Port-Tarascon by Alphonse Daudet


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Page 74

La tramontane, un vent de neige, soufflait. Dourladoure et moi
nous la sentions cruellement, sous nos pourpoints Charles VI
pr�t�s par la troupe d'op�ra de passage � Tarascon en ce moment;
assis chacun en haut d'une tour, -- car notre char, tra�n� par six
boeufs blancs, repr�sentait le ch�teau du roi Ren� en bois et
carton peints, -- cette coquine de bise nous transper�ait, et les
vers que nous r�citions, nos grands luths � la main, grelottaient
autant que nous. Dourladoure me disait: �Outre! C'est qu'on g�le!�
Et pas moyen de descendre, les �chelles qui avaient servi � nous
jucher l�-haut ayant �t� retir�es.

Sur le Tour-de-Ville le supplice devint intol�rable... Et, pour
nous achever, j'eus l'id�e -- vanit� de l'amour! -- de prendre par
la traverse pour passer devant la maison du marquis des
Espazettes.

Nous voil� engag�s dans ces rues tr�s �troites, tout juste la
place pour les roues du char. L'h�tel du marquis �tait ferm�,
sombre et muet dans ses vieilles murailles de pierre noire, toutes
les persiennes closes pour bien indiquer que la noblesse boudait
les plaisirs de la rafataille. Je dis quelques vers, tir�s des
_Jujubes, _de ma voix tremblante, en tendant mon filet de qu�te,
mais rien ne bougea, personne ne parut. Alors je donnai l'ordre au
conducteur d'avancer. Impossible, le char �tait pris, encanch� des
deux c�t�s. On avait beau tirer devant, tirer derri�re, il se
trouvait press� entre les hautes murailles, et par les persiennes
ferm�es nous entendions tout pr�s de nous � notre hauteur, des
rires �touff�s pendant que nous restions ridiculement perch�s,
transis de froid, sur nos tourelles de carton.

D�cid�ment il ne m'a pas port� bonheur, le ch�teau du roi Ren�! Il
a fallu d�teler les boeufs, aller chercher des �chelles pour nous
descendre, et tout cela a pris du temps!...

_23 octobre. -- _Qu'est-ce que c'est donc que ce mal de gloire?
On ne peut plus vivre sans elle, quand une fois ou l'a connue.

J'�tais chez Tartarin dimanche; nous causions dans le jardin,
marchant le long des all�es sabl�es. Par-dessus le mur, les arbres
du cours nous envoyaient des paquets de feuilles mortes, et comme
je voyais de la m�lancolie dans ses yeux, je lui rappelais les
heures triomphantes de sa vie.

Rien ne pouvait le distraire, pas m�me les analogies entre son
existence et celle de Napol�on.

�Ah! va�, Napol�on!... la bonne blague!., le soleil des tropiques
m'avait tap� sur la coloquinte. Ne me parlez plus de cela, je vous
en prie, vous me ferez plaisir.�

Je le regardais stup�fait.

�Pas moins, la dame du commodore...

-- Laisse-moi donc tranquille! Elle s'est moqu�e de moi tout le
temps, la dame du commodore!�

Nous avons fait quelques pas en silence.

Les cris des petits d�crotteurs qui jouaient au bouchon devant la
porte venaient jusqu'� nous dans les coups de vent emportant les
feuilles par tourbillons.

Il m'a dit encore:

�J'y vois clair, maintenant. Les Tarasconnais m'ont ouvert les
yeux; c'est comme si l'on m'avait op�r� de la cataracte.�

Il m'a paru extraordinaire.

� la porte, tout � coup, en me serrant la main:

�Tu sais, petit, on va vendre chez moi. J'ai perdu mon proc�s
contre Scrapouchinat, contre la veuve Bravida aussi, malgr� les
arguments de Franquebalme... Il b�tit trop solide, ce gar�on-l�;
son aqueduc romain lui est tomb� dessus et nous avons �t� �cras�s
sous le poids.�

Timidement, j'osai lui offrir mes petites �conomies, je les aurais
donn�es de grand coeur, mais Tartarin a refus�.

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Books | Photos | Paul Mutton | Mon 19th Jan 2026, 18:21