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Page 17
Des hôtes, en effet! Deux membres du Gun-Club, son président Impey Barbicane et
le capitaine Nicholl, accompagnés d’un Français, très connu pour ses audaces de
casse-cou, avaient pris place dans ce wagon-projectile. Tous trois étaient
revenus de ce voyage sains et saufs. Mais, si les deux Américains étaient
toujours là, prêts à se risquer en quelque nouvelle aventure, le Français
Michel Ardan n’y était plus. De retour en Europe, il avait fait fortune,
paraît-il, ce qui ne laissa pas de surprendre bien des gens, et,
maintenant, il plantait ses choux, il les mangeait, il les digérait même, s’il
faut en croire les reporters les mieux informés.
Après ce coup de tonnerre, Impey Barbicane et Nicholl avaient vécu sur leur
célébrité dans un repos relatif. Toujours impatients des grandes choses, ils
rêvaient de quelque autre opération de ce genre. L’argent ne leur manquait pas.
Il en restait de leur dernière affaire près de deux cent mille dollars sur
les cinq millions et demi que leur avait fournis la souscription publique,
ouverte dans le Nouveau et l’Ancien Monde. En outre, rien qu’à s’exhiber à
travers les États-Unis dans leur projectile d’aluminium comme des phénomènes
dans une cage, ils avaient encore réalisé de belles recettes, et recueilli
toute la gloire que peut comporter la plus exigeante des ambitions humaines.
Impey Barbicane et le capitaine Nicholl auraient donc pu se tenir tranquilles,
si l’ennui ne les eût rongés. Et, c’est pour sortir de leur inaction, sans
doute, qu’ils venaient d’acheter ce lot de régions arctiques.
Pourtant, qu’on ne l’oublie pas, si cette acquisition avait pu être faite au
prix de huit cent mille dollars et plus, c’est que Mrs Evangélina Scorbitt
avait mis dans l’affaire l’appoint qui lui manquait. Grâce à cette femme
généreuse, l’Europe avait été vaincue par l’Amérique.
Voici à quoi tenait cette générosité :
Depuis leur retour, si le président Barbicane et le capitaine Nicholl
jouissaient d’une incomparable célébrité, il était un homme qui en avait sa
bonne part. On l’a deviné, il s’agit de J.-T. Maston, le bouillant secrétaire
du Gun-Club. N’était-ce pas à cet habile calculateur que l’on devait les
formules mathématiques qui avaient permis de tenter la grande expérience citée
plus haut? S’il n’avait pas accompagné ses deux collègues lors de leur voyage
extra- terrestre, ce n’était pas par peur, nom d’un boulet! Mais le digne
artilleur, manchot du bras droit, était pourvu d’un crâne en gutta-percha, à la
suite d’un de ces accidents trop communs à la guerre. Et, vraiment, en le
montrant aux Sélénites, c’eût été leur donner une piteuse idée des habitants de
la Terre, dont la Lune, après tout, n’est que l’humble satellite.
À son profond regret, J.-T. Maston avait donc dû se résigner à ne point partir.
Toutefois, il n’était pas resté oisif. Après avoir procédé à la construction
d’un immense télescope, qui fut dressé sur le sommet de Long’s Peak, l’un des
plus hauts sommets de la chaîne des montagnes Rocheuses, il s’y était
transporté de sa personne. Puis, dès que le projectile eut été signalé,
décrivant sur le ciel sa majestueuse trajectoire, il n’avait plus quitté son
poste d’observation. Là, devant l’oculaire du gigantesque instrument, il
s’était donné pour tâche de chercher à suivre ses amis, dont le véhicule aérien
filait à travers l’espace.
On devait les croire à jamais perdus pour la Terre, les audacieux voyageurs. En
effet, ne pouvait-on craindre que le projectile, maintenu dans une nouvelle
orbite par l’attraction lunaire, fût astreint à graviter éternellement auteur
de l’astre des nuits comme un sous-satellite? Mais non! Une déviation, que l’on
pourrait appeler providentielle, avait modifié la direction du projectile.
Après avoir fait le tour de la Lune au lieu de l’atteindre, entraîné dans une
chute progressivement accélérée, il était revenu vers notre sphéroïde avec une
vitesse qui égalait cinquante sept mille six cents lieues à l’heure, au moment
où il s’engloutissait dans les abîmes de la mer.
Heureusement, les masses liquides du Pacifique avaient amorti la chute, qui
avait eu pour témoin la frégate américaine _Susquehanna_. Aussitôt la nouvelle
en fut transmise à J.-T. Maston. Le secrétaire du Gun-Club revint en toute hâte
de l’observatoire de Long’s Peak, afin d’opérer le sauvetage. Des sondages
furent poursuivis dans les parages où s’était abîmé le projectile, et le dévoué
J.-T. Maston n’hésita pas à revêtir l’habit du scaphandrier pour retrouver ses
amis.
En réalité, il n’aurait pas été nécessaire de se donner tant de peine. Le
projectile d’aluminium, déplaçant une quantité d’eau supérieure à son propre
poids, était remonté au niveau du Pacifique, après avoir fait un superbe
plongeon. Et c’est dans ces conditions que le président Barbicane, le capitaine
Nicholl et Michel Ardan furent rencontrés à la surface de l’Océan : ils
jouaient aux dominos dans leur prison flottante.
Maintenant, pour en revenir à J.-T. Maston, il faut dire que la part prise par
lui à ces extraordinaires aventures l’avait mis très en relief.
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