Sans dessus dessous by Jules Verne


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Page 29

Il était huit heures du soir. Le hall, les salons, les cours du Gun-Club
resplendissaient des lueurs que leur versaient les lustres Edison. Depuis
l’ouverture des portes assiégées par le public, un tumulte d’incessants
murmures se dégageait de l’assistance. Mais tout se tut, lorsque l’huissier
annonça l’entrée du Conseil d’administration.

La, sur une estrade drapée, devant une table à tapis noirâtre, en pleine
lumière, prirent place le président Barbicane, le secrétaire J.-T. Maston, leur
collègue le capitaine Nicholl. Un triple hurrah, ponctué de grognements et de
hips, éclata dans le hall et se déchaîna jusqu’aux rues adjacentes.

Solennellement, J.-T. Maston et le capitaine Nicholl s’étaient assis dans la
plénitude de leur célébrité.

Alors, le président Barbicane, qui était resté debout, mit sa main gauche dans
sa poche, sa main droite dans son gilet, et prit la parole en ses termes :

« Souscripteurs et Souscriptrices,

« Le Conseil d’administration de la _North Polar Practical Association_ vous a
réunis dans les salons du Gun-Club, afin de vous faire une importante
communication.

« Vous l’avez appris par les discussions des journaux, le but de notre nouvelle
Société est l’exploitation des houillères du Pôle arctique, dont la concession
nous a été faite par le gouvernement fédéral. Ce domaine, acquis après vente
publique, constitue l’apport de ses propriétaires dans l’affaire dont il
s’agit. Les fonds, mis à leur disposition par la souscription close le 11
décembre dernier, vont leur permettre d’organiser cette entreprise, dont le
rendement produira un taux d’intérêt inconnu jusqu’à ce jour en n’importe
quelles opérations commerciales ou industrielles. »

Ici, premiers murmures approbatifs, qui interrompirent un instant l’orateur.

« Vous n’ignorez pas, reprit-il, comment nous avons été amenés à admettre
l’existence de riches gisements de houille, peut-être aussi d’ivoire fossile,
dans les régions circumpolaires. Les documents publiés par la presse du monde
entier [Note 14: Actuellement, le poids des journaux dépasse chaque année 300
millions de kilogrammes.] ne peuvent laisser aucun doute sur l’existence de ces
charbonnages.

« Or, la houille est devenue la source de toute l’industrie moderne. Sans
parler du charbon ou du coke, utilisés pour le chauffage, de son emploi pour la
production de la vapeur ou de l’électricité, faut-il vous citer ses dérivés,
les couleurs de garance, d’orseille, d’indigo, de fuchsine, de carmin, les
parfums de vanille, d’amande amère, de reine des prés, de girofle, de
winter-green, d’anis, de camphre, de thymol et d’héliotropine, les picrates,
l’acide salicylique, le naphtol, le phénol, l’antipyrine, la benzine, la
naphtaline, l’acide pyrogallique, l’hydroquinone, le tannin, la saccharine, le
goudron, l’asphalte, le brai, les huiles de graissage, les vernis, le prussiate
jaune de potasse, le cyanure, les amers, etc., etc., etc. »

Et, après cette énumération, l’orateur respira comme un coureur époumoné qui
s’arrêta pour reprendre haleine. Puis, continuant, grâce à une longue
inspiration d’air :

« Il est donc certain, dit-il, que la houille, cette substance précieuse entre
toutes, s’épuisera en un temps assez limité par suite d’une consommation à
outrance. Avant cinq cents ans, les houillères en exploitation jusqu’à ce jour
seront vidées…

— Trois cents! s’écria un des assistants.

— Deux cents! répondit un autre.

— Disons dans un délai plus ou moins rapproché, reprit le président Barbicane,
et mettons-nous en mesure de découvrir quelques nouveaux lieux de production,
comme si la houille devait manquer avant la fin du dix-neuvième siècle. »

Ici, une interruption pour permettre aux auditeurs de dresser leurs oreilles,
puis, une reprise on ces termes :

« C’est pourquoi, souscripteurs et souscriptrices, levez- vous, suivez-moi et
partons pour le Pôle! »

Et, de fait, tout le public s’ébranla, prêt à boucler ses malles, comme si le
président Barbicane eût montré un navire en partance pour les régions arctiques.

Une observation, jetée d’une voix aigre et claire par le major Donellan, arrêta
net ce premier mouvement ­ aussi enthousiaste qu’inconsidéré.

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Books | Photos | Paul Mutton | Sun 15th Feb 2026, 21:02