Sans dessus dessous by Jules Verne


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Page 11

Véritablement, il n’y avait que deux manières de répondre à la juste mais
indiscrète demande de Dean Toodrink. Ou exagérer les crédits ­ ce qui eût été
très embarrassant, lorsqu’il se serait agi d’en opérer le versement, ­ ou les
diminuer d’une façon tellement dérisoire, que cela dégénérât en plaisanterie et
qu’il ne fût point donné suite à la proposition.

Cette idée vint d’abord à l’ex-conseiller des Indes néerlandaises, qui, il faut
en convenir, n’était pas sérieux, et tous ses collègues lui emboîtèrent le pas.

« Messieurs, dit la Hollande par sa voix, je le regrette, mais, pour
l’acquisition du domaine arctique, je ne puis disposer que de cinquante
rixdalers.

— Et moi, que de trente-cinq roubles, dit la Russie.

— Et moi, que de vingt kronors, dit la Suède-Norvège.

— Et moi, que de quinze krones, dit le Danemark.

— Eh bien, répondit le major Donellan, d’un ton dans lequel on sentait toute
cette dédaigneuse attitude si naturelle à la Grande-Bretagne, ce sera donc à
votre profit que l’acquisition sera faite, messieurs, car l’Angleterre ne peut
y mettre plus d’un shilling six pence! » [Note 2: Le rixdaler = 5 fr. 21; le
rouble = 3 fr. 92; le kronor = 1 fr. 32; le krone = 1 fr. 32; le shilling = 1
fr. 15.]

Et, sur cette déclaration ironique, finit la conférence des délégués de la
vieille Europe.

III

Dans lequel se fait l’adjudication des régions
du pôle arctique.

Pourquoi cette vente allait-elle s’effectuer, le 3 décembre, dans la salle
ordinaire des Auctions, où, d’habitude, on ne vendait que des objets mobiliers,
meubles, ustensiles, outils, instruments, etc., ou des objets d’art, tableaux,
statues, médailles, antiquités? Pourquoi, puisqu’il s’agissait d’une licitation
immobilière, n’était-elle pas faite soit par-devant notaire, soit à la barre du
tribunal, institué pour ce genre d’opération? Enfin, pourquoi l’intervention
d’un commissaire-priseur, lorsqu’on poursuivait la mise en vente d’une partie
du globe terrestre? Est-ce que ce morceau de sphéroïde pouvait être assimilé à
quelque meuble meublant, et n’était-ce pas tout ce qu’il y avait de plus
immeuble au monde?

En effet, cela paraissait illogique. Pourtant, il en serait ainsi. L’ensemble
des régions arctiques devait être vendu dans ces conditions, et le contrat n’en
serait pas moins valable. Et, au fait, cela n’indiquait-il pas que, dans la
pensée de la _North Polar Practical Association_, l’immeuble en question tenait
également du meuble, comme s’il eût été possible de le déplacer. Aussi, cette
singularité ne laissait-elle pas d’intriguer certains esprits éminemment
perspicaces ­ très rares, même aux États-Unis.

D’ailleurs, il existait un précédent. Déjà une portion de notre planète avait
été adjugée dans une salle des Auctions, par l’entremise d’un
commissaire-priseur aux enchères publiques. En Amérique précisément.

En effet, quelques années avant, à San Francisco de Californie, une île de
l’Océan Pacifique, l’île Spencer, [Note 3: Voir L’École des Robinsons du même
auteur.] fut vendue au riche William W. Kolderup, battant de cinq cent mille
dollars son concurrent J. R. Taskinar, de Stockton. Cette île Spencer avait été
payée quatre millions de dollars. Il est vrai, c’était une île habitable,
située à quelques degrés seulement de la côte californienne, avec forêts, cours
d’eau, sol productif et solide, champs et prairies susceptibles d’être mis en
culture, et non une région vague, peut-être une mer couverte de glaces
éternelles, défendue par d’infranchissables banquises, et que très probablement
personne ne pourrait jamais occuper. Il était donc à supposer que l’incertain
domaine du Pôle, mis en adjudication, n’atteindrait jamais un prix aussi
considérable.

Néanmoins, ce jour-là, l’étrangeté de l’affaire avait attiré, sinon beaucoup
d’amateurs sérieux, du moins un grand nombre de curieux, avides d’en connaître
le dénouement. La lutte, en somme, ne pouvait être que très intéressante.

Au surplus, depuis leur arrivée à Baltimore, les délégués européens avaient été
très entourés, très recherchés ­ et, bien entendu, très interviewés. Comme cela
se passait en Amérique, rien d’étonnant que l’opinion publique fût surexcitée
au plus haut point. De là, des paris insensés ­ forme la plus ordinaire sous
laquelle se produit cette surexcitation aux États-Unis, dont l’Europe commence
à suivre volontiers le contagieux exemple. Si les citoyens de la Confédération
américaine, aussi bien ceux de la Nouvelle- Angleterre que ceux des États du
centre, de l’ouest et du sud, se divisaient en groupes d’opinions différentes,
tous, évidemment, faisaient des voeux pour leur pays. Ils espéraient bien que
le Pôle nord s’abriterait sous les plis du pavillon aux trente-huit étoiles.
Et, cependant, ils n’étaient pas sans éprouver quelque inquiétude. Ce n’était
ni la Russie, ni la Suède-Norvège, ni le Danemark, ni la Hollande, dont ils
redoutaient les chances peu sérieuses. Mais le Royaume-Uni était là avec ses
ambitions territoriales, sa tendance à tout absorber, sa ténacité trop connue,
ses bank-notes trop envahissantes. Aussi de fortes sommes furent-elles
engagées. On pariait sur _America_ et sur _Great-Britain_ comme on l’eût fait
sur des chevaux de course, et à peu près à égalité. Quant à _Danemark, Sweden,
Holland et Russia,_ bien qu’on les offrît à 12 et 13½, ils ne trouvaient guère
preneurs.

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Books | Photos | Paul Mutton | Sat 14th Feb 2026, 9:26