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Page 63
Mont� sur ma table, tout � l'heure, je regardais dehors en
songeant � ces choses. Le soleil disparu, la nuit venait, et tout
� coup, de l'autre c�t� du Rh�ne, un grand feu s'alluma sur la
tour du ch�teau de Beaucaire.
Il br�la longtemps, longtemps je le regardai, et il me sembla
qu'il avait quelque chose de myst�rieux, ce feu, jetant un reflet
rouge�tre sur le Rh�ne, dans le grand silence de la nuit travers�
par le vol mou des orfraies. Qu'est-ce que cela peut �tre? Un
signal?
Est-ce que quelqu'un, quelque admirateur de notre grand Tartarin,
voudrait le faire �vader?... C'est si extraordinaire, cette flamme
allum�e tout en haut d'une tour en ruines et juste en face de sa
prison!
_18 juillet. -- _En revenant aujourd'hui de l'instruction, comme
la voiture cellulaire passait devant Sainte-Marthe, entendu la
voix, toujours imp�rieuse de la marquise des Espazettes qui criait
avec l'accent d'ici:
�Clor��nde!... Clor��nde!� et une voix douce, ang�lique, la voix
de ma bien-aim�e, qui r�pondait �Mamain!�
Sans doute elle allait � l'�glise prier pour moi, pour l'issue du
proc�s.
Rentr� dans ma prison, tr�s �mu... �crit quelques vers proven�aux
sur Le soir, � la m�me heure, toujours le m�me feu sur la tour de
Beaucaire. Il brille l�-bas, dans la nuit, comme les b�chers qu'on
allume pour la Saint-Jean.
�videmment, c'est un signal.
Tartarin, avec qui j'ai pu �changer deux mots � l'instruction dans
le couloir du juge, a vu comme moi ces feux � travers les barreaux
de sa ge�le, et quand je lui ai dit ce que j'en pensais, que des
amis voulaient peut-�tre le faire �vader comme Napol�on � Sainte-
H�l�ne, il a paru tr�s frapp� de ce rapprochement.
�Ah! vraiment, Napol�on � Sainte-H�l�ne..., on a essay� de le
sauver?�
Mais, apr�s un moment de r�flexion, il m'a d�clar� qu'il n'y
consentirait jamais.
�Certes, ce n'est pas la descente des trois cents pieds de la tour
sur une �chelle de corde, secou�e la nuit par le vent du Rh�ne,
qui me ferait peur. Non, ne croyez pas cela, enfant!... Ce que je
redouterais le plus, c'est que j'aurais l'air de fuir
l'accusation: Tartarin de Tarascon ne s'�vadera pas.�
Ah! si tous ceux qui hurlent sur son passage: �Au Rh�ne! Zou! au
Rh�ne!� avaient pu l'entendre!... Et on l'accuse d'escroquerie! On
a pu le croire complice de ce mis�rable duc de Mons!... Allons
donc!... Est-ce que c'est possible?...
Tout de m�me il ne le soutient plus, son duc, maintenant; il le
juge � sa v�ritable valeur, ce sc�l�rat de Belge! On le verra bien
� sa belle d�fense, car Tartarin se d�fendra lui-m�me devant le
tribunal. Pour moi, je b�gaye trop pour parler publiquement: je
serai d�fendu par Cic�ron Franquebalme, et tout le monde sait
quelle incomparable logique de raisonnement il sait mettre dans
ses plaidoyers.
_20 juillet, soir. -- _Ces heures que je passe chez le juge
d'instruction sont bien douloureuses pour moi! Le difficile n'est
pas de me d�fendre, mais de le faire sans trop accabler mon pauvre
ma�tre. Il a �t� si imprudent, il a eu tant de confiance en ce duc
de Mons! Et puis, avec l'ecz�ma intermittent de M. Bonaric, on ne
sait jamais si l'on doit craindre ou esp�rer; la maladie tourne
chez ce magistrat � l'id�e fixe, furieux quand ��a se voit�, bon
enfant quand ��a ne se voit pas�.
Quelqu'un chez qui �a se voit, et �a se verra toujours, c'est le
malheureux B�zuquet, qui vivait autrefois tr�s bien avec son
tatouage l�-bas, dans les mers lointaines, mais maintenant, sous
le ciel tarasconnais, se d�go�te lui-m�me, ne sort plus, reste
terr� tant qu'il peut au fond de son officine, o� il combine des
herbages, des omelettes, et sert les clients sous un masque de
velours, comme un conjur� d'op�ra-comique.
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