, il serait encore temps d’aller à leur recherche, de retrouver
leurs traces, de mettre fin aux affres, transes et épouvantes de l’humanité.

Mrs Evangélina Scorbitt eut donc accès dans la prison. Ce qu’elle désirait
par-dessus tout, c’était revoir J.-T. Maston, arraché par des mains policières
au bien-être de son cottage.

Mais c’était bien mal la connaître, l’énergique Evangélina, que de la croire
esclave des faiblesses humaines! Et, le 9 avril, si quelque oreille indiscrète
se fût collée à la porte de la cellule, la première fois que Mrs Scorbitt y
pénétra, voici ce que cette oreille aurait entendu ­ non sans quelque surprise :

« Enfin, cher Maston, je vous revois!

— Vous, mistress Scorbitt?

— Oui, mon ami, après quatre semaines, quatre longues semaines de séparation…

— Exactement vingt-huit jours, cinq heures et quarante-cinq minutes, répondit
J.-T. Maston, après avoir consulté sa montre.

— Enfin nous sommes réunis!…

— Mais comment vous ont-ils laissé pénétrer jusqu’à moi, chère mistress
Scorbitt?

— À la condition d’user de l’influence due à une affection sans bornes sur
celui qui en est l’objet!

— Quoi!… Evangélina! s’écria J.-T. Maston. Vous auriez consenti à me donner de
tels conseils!… Vous avez eu la pensée que je pourrais trahir nos collègues!…

— Moi? cher Maston!… M’appréciez-vous donc si mal!… Moi!… vous prier de
sacrifier votre sécurité à votre honneur!… Moi?… vous pousser à un acte, qui
serait la honte d’une vie consacrée tout entière aux plus hautes spéculations
de la mécanique transcendante!

— À la bonne heure, mistress Scorbitt! Je retrouve bien en vous la généreuse
actionnaire de notre Société! Non!… je n’ai jamais douté de votre grand coeur!

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Books | Photos | Paul Mutton | Tue 17th Feb 2026, 6:33