Réflexions sur le sort des Noirs dans nos colonies by Daniel Lescallier


Main
- books.jibble.org



My Books
- IRC Hacks

Misc. Articles
- Meaning of Jibble
- M4 Su Doku
- Computer Scrapbooking
- Setting up Java
- Bootable Java
- Cookies in Java
- Dynamic Graphs
- Social Shakespeare

External Links
- Paul Mutton
- Jibble Photo Gallery
- Jibble Forums
- Google Landmarks
- Jibble Shop
- Free Books
- Intershot Ltd

books.jibble.org

Previous Page | Next Page

Page 1

S'il y a ici quelques moyens de faciliter cette tâche, on aura
bien mérité de l'humanité, on aura bien mérité de la Nation, &
particulièrement des Colons, en montrant qu'il est possible dans les
Colonies de s'enrichir des productions de la terre sans faire frémir
l'humanité, & qu'avec une ame bienfaisante on peut être sans remords
propriétaire d'habitation.



RÉFLEXIONS
SUR LE SORT DES NOIRS
DANS NOS COLONIES.


La question de l'esclavage des Noirs, qui occupe depuis quelque-tems
les esprits, ne peut laisser le Gouvernement dans l'indifférence: cette
question sérieusement agitée en Angleterre, ne peut manquer de l'être
dans l'Assemblée Nationale, puisqu'elle a admis dans son sein les
Députés de Saint-Domingue.

Les Nègres n'ignorent pas, ou du moins ils ne pourront ignorer
long-tems, les discussions qui ont lieu sur leur sort: quand on pourroit
les leur cacher (ce qui seroit peut-être encore pire) croit-on qu'ils
aient jamais ignoré leurs droits, & que la voix de la nature se soit
endormie chez eux au gré de leurs possesseurs?

Quelque stupides que leurs détracteurs les représentent, ils se sont
montrés capables d'une très grande énergie: ils ont, à la Jamaïque &
dans la Guiane Hollandoise, l'exemple d'un nombre d'hommes de leur race,
qui par leur courage se sont procuré la liberté malgré leurs Maîtres
qu'ils ont forcé de traiter avec eux de leur existence indépendante.
Plusieurs de nos Nègres, dans les Colonies où fréquentent les
Américains, sont à portée d'entendre parler des loix nouvelles qui ont
eu lieu dans les États-Unis, pour l'abolition de l'esclavage & de la
traite des Noirs.

On doit craindre les plus fâcheux évènemens, si on ne s'occupe pas
sérieusement de l'amélioration du sort de cette espèce d'hommes, si
précieuse à l'Etat par les riches productions que ses travaux lui
procurent, & en même-tems si peu protégée & si maltraitée; on auroit
bien tort de s'endormir dans une imprudente sécurité.

Pour soutenir l'esclavage, on met en avant l'antique usage des Colonies,
l'impossibilité prétendue de les cultiver sans Noirs & sans Esclaves, la
raison d'état qui veut que l'on aie des denrées coloniales; on s'appuie
du bonheur des Nègres dans leur état actuel, bien préférable, dit-on, au
sort de nos Païsans; on donne comme inhérens au caractère des Noirs la
paresse, la fourberie, & toutes les mauvaises qualités que leur trouvent
des Maîtres durs & égoïstes qui ne voient en eux que les instrumens
passifs de leur fortune: mais ces mauvaises qualités & ces vices sont,
ou relatifs à l'opinion & au préjugé sur leur état, ou occasionnés par
la maniere dont on les traite: communs à tous les hommes & dans toutes
les sociétés, ces vices s'évanouissent, ou du moins s'affoiblissent
considérablement, sous un régime humain & raisonnable, même parmi les
esclaves; c'est ce qu'une expérience suivie & attentive à bien démontré.

Les partisans de l'esclavage ne peuvent d'ailleurs faire entrer pour
rien dans leurs divers raisonnemens, la cause de l'humanité, ni la
justice, ni le droit naturel, imprescriptibles pour tous les hommes,
indépendamment de leur couleur & des circonstances plus ou moins
favorisées de leur naissance. «_Il nous faut des Colonies; on ne peut
les cultiver sans esclaves; donc il est nécessaire de faire la traite,
& d'avoir des_ esclaves_:» Voilà à quoi se réduiront toujours leurs
argumens.

D'un autre côté les personnes qui plaident pour l'abolition de
l'esclavage, inspirées par la raison, la justice, la bienfaisance, &
tout ce que l'humanité offre de motifs plus purs & plus respectables,
peuvent aller trop loin, & prêtent ainsi à la critique de leurs
adversaires intéressés, soit par excès de zèle, soit faute de connoître
suffisamment la localité & la circonstance des Colonies, soit encore
faute de respecter la raison politique des États, qu'il est devenu
impossible de ne pas ménager, à cause des cris d'un nombre de gens dont
la fortune dépend des cultures actuelles de nos Colonies: ils ont prêté
encore à la critique des Colons, en n'appercevant pas bien tous les
moyens d'opérer la révolution qu'ils désirent. De là, il résulte une
majorité immense dans les débats de cette question, en faveur des
partisans de l'esclavage, dont l'opinion est accréditée par un long
usage, & par une espèce de loi généralement établie dans toutes les
Colonies Européennes.

Previous Page | Next Page


Books | Photos | Paul Mutton | Wed 20th Aug 2008, 19:04