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Page 22
Ah! ce Yankee avait affirmé qu’il atteindrait le Pôle boréal! Ah! il mettrait
le pied là où aucun être humain ne l’avait pu mettre encore! Ah! il planterait
le pavillon des États-Unis sur le seul point du globe terrestre qui reste
éternellement immobile, lorsque les autres sont emportés dans le mouvement
diurne!
Et alors, les caricaturistes de se donner libre carrière.
Aux vitrines des principaux libraires et des kiosques des grandes villes de
l’Europe, aussi bien que dans les importantes cités de la Confédération ce
pays libre par excellence apparaissaient croquis et dessins, montrant le
président Barbicane à la recherche des moyens les plus extravagants pour
atteindre le Pôle.
Ici, l’audacieux Américain, aidé de tous les membres du Gun-Club, la pioche à
la main, creusait un tunnel sous-marin à travers la masse des glaces immergées
depuis les premières banquises jusqu’au quatre-vingt-dixième degré de latitude
septentrionale, afin de déboucher à la pointe même de l’axe.
La, Impey Barbicane, accompagné de J.-T. Maston très ressemblant et du
capitaine Nicholl, descendait en ballon sur ce lieu tant désiré, et, après une
tentative effrayante, au prix de mille dangers, tous trois conquéraient, un
morceau de charbon… pesant une demi-livre. C’était tout ce que contenait le
fameux gisement des régions circumpolaires.
On « croquait » aussi, dans un numéro du _Punch_, journal anglais, J.-T.
Maston, non moins visé que son chef par les caricaturistes. Après avoir été
saisi en vertu de l’attraction du Pôle magnétique, le secrétaire du Gun-Club
était irrésistiblement rivé au sol par son crochet de métal.
Mentionnons, à ce propos, que le célèbre calculateur était d’un tempérament
trop vif pour prendre par son côté risible cette plaisanterie qui l’attaquait
dans sa conformation personnelle. Il en fut extrêmement indigné, et Mrs
Evangélina Scorbitt, on l’imagine aisément, ne fut pas la dernière à partager
sa juste indignation.
Un autre croquis, dans la _Lanterne magique_, de Bruxelles, représentait, Impey
Barbicane et les membres du Conseil d’administration de la Société, opérant au
milieu des flammes, comme autant d’incombustibles salamandres. Pour fondre les
glaces de l’océan Paléocrystique, n’avaient-ils pas eu l’idée de répandre à sa
surface toute une mer d’alcool, puis d’enflammer cette mer ce qui
convertissait le bassin polaire en un immense bol de punch? Et, jouant sur ce
mot punch, le dessinateur belge n’avait-il pas poussé l’irrévérence jusqu’à
représenter le président du Gun-Club sous la figure d’un ridicule polichinelle?
[Note 12: _Punch_ en anglais signifie polichinelle.]
Mais, de toutes ces caricatures, celle qui obtint le plus de succès fut publiée
par le journal français _Charivari_ sous la signature du dessinateur Stop. Dans
un estomac de baleine, confortablement meublé et capitonné, Impey Barbicane et
J.- T. Maston, attablés, jouaient aux échecs, en attendant leur arrivée à bon
bort. Nouveaux Jonas, le président et son secrétaire n’avaient pas hésité à se
faire avaler par un énorme mammifère marin, et c’était par ce nouveau mode de
locomotion, après avoir passé sous les banquises, qu’ils comptaient atteindre
l’inaccessible Pôle du globe.
Au fond, le flegmatique directeur de la Société nouvelle s’inquiétait peu de
cette intempérance de plume et de crayon. Il laissait dire, chanter, parodier,
caricaturer. Il n’en poursuivait pas moins son oeuvre.
En effet, après décision prise en conseil, la Société, définitivement maîtresse
d’exploiter le domaine polaire dont la concession lui avait été attribuée par
le gouvernement fédéral, venait de faire appel à une souscription publique pour
la somme de quinze millions de dollars. Les actions émises à cent dollars
devaient être libérées par un unique versement. Eh bien! tel était le crédit de
Barbicane and Co que les souscripteurs affluèrent. Mais il faut bien le dire,
ils appartenaient en presque totalité aux trente-huit États de la Confédération.
« Tant mieux! s’écrièrent les partisans de la _North Polar Practical
Association_. L’oeuvre n’en sera que plus américaine! »
Bref, la « surface » que présentait Barbicane and Co était si bien établie, les
spéculateurs croyaient avec tant de ténacité à la réalisation de ses promesses
industrielles, ils admettaient si imperturbablement l’existence des houillères
du Pôle boréal et la possibilité de les exploiter, que le capital de la
nouvelle Société fut souscrit trois fois.
Les souscriptions durent donc être réduites des deux tiers, et, à la date du 16
décembre, le capital social fut définitivement constitué par un encaisse de
quinze millions de dollars.
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