Sans dessus dessous by Jules Verne


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Page 43

« On sait quelles seraient les conséquences de cette perpendicularité, que le
président Barbicane a cru devoir indiquer dans la séance du 22 décembre.

« Mais, étant donnée la masse de la Terre et la quantité de mouvement qu’elle
possède, peut-on concevoir une bouche à feu telle que son recul soit capable de
produire une modification dans l’emplacement du Pôle actuel, et surtout d’une
valeur de 23°28’?

« Oui, si un canon ou une série de canons sont construits avec les dimensions
exigées par les lois de la mécanique, ou, à défaut de ces dimensions, si les
inventeurs sont en possession d’un explosif d’une puissance assez considérable
pour qu’il imprime au projectile la vitesse nécessitée pour un tel déplacement.

« Or, en prenant pour type le canon de vingt-sept centimètres de la marine
française (modèle 1875), qui lance un projectile de cent quatre-vingts
kilogrammes avec une vitesse de cinq cents mètres par seconde, en donnant à
cette bouche à feu des dimensions cent fois plus grandes, c’est-à- dire un
million de fois en volume, elle lancerait un projectile de cent quatre-vingt
mille tonnes. Si, en outre, la poudre avait une vitesse suffisante pour
imprimer au projectile une vitesse cinq mille six cents fois plus forte qu’avec
la vieille poudre à canon, le résultat cherché serait obtenu. En effet, avec
une vitesse de deux mille huit cents kilomètres par seconde, [Note 17: Vitesse
qui suffirait pour aller en une seconde de Paris à Pétersbourg.] il n’y a pas à
craindre que le choc du projectile, rencontrant de nouveau la Terre, remette
les choses dans l’état initial.

« Eh bien, par malheur pour la sécurité terrestre, si extraordinaire que cela
paraisse, J.-T. Maston et ses collègues ont précisément en leur possession cet
explosif d’une puissance presque infinie, et dont la poudre, employée pour
lancer le boulet de la Columbiad vers la Lune, ne saurait donner une idée.
C’est le capitaine Nicholl qui l’a découvert. Quelles sont les substances qui
entrent dans sa composition, on n’en trouve qu’imparfaitement trace dans le
carnet de J.-T. Maston, et il se borne à signaler cet explosif sous le nom de «
méli-mélonite. »

« Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle est formée par la réaction d’un méli-mélo
de substances organiques et d’acide azotique. Un certain nombre de radicaux
monoatomiques se substituent au même nombre d’atomes d’hydrogène, et on obtient
une poudre qui, comme le fulmi-coton, est formée par la combinaison et non par
le simple mélange des principes comburants et combustibles.

« En somme, quel que soit cet explosif, avec la puissance qu’il possède, plus
que suffisante pour rejeter un projectile pesant cent quatre-vingt mille tonnes
hors de l’attraction terrestre, il est évident que le recul qu’il imprimera au
canon produira les effets suivants : changement de l’axe, déplacement du Pôle
de 23°28’, perpendicularité du nouvel axe sur le plan de l’écliptique. De là,
toutes les catastrophes si justement redoutées par les habitants de la Terre.

« Cependant, une chance reste à l’humanité d’échapper aux conséquences d’une
opération qui doit provoquer de telles modifications dans les conditions
géographiques et climatologiques du globe terrestre.

« Est-il possible de fabriquer un canon de dimensions telles qu’il soit un
million de fois en volume ce qu’est le canon de vingt-sept centimètres? Quels
que soient les progrès de l’industrie métallurgique, qui construit des ponts de
la Tay et du Forth, des viaducs de Garabit et des tours Eiffel, est-il
admissible que des ingénieurs puissent produire cet engin gigantesque, sans
parler du projectile de cent quatre-vingt mille tonnes qui devra être lancé
dans l’espace?

« Il est permis d’en douter. C’est là, évidemment, une des raisons pour
lesquelles la tentative de Barbicane and Co. a bien des raisons de ne point
réussir. Mais elle laisse encore le champ ouvert à nombre d’éventualités
particulièrement inquiétantes, puisqu’il semble que la nouvelle Société s’est
déjà mise à l’oeuvre.

« Qu’on le sache bien, lesdits Barbicane et Nicholl ont quitté Baltimore et
l’Amérique. Ils sont partis depuis plus de deux mois. Où sont-ils allés?… Très
certainement, en cet endroit inconnu du globe, où tout doit être disposé pour
tenter leur opération.

« Or, quel est cet endroit? On l’ignore, et, par conséquent, il est impossible
de se mettre à la poursuite des audacieux « malfaiteurs » (sic), qui prétendent
bouleverser le monde sous prétexte d’exploiter à leur profit des houillères
nouvelles.

« Évidemment, que ce lieu fût indiqué sur le carnet de J.- T. Maston, à la
dernière page qui résumait ses travaux, ce n’est que trop certain. Mais cette
dernière page a été déchiré sous la dent du complice d’Impey Barbicane, et ce
complice, incarcéré maintenant dans la prison de Baltimore, se refuse
absolument à parler.

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Books | Photos | Paul Mutton | Tue 17th Feb 2026, 0:44