Sans dessus dessous by Jules Verne


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Page 24

Et ne croyez pas que l’intelligence mathématiques de J.-T. Maston se bornât à
l’horizon de l’algèbre élémentaire! Non! Ni le calcul différentiel, ni le
calcul intégral, ni le calcul des variations, ne lui étaient étrangers, et
c’est d’une main sûre qu’il traçait ce fameux signe de l’intégration, cette
lettre, effrayante dans sa simplicité,



somme d’une infinité d’éléments infiniment petits!

Il en était de même du signe Σ , qui représente la somme d'un nombre fini
d'éléments finis, du signe ∞ par lequel les mathématiciens désignent
l'infini, et de tous les symboles mystérieux qu'emploie cette langue
incompréhensible du commun des mortels.

Enfin, cet homme étonnant eût été capable de s’élever jusqu’aux derniers
échelons des hautes mathématiques.

Voilà ce qu’était J.-T. Maston! Voilà pourquoi ses collègues pouvaient avoir
toute confiance, lorsqu’il se chargeait de résoudre les plus abracadabrants
calculs posés par leurs audacieuses cervelles! Voilà ce qui avait amené le
Gun-Club à lui confier le problème d’un projectile à lancer de la Terre à la
Lune! Enfin, voilà pourquoi Mrs. Evangélina Scorbitt, enivrée de sa gloire,
avait pour lui une admiration qui confinait à l’amour.

Du reste, dans le cas considéré ­ c’est à dire la résolution de ce problème de
la conquête du Pôle boréal ­ J.-T. Maston n’aurait point à s’envoler dans les
régions sublimes de l’analyse. Pour permettre aux nouveaux concessionnaires du
domaine arctique de l’exploiter, le secrétaire du Gun-Club ne se trouverait
qu’en face d’un problème de mécanique à résoudre, ­ problème compliqué sans
doute, qui exigerait des formules ingénieuses, nouvelles peut-être, mais dont
il se tirerait à son avantage.

Oui! on pouvait se fier à J.-T. Maston, bien que la moindre faute eût été de
nature à entraîner la perte de millions. Jamais, depuis l’âge où sa tête
d’enfant s’était exercée aux premières notions de l’arithmétique, il n’avait
commis une erreur ­ même d’un millième de micron, [Note 13: Le micron ­ mesure
usuelle en optique ­ égale un millième de millimètre.] lorsque ses calculs
avaient pour objet la mesure d’une longueur. S’il se fût trompé rien que d’une
vingtième décimale, il n’aurait pas hésité à faire sauter son crâne de
gutta-percha.

Il importait d’insister sur cette aptitude si remarquable de J.-T. Maston. Cela
est fait. Maintenant, il s’agit de le montrer en fonction, et, à ce propos, il
est indispensable de revenir à quelques semaines en arrière.

C’était un mois environ avant la publication du document adressé aux habitants
des deux Mondes, que J.-T. Maston s’était chargé de chiffrer les éléments du
projet dont il avait suggéré à ses collègues les merveilleuses conséquences.

Depuis nombre d’années, J.-T. Maston demeurait au numéro 179 de
Franklin-street, une des rues les plus tranquilles de Baltimore, loin du
quartier des affaires, auxquelles il n’entendait rien, loin du bruit de la
foule qui lui répugnait.

Là, il occupait une modeste habitation, connue sous le nom de Balistic-Cottage,
n’ayant pour toute fortune que sa retraite d’officier d’artillerie et le
traitement qu’il touchait comme secrétaire du Gun-Club. Il vivait seul, servi
par son nègre Fire-Fire ­ Feu-Feu! ­ sobriquet digne du valet d’un artilleur.
Ce nègre n’était pas un serviteur, c’était un servant, un premier servant, et
il servait son maître comme il eût servi sa pièce.

J.-T. Maston était un célibataire convaincu, ayant cette idée que le célibat
est encore la seule situation qui soit acceptable en ce monde sublunaire. Il
connaissait le proverbe slave : « Une femme tire plus avec un seul cheveu que
quatre boeufs à la charrue! » et il se défiait.

Et pourtant, s’il occupait solitairement Balistic-Cottage, c’était parce qu’il
le voulait bien. On le sait, il n’aurait eu qu’un geste à faire pour changer sa
solitude à un en solitude à deux, et la médiocrité de sa fortune pour les
richesses d’un millionnaire. Il n’en pouvait douter : Mrs Evangelina Scorbitt
eût été heureuse de… Mais, jusqu’ici du moins, J.-T. Maston n’eût pas été
heureux de… Et il semblait certain que ces deux êtres, si bien faits l’un pour
l’autre ­ c’était du moins l’opinion de la tendre veuve ­ n’arriveraient jamais
à opérer cette transformation.

Le cottage était très simple. Un rez-de-chaussée à véranda et un étage
au-dessus. Petit salon et petite salle à manger, en bas, avec la cuisine et
l’office, contenus dans un bâtiment annexé en retour du jardinet. En haut,
chambre à coucher sur la rue, cabinet de travail sur le jardin, où rien
n’arrivait des tumultes de l’extérieur. _Buen retiro_ du savant et du sage,
entre les murs duquel s’étaient résolus tant de calculs, et qu’auraient envié
Newton, Laplace ou Cauchy.

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Books | Photos | Paul Mutton | Sun 15th Feb 2026, 11:19