Cyrano de Bergerac by Edmond Rostand


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Page 87

ROXANE:
C'était trop long, ce siège !

CHRISTIAN:
Pourquoi ?. . .

ROXANE:
Je te dirai !

CYRANO (qui, au son de sa voix, est resté cloué immobile, sans oser
tourner les yeux vers elle):
Dieu ! La regarderai-je ?

DE GUICHE:
Vous ne pouvez rester ici !

ROXANE (gaiement):
Mais si ! mais si !
Voulez-vous m'avancer un tambour ?. . .
(Elle s'assied sur un tambour qu'on avance):
Là, merci !
(Elle rit):
On a tiré sur mon carrosse !
(Fièrement):
Une patrouille !
--Il a l'air d'être fait avec une citrouille,
N'est-ce pas ? comme dans le conte, et les laquais
Avec des rats.
(Envoyant des lèvres un baiser à Christian):
Bonjour !
(Les regardant tous):
Vous n'avez pas l'air gais !
--Savez-vous que c'est loin, Arras ?
(Apercevant Cyrano):
Cousin, charmée !

CYRANO (a'avançant):
Ah çà ! comment ?. . .

ROXANE:
Comment j'ai retrouvé l'armée ?
Oh ! mon Dieu, mon ami, mais c'est tout simple: j'ai
Marché tant que j'ai vu le pays ravagé.
Ah ! ces horreurs, il a fallu que je les visse
Pour y croire ! Messieurs, si c'est là le service
De votre Roi, le mien vaut mieux !

CYRANO:
Voyons, c'est fou !
Par où diable avez-vous bien pu passer ?

ROXANE:
Par où ?
Par chez les Espagnols.

PREMIER CADET:
Ah ! qu'elles sont malignes !

DE GUICHE:
Comment avez-vous fait pour traverser leurs lignes ?

LE BRET:
Cela dut être très difficile !. . .

ROXANE:
Pas trop.
J'ai simplement passé dans mon carrosse, au trot.
Si quelque hidalgo montrait sa mine altière,
Je mettais mon plus beau sourire à la portière,
Et ces messieurs étant, n'en déplaise aux Français,
Les plus galantes gens du monde,--je passais !

CARBON:
Oui, c'est un passe-port, certes, que ce sourire !
Mais on a fréquemment dû vous sommer de dire
Où vous alliez ainsi, madame ?

ROXANE:
Fréquemment.
Alors je répondais: "Je vais voir mon amant."
--Aussitôt l'Espagnol à l'air le plus féroce
Refermait gravement la porte du carrosse,
D'un geste de la main à faire envie au Roi
Relevait les mousquets déjà braqués sur moi,
Et superbe de grâce, à la fois, et de morgue,
L'ergot tendu sous la dentelle en tuyau d'orgue,
Le feutre au vent pour que la plume palpitât,
S'inclinait en disant: "Passez, señorita !"

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Books | Photos | Paul Mutton | Thu 19th Feb 2026, 9:28