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Page 34
On ne peut dire de quelle nation �toit cet homme-l�, ni combien de temps
resta chez lui Angelo, qui est mort depuis douze ans; cette notice a �t�
r�dig�e derni�rement d'apr�s le r�cit de ses amis. Seulement on sait
qu'apr�s un assez long s�jour, le ma�tre lui annon�a son dessein de le
transporter dans une contr�e, o� il seroit mieux. _Mmadi-Mak�_ en fut
tr�s-content; la ma�tresse se s�para de lui avec regret; on s'embarque,
on arrive � Messine; il est conduit dans la maison d'une dame opulente
qui, � ce qu'il paro�t, s'attendoit � le recevoir; elle le traite avec
beaucoup de bont�, lui donne un instituteur pour lui enseigner la
langue du pays, qu'il apprend avec facilit�: sa bonhomie lui concilie
l'affection des nombreux domestiques, parmi lesquels il distingue une
N�gresse, nomm�e _Angelina_, � cause de sa douceur, et de ses bons
proc�d�s envers lui. Il tombe dangereusement malade; la marquise, sa
ma�tresse, a pour lui tous les soins d'une m�re, au point quelle veille
pr�s de lui une partie des nuits. Les m�decins les plus habiles sont
appel�s; son lit est entour� d'une foule de personnes qui attendent ses
ordres. La marquise souhaitoit depuis longtemps qu'il f�t baptis�: apr�s
des refus r�it�r�s, un jour, dans sa convalescence, il demande lui-m�me
le bapt�me; la ma�tresse, extr�mement contente, ordonne les pr�paratifs
les plus magnifiques. Dans un salon, on �l�ve un dais richement brod�
au-dessus d'un lit de parade; toute la famille, tous les amis de la
maison sont pr�sens; on interpelle _Mmadi-Mak�_, couch� dans ce lit, sur
le nom qu'il d�sire avoir: par reconnoissance et par amiti� envers
la N�gresse _Angelina_, il veut �tre nomm� _Angelo_: on accueille sa
pri�re, et pour lui tenir lieu de nom de famille, on y joint celui
de Solimann. Il c�l�broit annuellement le jour de son entr�e dans
le christianisme, le 11 septembre, avec des sentimens pieux, comme
l'anniversaire de sa naissance.
Sa bont�, sa complaisance, son esprit juste, le rendoient cher � tout
le monde. Le prince Lobkowitz, alors en Sicile en qualit� de g�n�rai
imp�rial, fr�quentoit la maison o� demeuroit cet enfant; il con�ut pour
lui une telle affection, qu'il fit les instances les plus vives pour
qu'on le lui donn�t. Cette demande fut combattue par la tendresse de la
marquise envers Angelo; elle c�da enfin, � des consid�rations d'int�r�t
et de prudence qui lui conseilloient de faire ce pr�sent au g�n�ral. Que
de larmes elle versa, en se s�parant du petit N�gre qui entroit avec
r�pugnance au service d'un nouveau ma�tre!
Les fonctions du prince �toient incompatibles avec une longue r�sidence
dans cette contr�e; il aimoit Angelo, mais son genre de vie, et
peut-�tre l'esprit de ce temps-l�, furent cause qu'il prit tr�s-peu de
soin de son �ducation. Angelo devenoit sauvage et col�re; il passoit ses
jours dans le d�soeuvrement, dans les jeux d'enfans. Un vieux ma�tre
d'h�tel du prince, connoissant son bon coeur et ses excellentes
dispositions, malgr� son �tourderie, lui donna un instituteur, sous
lequel Angelo apprit, dans l'espace de dix-sept jours, � �crire
l'allemand: la tendre affection de l'enfant, ses progr�s rapides dans
toutes les branches d'instruction, r�compens�rent le bon vieillard de
ses soins.
Ainsi grandit Angelo dans la maison du prince. Il �toit de tous ses
voyages, partageant avec lui les p�rils de la guerre; il combattoit �
c�t� de son ma�tre, qu'un jour il emporta bless�, sur ses �paules,
hors du champ de bataille. Angelo se distingua dans ces occasions,
non-seulement comme serviteur et ami fid�le, mais aussi comme guerrier
intr�pide, comme officier exp�riment�, surtout dans la tactique,
quoiqu'il n'ait jamais eu de grade militaire. Le mar�chal Lascy, qui
l'estimoit beaucoup, fit, en pr�sence d'une foule d'officiers, l'�loge
le plus honorable de sa bravoure, lui fit pr�sent d'un superbe sabre
turc, et lui offrit le commandement d'une compagnie, qu'il refusa.
Son ma�tre mourut. Par son testament il avoit l�gu� Angelo au prince
Wenceslas de Lichtenstein qui, depuis long-temps d�siroit l'avoir. Celui
ci demande � Angelo, s'il est content de cette disposition, et s'il veut
venir chez lui. Angelo donne sa parole, et fait des pr�paratifs pour
le changement n�cessaire � sa mani�re de vivre. Dans l'intervalle,
l'empereur Fran�ois Ier le fait appeler, et lui fait la m�me offre, sous
des conditions tr�s-flatteuses. Mais la parole d'Angelo �toit sacr�e;
il reste chez le prince de Lichtenstein. Ici, comme chez le g�n�ral
Lobkowitz, il �toit le g�nie tut�laire des malheureux, il transmettoit
au prince les pri�res de ceux qui cherchoient � obtenir quelque chose;
ses poches �toient toujours pleines de m�moires, de placets; ne pouvant
et ne voulant jamais demander pour lui, il remplissoit avec autant de
z�le que de succ�s ce devoir en faveur des autres.
Angelo suivit son ma�tre dans ses voyages, et � Francfort, lors du
couronnement de l'empereur Joseph, comme roi des Romains. Un jour, �
l'instigation de son prince, il tenta la fortune dans une banque de
pharaon, et gagna vingt mille florins; il offrit la revanche � son
adversaire, qui perdit encore vingt-quatre mille florins; en lui offrant
de nouveau la revanche, Angelo sut arranger le jeu si finement, que le
perdant regagna cette derni�re somme. Cet acte de d�licatesse de la part
d'Angelo, lui concilia l'admiration, et lui attira des f�licitations
sans nombre. Les faveurs passag�res de la fortune ne l'�blouirent pas;
au contraire, se d�fiant de ses caprices, jamais il n'exposa plus de
somme consid�rable. Il s'amusoit aux �checs, et avoit la r�putation
d'�tre, en ce genre, un des plus forts joueurs.
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