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Page 81
CYRANO (lui jetant le livre qu'il tient à la main):
L'Iliade.
UN AUTRE:
Le ministre, à Paris, fait ses quatre repas !
CYRANO:
Il devrait t'envoyer du perdreau ?
LE MÊME:
Pourquoi pas ?
Et du vin !
CYRANO:
Richelieu, du Bourgogne, if you please ?
LE MÊME:
Par quelque capucin !
CYRANO:
L'éminence qui grise ?
UN AUTRE:
J'ai des faims d'ogre !
CYRANO:
Eh ! bien !. . .tu croques le marmot !
LE PREMIER CADET (haussant les épaules):
Toujours le mot, la pointe !
CYRANO:
Oui, la pointe, le mot !
Et je voudrais mourir, un soir, sous un ciel rose,
En faisant un bon mot, pour une belle cause !
--Oh ! frappé par la seule arme noble qui soit,
Et par un ennemi qu'on sait digne de soi,
Sur un gazon de gloire et loin d'un lit de fièvres,
Tomber la pointe au cœur en même temps qu'aux lèvres !
CRIS DE TOUS:
J'ai faim !
CYRANO (se croisant les bras):
Ah çà ! mais vous ne pensez qu'à manger ?. . .
--Approche, Bertrandou le fifre, ancien berger;
Du double étui de cuir tire l'un de tes fifres,
Souffle, et joue à ce tas de goinfres et de piffres
Ces vieux airs du pays, au doux rythme obsesseur,
Dont chaque note est comme une petite sœur,
Dans lesquels restent pris des sons de voix aimées,
Ces airs dont la lenteur est celle des fumées
Que le hameau natal exhale de ses toits,
Ces airs dont la musique a l'air d'être en patois !. . .
(Le vieux s'assied et prépare son fifre):
Que la flûte, aujourd'hui, guerrière qui s'afflige,
Se souvienne un moment, pendant que sur sa tige
Tes doigts semblent danser un menuet d'oiseau,
Qu'avant d'être d'ébène, elle fut de roseau;
Que sa chanson l'étonne, et qu'elle y reconnaisse
L'âme de sa rustique et paisible jeunesse !. . .
(Le vieux commence à jouer des airs languedociens):
Écoutez, les Gascons. . .Ce n'est plus, sous ses doigts,
Le fifre aigu des camps, c'est la flûte des bois !
Ce n'est plus le sifflet du combat, sous ses lèvres,
C'est le lent galoubet de nos meneurs de chèvres !. . .
Écoutez. . .C'est le val, la lande, la forêt,
Le petit pâtre brun sous son rouge béret,
C'est la verte douceur des soirs sur la Dordogne,
Écoutez, les Gascons: c'est toute la Gascogne !
(Toutes les têtes se sont inclinées;--tous les yeux rêvent;--et des
larmes sont furtivement essuyées, avec un revers de manche, un coin de
manteau.)
CARBON (à Cyrano, bas):
Mais tu les fais pleurer !
CYRANO:
De nostalgie !. . .Un mal
Plus noble que la faim !. . . pas physique: moral !
J'aime que leur souffrance ait changé de viscère,
Et que ce soit leur cœur, maintenant, qui se serre !
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