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Page 112
ROXANE:
Pauvre ami !
CYRANO:
Mais ce n'est rien. Cela va finir.
(Il sourit avec effort):
C'est fini.
ROXANE (debout près de lui):
Chacun de nous a sa blessure: j'ai la mienne.
Toujours vive, elle est là, cette blessure ancienne,
(Elle met la main sur sa poitrine):
Elle est là, sous la lettre au papier jaunissant
Où l'on peut voir encor des larmes et du sang !
(Le crépuscule commence à venir.)
CYRANO:
Sa lettre !. . .N'aviez-vous pas dit qu'un jour, peut-être,
Vous me la feriez lire ?
ROXANE:
Ah ! vous voulez ?. . .Sa lettre ?
CYRANO:
Oui. . .Je veux. . .Aujourd'hui. . .
ROXANE (lui donnant le sachet pendu à son cou):
Tenez !
CYRANO (le prenant):
Je peux ouvrir ?
ROXANE:
Ouvrez. . .lisez !. . .
(Elle revient à son métier, le replie, range ses laines.)
CYRANO (lisant):
Roxane, adieu, je vais mourir !. . .
ROXANE (s'arrêtant, étonnée):
Tout haut ?
CYRANO (lisant):
C'est pour ce soir, je crois, ma bien-aimée !
J'ai l'âme lourde encor d'amour inexprimée,
Et je meurs ! jamais plus, jamais mes yeux grisés,
Mes regards dont c'était. . .
ROXANE:
Comment vous la lisez,
Sa lettre !
CYRANO (continuant):
. . .dont c'était les frémissantes fêtes,
Ne baiseront au vol les gestes que vous faites;
J'en revois un petit qui vous est familier
Pour toucher votre front, et je voudrais crier. . .
ROXANE (troublée):
Comme vous la lisez,--cette lettre !
(La nuit vient insensiblement.)
CYRANO:
Et je crie:
Adieu !. . .
ROXANE:
Vous la lisez. . .
CYRANO:
Ma chère, ma chérie,
Mon trésor. . .
ROXANE (rêveuse):
D'une voix. . .
CYRANO:
Mon amour !. . .
ROXANE:
D'une voix. . .
(Elle tressaille):
Mais. . .que je n'entends pas pour la première fois !
(Elle s'approche tout doucement, sans qu'il s'en aperçoive, passe
derrière le fauteuil, se penche sans bruit, regarde la
lettre.--L'ombre augmente.)
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