La chasse à l'oppossum by Oscar Wilde


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Page 1

-- Où cela?

-- Chez moi, à Robertville, sur les bords du Macquarie.

Je me laissai facilement entraîner, et, huit jours plus tard,
j'étais installé dans la demeure de mon ami, Robert, qui avait
perdu ses parents très jeune, était venu chercher fortune en
Australie; il s'était livré à l'élevage du bétail, modestement
d'abord, mais chaque année augmentant le nombre de ses troupeaux
et l'étendue de ses pâturages. Maintenant, soixante bushmen
gardaient dans des plaines immenses ses innombrables troupeaux de
boeufs et de moutons; Robert était devenu un des plus riches
éleveurs de la contrée...

Sa maison, une coquette demeure entourée de logements plus petits
pour ses serviteurs, s'élevait non loin de la rivière, dans un
bouquet d'eucalyptus et de fougères arborescentes.

J'y étais depuis quinze jours et je songeais au départ, quand la
partie de chasse organisée par mon ami vint déranger tous mes
projets.

Cependant, nous galopions toujours dans une plaine magnifique, où
l'herbe poussait haute et drue; de temps à autre, nous apercevions
un troupeau de moutons gardés par un bushman à cheval; il
accourait bride abattue pour saluer le maître, et lui donner des
nouvelles des bêtes.

A midi, nous fîmes halte dans une ferme appartenant à un
Irlandais, M O'.Ryan, qui vivait là avec, Mme O'Ryan, son épouse,
et une douzaine de bambins plus frais, plus roses et plus blonds
les uns que les autres.

Après un repas copieux et une heure de repos, nous reprenions
notre course à travers une contrée fertile et boisée, mais
absolument déserte.

-- Nous ne verrons plus de maisons avant le retour, m'avait dit
Robert en quittant la ferme de O'Ryan; c'est le dernier
établissement dans cette direction.

En revanche, le pays devenait plus accidenté; çà et là, des
rochers se dressaient dans les touffes de mimosas et les hautes
fougères; la plaine suivait un plan incliné, maintenant très
sensible, et une ligne sombre de montagnes s'élevait devant nous,
coupant l'horizon.

A cinq heures, nous étions au pied de ces collines, que les
Australien appellent Ranges, et nous nous arrêtions définitivement
en face de hauts rochers, que recouvrait une végétation
vigoureuse.

Un des bushmen, envoyé en éclaireur, alla visiter une
anfractuosité de la roche, qui, du point où nous étions, semblait
l'entrée d'une grotte; mon ami voulait que nous installions là
notre campement.

De loin, sur nos chevaux, nous voyions l'homme s'avancer avec
précaution; tout à coup, il s'arrêta et considéra longuement un
objet placé à ses pieds.

Après un instant, il revint à nous.

-- Eh bien? demanda Robert.

-- Pas moyen de camper là, répondit le bushman; c'est un vrai
charnier; il y a de nombreux ossements, et entre autres un grand
squelette....

«Quelque kanguroo blessé par un chasseur maladroit, qui sera venu
mourir dans cette caverne, interrompit l'autre bushman. Campons
dans le bois, Monsieur cela vaudra mieux.

Et rentrant sous bois, nous gagnâmes une clairière, qui fut
choisie à l'unanimité pour y établir notre camp. Les bushmen
débarrassèrent les chevaux de leurs selles, les entravèrent en
leur attachant un pied de derrière au pied de devant du même côté,
afin de leur permettre de marcher sans cependant pouvoir
s'éloigner; Tom, le nègre, commença les apprêts du repas.

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Books | Photos | Paul Mutton | Wed 7th Jan 2009, 8:26