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Page 23
C’était environ trois fois plus que la somme souscrite au profit du Gun-Club,
lors de la grande expérience du projectile envoyé de la Terre à la Lune.
VI
Dans lequel est interrompue une
conversation téléphonique entre Mrs
Scorbitt et J.-T. Maston.
Non seulement le président Barbicane avait affirmé qu’il atteindrait son but,
et maintenant le capital dont il disposait lui permettait d’y arriver sans se
heurter à aucun obstacle mais il n’aurait certainement pas eu l’audace de
faire appel aux capitaux, s’il n’eût été certain du succès.
Le Pôle nord allait enfin être conquis par l’audacieux génie de l’homme.
C’était avéré, le président Barbicane et son Conseil administration avaient les
moyens de réussir là où tant d’autres avaient échoué. Ils feraient ce que
n’avaient pu faire ni les Franklin, ni les Kane, ni les De Long, ni les Nares,
ni les Greely. Ils franchiraient le quatre-vingt-quatrième parallèle, ils
prendraient possession de la vaste portion du globe acquise par leur dernière
enchère, ils ajouteraient au pavillon américain la trente-neuvième étoile du
trente-neuvième État annexé à la Confédération américaine.
« Fumistes! » ne cessaient de répéter les délégués européens et leurs partisans
de l’Ancien Monde.
Rien n’était plus vrai pourtant, et ce moyen pratique, logique, indiscutable,
de conquérir le Pôle nord, moyen d’une simplicité que l’on pourrait dire
enfantine, c’était J.- T. Maston qui le leur avait suggéré. C’était de ce
cerveau, où les idées cuisaient dans une matière cérébrale en perpétuelle
ébullition, que s’était dégagé le projet de cette grande oeuvre géographique,
et la manière de la conduire à bonne fin.
On ne saurait trop le répéter, le secrétaire du Gun-Club était un remarquable
calculateur nous dirions « émérite », si ce mot n’avait pas une signification
diamétralement opposée à celle que le vulgaire lui prête. Ce n’était qu’un jeu
pour lui de résoudre les problèmes les plus compliqués des sciences
mathématiques. Il se riait des difficultés, aussi bien dans la science des
grandeurs, qui est l’algèbre, que dans la science des nombres, qui est
l’arithmétique. Aussi fallait-il le voir manier les symboles, les signes
conventionnels qui forment la notation algébrique, soit que lettres de
l’alphabet elles représentent les quantités ou grandeurs, soit que lignes
accouplées ou croisées elles indiquent les rapports que l’on peut établir
entre les quantités et les opérations auxquelles on les soumet.
Ah! les coefficients, les exposants, les radicaux, les indices et autres
dispositions adoptées dans cette langue! Comme tous ces signes voltigeaient
sous sa plume, ou plutôt sous le morceau de craie qui frétillait au bout de son
crochet de fer, car il aimait à travailler au tableau noir! Et là, sur cette
surface de dix mètres carrés, il n’en fallait pas moins à J.-T. Maston il
se livrait à l’ardeur de son tempérament d’algébriste. Ce n’étaient point des
chiffres minuscules qu’il employait dans ses calculs, non! c’étaient des
chiffres fantaisistes, gigantesques, tracés d’une main fougueuse. Ses 2 et ses
3 s’arrondissaient comme des cocotes de papier; ses 7 se dessinaient comme des
potences, et il n’y manquait qu’un pendu; ses 8 se recourbaient comme de larges
paires de lunettes; ses 6 et ses 9 se paraphaient de queues interminables.
Et les lettres avec lesquelles il établissait ses formules, les premières de
l'alphabet, _a, b, c_, qui lui servaient à représenter les quantités connues ou
données, et les dernières, _x, y, z_, dont il se servait pour les quantités
inconnues ou à déterminer, comme elles étaient accusées d'un trait plein, sans
déliés, et plus particulièrement ses _z_, qui se contorsionnaient en zigzags
fulgurants! Et quelle tournure, ses lettres grecques, les π , les λ , les
ω , etc., dont un Archimède ou un Euclide eussent été fiers!
Quant aux signes, tracés d'une craie pure et sans tache, c'était tout
simplement merveilleux. Ses + montraient bien que ce signe marque l'addition de
deux quantités. Ses –, s'ils étaient plus humbles, faisaient encore bonne
figure. Ses x se dressaient comme des croix de Saint-André. Quant à ses = ,
leurs deux traits, rigoureusement égaux, indiquaient, vraiment, que J.-T.
Maston était d'un pays où l'égalité n'est pas une vaine formule, du moins entre
types de race blanche. Même grandiose de facture pour ses < , pour ses > , pour
ses >< , dessinés dans des proportions extraordinaires. Quant au signe √ ,
qui indique la racine d'un nombre ou d'une quantité, c'était son triomphe, et,
lorsqu'il le complétait de la barre horizontale sous cette forme :
√¯¯¯¯¯
il semblait que ce bras indicateur, dépassant la limite du tableau noir,
menaçait le monde entier de le soumettre à ses équations furibondes!
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