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Page 10
Toutefois, une objection ou plutôt une explication fut nécessaire, et Jacques
Jansen interpréta les sentiments de ses collègues, lorsqu’il dit :
« Et après?… »
Oui!… Après l’acquisition faite par le syndicat?
« Mais il me semble que l’Angleterre!… dit le major d’un ton raide..
— Et la Russie!… dit le colonel, dont les sourcils se froncèrent terriblement.
— Et la Hollande!… dit le conseiller.
— Lorsque Dieu a donné le Danemark aux Danois… fit observer Éric Baldenak.
— Pardon, s’écria Dean Toodrink, il n’y a qu’un pays qui ait été donné par
Dieu! C’est l’Écosse aux Écossais!
— Et pourquoi?… fit le délégué suédois.
— Le poète n’a-t-il pas dit :
« _Deus nobis Ecotia fecit_ »
riposta ce farceur en traduisant à sa façon l’hoec otia du sixième vers de la
première églogue de Virgile.
Tous se mirent à rire excepté le major Donellan et cela enraya une seconde
fois la discussion, qui menaçait de finir assez mal.
Et alors Dean Toodrink put ajouter :
« Ne nous querellons pas, messieurs!… À quoi bon?… Formons plutôt nôtre
syndicat…
— Et après?… reprit Jan Harald.
— Après? répondit Dean Toodrink. Rien de plus simple, messieurs. Lorsque vous
l’aurez achetée, ou la propriété du domaine polaire restera indivise entre
vous, ou, moyennant une juste indemnité, vous la transporterez à l’un des États
coacquéreurs. Mais le but principal aura été préalablement atteint, qui est
d’éliminer définitivement les représentants de l’Amérique! »
Elle avait du bon, cette proposition du moins pour l’heure présente car,
dans un avenir rapproché, les délégués ne manqueraient pas de se prendre aux
cheveux, et on sait s’ils étaient chevelus! lorsqu’il s’agirait de choisir
l’acquéreur définitif de cet immeuble aussi disputé qu’inutile. De toute façon,
ainsi que l’avait si intelligemment marqué Dean Toodrink, les États-Unis
seraient absolument hors concours.
« Voilà qui me paraît sensé, dit Éric Baldenak.
— Habile, dit le colonel Karkof.
— Adroit, dit Jan Harald.
— Malin, dit Jacques Jansen.
— Bien anglais! » dit le major Donellan.
Chacun avait lancé son mot, avec l’espoir de jouer plus tard ses estimables
collègues.
« Ainsi, messieurs, reprit Boris Karkof, il est parfaitement entendu que, si
nous nous syndiquons, les droits de chaque État seront entièrement réservés
pour l’avenir?… »
C’était entendu.
Il ne restait plus qu’à savoir quels crédits ces divers États avaient mis à la
disposition de leurs délégués. On totaliserait ces crédits, et il n’était pas
douteux que ce total présenterait une somme si importante que les ressources de
la _North Polar Practical Association_ ne lui permettraient pas de la dépasser.
La question fut donc posée par Dean Toodrink.
Mais alors, autre chose. Silence complet. Personne ne voulait répondre. Montrer
son porte-monnaie? Vider ses poches dans la caisse du syndicat? Faire connaître
par avance jusqu’où chacun comptait pousser les enchères?… Nul empressement à
cela! Et si quelque désaccord survenait plus tard entre les nouveaux
syndiqués?… Et si les circonstances les obligeaient à prendre part à la lutte
chacun pour soi?… Et si le diplomate Karkof se blessait des finasseries de
Jacques Jansen, qui s’offenserait des menées sourdes d’Éric Baldenak, qui
s’irriterait des roublardises de Jan Harald, qui se refuserait à supporter les
prétentions hautaines du major Donellan, qui, lui, ne se gênerait guère pour
intriguer contre chacun de ses collègues? Enfin, déclarer ses crédits, c’était
montrer son jeu, quand il était nécessaire de poitriner.
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