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The Project Gutenberg EBook of Contes de bord, by Édouard Corbière
This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net
Title: Contes de bord
Author: Édouard Corbière
Release Date: April 29, 2005 [EBook #15732]
Language: French
Character set encoding: ISO-8859-1
*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CONTES DE BORD ***
Produced by Carlo Traverso, Chuck Greif and the Online Distributed
Proofreading Team. This file was produced from images generously
made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
CONTES DE BORD.
PARIS, IMPRIMERIE DE DECOURCHANT, Rue d'Erfurth, n° 1. près de
l'Abbaye.
[Illustration]
CONTES DE BORD,
PAR ED. CORBIÈRE, de Brest,
Auteur du _Négrier_, des _Pilotes de l'Iroise_, de _la Mer et les
Marins_, etc.
Paris,
=LECOINTE ET POUGIN=,
QUAI DES ALOUETTES, N° 49.
1833
LES PREMIERS JOURS DE MER.
_Moeurs des Marins au large_.
Les observateurs qui ont vu d'un oeil curieux s'éloigner du port un
navire emportant au loin sur les mers un équipage sortant du cabaret,
n'ont pas manqué de raconter, et les adieux du matelot à ses amis, et
les baisers effusifs dont il couvre les filles en pleurs qu'il va
quitter peut-être pour toujours. Sans doute il y a quelque chose
d'étrange dans ce spectacle du capitaine impatient, qui gourmande
l'hésitation de ces marins, qui semblent se rattacher à la terre, en
prodiguant toutes les marques possibles d'affection aux objets qu'ils
abandonnent sur ce rivage qui va disparaître à leurs yeux pénétrés de
regret. Mais ce n'est pas au moment du départ que le matelot est l'être
le plus intéressant à observer: c'est quand il se sent une fois au large
que la plus singulière des métamorphoses qu'il peut subir s'opère dans
son individu pour ainsi dire multiple.
La première chose qu'il fait lorsqu'il a bien pris son parti et qu'il a
dit adieu à la côte chérie qui va s'évanouir à l'horizon, c'est de
changer son costume; il descend dans le logement de l'équipage, et il ne
remontera sur le pont qu'après avoir fait subir à sa toilette le
changement le plus complet. Le large pantalon bleu qu'il portait la
veille est remplacé par la culotte de toile qui lui a servi dans la
dernière campagne; l'escarpin fin et découvert est remis soigneusement
dans le sac jusqu'au premier bal à venir; et, pour s'épargner l'embarras
et les frais d'une autre chaussure, le matelot marchera nu-pieds, le
pont étant, dit-il, assez propre pour qu'on ne craigne pas de couvrir de
boue un pantalon déjà sale. Le chapeau ciré fait place au bonnet de
laine, rouge ou brun, et une lourde vareuse goudronnée, faite des
lambeaux d'un vieux hunier ou d'un reste de grand foc, couvrira le dos
sur lequel la petite veste bleue, à double rang de boutons dorés, se
dessinait avec tant de grâce quelques minutes encore avant le départ.
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