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Page 18
CONFESSION
Une fois, une seule, aimable et douce femme,
A mon bras votre bras poli
S'appuya (sur le fond t�n�breux de mon �me
Ce souvenir n'est point p�li).
Il �tait tard; ainsi qu'une m�daille neuve
La pleine lune s'�talait,
Et la solennit� de la nuit, comme un fleuve,
Sur Paris dormant ruisselait.
Et le long des maisons, sous les portes coch�res,
Des chats passaient furtivement,
L'oreille au guet, ou bien, comme des ombres ch�res,
Nous accompagnaient lentement.
Tout � coup, au milieu de l'intimit� libre
Eclose � la p�le clart�,
De vous, riche et sonore instrument o� ne vibre
Que la radieuse ga�t�,
De vous, claire et joyeuse ainsi qu'une fanfare
Dans le matin �tincelant,
Une note plaintive, une note bizarre
S'�chappa, tout en chancelant.
Comme une enfant ch�tive, horrible, sombre, immonde
Dont sa famille rougirait,
Et qu'elle aurait longtemps, pour la cacher au monde,
Dans un caveau mise au secret!
Pauvre ange, elle chantait, votre note criarde:
� Que rien ici-bas n'est certain,
Et que toujours, avec quelque soin qu'il se farde,
Se trahit l'�go�sme humain;
Que c'est un dur m�tier que d'�tre belle femme,
Et que c'est le travail banal
De la danseuse folle et froide qui se p�me
Dans un sourire machinal;
Que b�tir sur les coeurs est une chose sotte,
Que tout craque, amour et beaut�,
Jusqu'� ce que l'Oubli les jette dans sa hotte
Pour les rendre � l'Eternit�! �
J'ai souvent �voqu� cette lune enchant�e,
Ce silence et cette langueur,
Et cette confidence horrible chuchot�e
Au confessionnal du coeur.
LE FLACON
Il est de forts parfums pour qui toute mati�re
Est poreuse. On dirait qu'ils p�n�trent le verre.
En ouvrant un coffret venu de l'orient
Dont la serrure grince et rechigne en criant,
Ou dans une maison d�serte quelque armoire
Pleine de l'�cre odeur des temps, poudreuse et noire,
Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
D'o� jaillit toute vive une �me qui revient.
Mille pensers dormaient, chrysalides fun�bres,
Fr�missant doucement dans tes lourdes t�n�bres,
Qui d�gagent leur aile et prennent leur essor,
Teint�s d'azur, glac�s de rose, lam�s d'or.
Voil� le souvenir enivrant qui voltige
Dans l'air troubl�; les yeux se ferment; le Vertige
Saisit l'�me vaincue et la pousse � deux mains
Vers un gouffre obscurci de miasmes humains;
Il la terrasse au bord d'un gouffre s�culaire,
O�, Lazare odorant d�chirant son suaire,
Se meut dans son r�veil le cadavre spectral
D'un vieil amour ranci, charmant et s�pulcral.
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