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Page 55
--Non, lui dis-je, il n'y a de voleur et d'assassin ici que vous; vous
le savez bien.
--�tes-vous donc mon ennemi?
--Oui, je suis votre ennemi.
--Comment vous nommez-vous?
--Cela ne vous regarde pas; vous le saurez si vous me tuez.
--Et si je ne veux pas vous tuer? s'�cria-t-il en haussant les �paules
et en s'effor�ant de prendre de l'assurance.
--Alors vous vous laisserez tuer par moi, lui r�pondis-je, car je vous
jure qu'un de nous deux doit rester ici cette nuit.
--Vous �tes un bandit! s'�cria-t-il en faisant des efforts terribles
pour se d�gager. Au secours! au secours!
--Cela est fort inutile, lui dis-je; le bruit de la mer couvre votre
voix, et vous �tes loin de tout secours humain. Tenez-vous tranquille ou
je vous �trangle; ne me mettez pas en col�re, profitez des chances de
salut que je vous donne. Je veux vous tuer et non vous assassiner. Vous
connaissez ce raisonnement-l�. Battez-vous avec moi, et ne m'obligez
pas � profiter de l'avantage de la force que j'ai sur vous, comme vous
voyez. En parlant ainsi, je le secouais par les �paules et le faisais
plier comme un jonc, bien qu'il f�t plus grand que moi de toute la t�te.
Il comprit qu'il �tait � ma disposition, et il essaya de me dissuader.
--Mais, Monsieur, si vous n'�tes pas fou, me dit-il, vous avez une
raison pour vous battre avec moi. Que vous ai-je fait?
--Il ne me pla�t pas de vous le dire, r�pondis-je, et vous �tes un l�che
de me demander la cause de ma vengeance, quand c'est vous qui devriez me
demander raison.
--Eh de quoi? reprit-il. Je ne vous ai jamais vu. Il ne fait pas assez
clair pour que je puisse bien distinguer vos traits, mais je suis s�r
que j'entends votre voix pour la premi�re fois.
--Poltron! vous ne sentez pas le besoin de vous venger d'un homme qui
s'est moqu� de vous, qui vous a fait donner un rendez-vous pour vous
mystifier, et qui vous am�ne ici malgr� vous pour vous provoquer? On
m'avait dit que vous �tiez brave; faut-il vous frapper pour �veiller
votre courage?
--Vous �tes un insolent, dit-il en se faisant violence.
--A la bonne heure: je vous demande raison de ce mot et je vais vous
donner raison sur l'heure de ce soufflet. Je lui frappai l�g�rement sur
la joue. Il fit un hurlement de rage et de terreur.
--Ne craignez rien, lui dis-je en le tenant d'une main et en lui donnant
de l'autre une �p�e; d�fendez-vous. Je sais que vous �tes le premier
tireur de l'Europe, je suis loin d'�tre de votre force. Il est vrai que
je suis calme et que vous avez peur, cela rend la chance �gale. Sans lui
donner le temps de r�pondre, je l'attaquai vigoureusement. Le mis�rable
jeta son �p�e et se mit � fuir. Je le poursuivis, je l'atteignis, je
le secouai avec fureur. Je le mena�ai de le tirer dans la mer et de le
noyer, s'il ne se d�fendait pas. Quand il vit qu'il lui �tait impossible
de s'�chapper, il prit l'�p�e et retrouva ce courage d�sesp�r� que
donnent aux plus peureux l'amour de la vie et le danger in�vitable.
Mais soit que la faible clart� de la lanterne ne lui perm�t pas de bien
mesurer ses coups, soit que la peur qu'il venait d'avoir lui e�t
�t� toute pr�sence d'esprit, je trouvai ce terrible duelliste d'une
faiblesse d�sesp�rante. J'avais tellement envie de ne pas le massacrer,
que je le m�nageai longtemps. Enfin, il se jeta sur mon �p�e en voulant
faire une feinte, et il s'enferra jusqu'� la garde.
--Justice! justice! dit-il en tombant. Je meurs assassin�!
--Tu demandes justice et tu l'obtiens, lui r�pondis-je. Tu meurs de ma
main comme Henryet est mort de la tienne.
Il fit un rugissement sourd, mordit le sable et rendit l'�me.
Je pris les deux �p�es et j'allai retrouver la gondole; mais, en
traversant l'�le, je fus saisi de mille �motions inconnues. Ma force
faiblit tout � coup; je m'assis sur une de ces tombes h�bra�ques qui
sont � demi recouvertes par l'herbe, et que ronge incessamment le vent
�pre et sal� de la mer. La lune commen�ait � sortir des brouillards, et
les pierres blanches de ce vaste cimeti�re se d�tachaient sur la verdure
sombre du Lido. Je pensais � ce que je venais de faire, et ma vengeance,
dont je m'�tais promis tant de joie, m'apparut sous un triste aspect:
j'avais comme des remords, et pourtant j'avais cru faire une action
l�gitime et sainte en purgeant la terre et en d�livrant Juliette de
ce d�mon incarn�. Mais je ne m'�tais pas attendu � le trouver l�che.
J'avais esp�r� rencontrer un ferrailleur audacieux, et en m'attaquant
� lui j'avais fait le sacrifice de ma vie. J'�tais troubl� et comme
�pouvant� d'avoir pris la sienne si ais�ment. Je ne trouvais pas ma
haine satisfaite par la vengeance; je la sentais �teinte par le m�pris.
Quand je l'ai vu si poltron, pensais-je, j'aurais d� l'�pargner;
j'aurais d� oublier mon ressentiment contre lui, et mon amour pour la
femme capable de me pr�f�rer un pareil homme.
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